LAFON ET L'AMATEUR
"À Tor de ces rançons, joins mes justes
largesses . . . " " Mais . . .justes largesses", s'écrie Lafon. — " Il me semblait avoir dit . . . " — ' ' Vous avez dit : 5 mes justes largesses.'' — L'amateur continue: " Au lieu de dix chrétiens que je dois t'accorder, Je t'en veux donner cent; tu peux lés demander..." "Lais!" — L'amateur commence à se troubler, io " Qu'ils aillent sur tés pas ..."
"Tais!" — Pour le coup, l'amateur piqué, blessé, lui répond: "Mais, monsieur! je parle comme on parle dans le monde."
"Le monde est le monde, monsieur", reprit 15 Lafon froidement, "mais l'art est l'art; la lecture est la lecture, et ses règles ne sont pas celles de la conversation."*
Ernest Legouve, Uart de la lecture, Paris, Hetzel.
* La plupart des orthoépistes français, — maîtres de diction ou d 'elocution, — recommandent encore aujourd'hui la prononciation 20 les, des, mes, tes, ses, ces, avec è ouvert, quoiqu'on prononce généralement, à Paris et dans la plus grande partie de la France, lés, dés, mes, tés, ses, ces, avec un é fermé ou mi-fermé. Aussi beaucoup d'acteurs, surtout ceux du Théâtre-Français, prononcent, ou cherchent à prononcer, dans la tragédie et la haute comédie, des è ouverts ", dans ces mots. Voir l'Introduction de la Chrcstomathie Française, § 41, p. xxxii.