‹ A French reader, based upon Passy-Rambeau's Chrestomathie française;Chapitre 15 sur 72 · Langue littéraire et langue du peuple · texte numérisé non relu

Langue littéraire et langue du peuple

Il y a, entre la langue qu'on apprend dans les 15 livres et celle du peuple, des différences parfois très grandes dont nous autres Français nous ne nous doutons guère, parce qu'elles nous sont familières. Pour bien faire saisir ces différences, un de nos plus illustres romanistes racontait dans un de 20 ses cours le fait suivant:

Il se promenait un jour aux environs de Paris

* rhumatisme; exercice.

avec un hôte étranger, homme des plus distingués et savant linguiste, qui parlait-le français purement et sans grand accent. Mais c'était le français des livres.

Les deux promeneurs arrivent auprès d'un 5 champ où un paysan cueillait des poires. Ils se mettent à causer avec lui, et de fil en aiguille l'étranger en vient à demander au brave homme, à qui il montrait un fruit:

" Pourriez-vous me dire quelle en est la saveur?" 10

C'était du français, du français correct, élégant même, si vous voulez; mais c'était du français tel qu'on l'écrit, et non tel qu'on le parle. Le bonhomme, qui n'avait pas grande littérature, ne comprend pas et reste là tout confus. 15

Alors le professeur français, qui voyait d'où venait le mal, traduit la question dans la langue du peuple:

"Ce monsieur vous demande quel goût qu'ça a! 20

Et tout de suite le paysan comprend.

Dans notre milieu on aurait dit: "Quel goût ça a-t-il?" Ou peut-être n'aurait-on pas posé la question du tout.

Si la différence entre le français tel que less parle la classe instruite et celui des livres est moins grande, elle est pourtant réelle. Le contraste qui existe souvent, dans la bouche des étrangers, entre la pompe d'expressions archaïques

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