Les Crises industrielles
Faire la loi au patron, lui imposer de dures conditions, c'est fort bien; mais, comme le chef d'industrie n'a pas une mine inépuisable de capital pour suffire à tout, il faut bien que ce surcroît de charges qu'il accepte retombe sur quelqu'un ; ce quelqu'un, c'est le consommateur, et comme les ouvriers sont, eux aussi, des consommateurs en même temps que des producteurs, il se trouve qu'ils sont obligés de rendre d'une autre manière ce qu'ils ont obtenu par une pression artificielle et violente. Ils n'en sont pas plus riches, ils ont paralysé l'essor de l'industrie qui les fait vivre. La commission du corps législatif qui poursuit en ce moment son enquête sur le régime économique, et qui entend toute sorte de dépositions des plus intéressantes, ne ferait qu'une œuvre incomplète, si elle n'étendait pas son examen à ces questions du salaire et du travail, qui ne sont point certainement étrangères aux pénibles crises de l'in* dustrie française. Le remède n'est point sans doute facile à trouver. Il y a cependant un fait frappant dans toutes ces luttes où s'exténue la production nationale : il est évident que la plupart des grèves qui éclatent procèdent d'une inspiration commune ; il y en a qui ont des raisons d'être toutes locales, le plus souvent elles se relient à un même plan, à un système qui les envenime et les dénature en les généralisant. Nos ouvriers sont exposés à être, sans le savoir, les instruments obscurs d'une association qui, sous prétexte d'être internationale, a la prétention de se eun-
stituer en gouvernement universel, et qui dans tous les cas est un gouvernement étranger. Or^c'est une question de savoir jusqu'à quel point on peut laisser s'étendre un système qui a pour effet d'affilier nos classes laborieuses à une association étrangère, de mettre pour ainsi dire notre industrie à la merci d'un mot d'ordre étranger, d'une industrie rivale déguisée au besoin sous un voile humanitaire. Que la libre concurrence s'exerce, que nos ouvriers restent maîtres de discuter leurs intérêts, soit; mais ce n'est plus cela, il y a quelque chose de plus grave et d'absolument extraordinaire dans ce fait, qu'une main étrangère et invisible puisse disposer du travail national et provoquer tout à coup des crises meurtrières pour la production française. C'est là ce qui imprime un caractère nouveau et exceptionnel aux grèves qui tendent à se multiplier.-^ Un conseiller d'état qui a été chargé l'an dernier d'une mission dans le bassin de la Loire, M. Charles Robert, a fait récemment une conférence sur ce sujet, sur les crises de l'industrie, sur les associations, sur la participation des ouvriers aux bénéfices de l'entreprise à laquelle ils coopèrent. La conférence de M. Charles Rubert, devenue un petit livre, la Suppression des Grèves, est une étude instructive, scrupuleuse, substantielle, de ces délicates et cruelles questions que les événements du Creuzot ravivent aujourd'hui, qui restent à coup sûr l'élément le plus sérieux de la situation de la France. — Ch. de Mazade.