‹ A French reader, based upon Passy-Rambeau's Chrestomathie française;Chapitre 29 sur 72 · LE ROI · texte numérisé non relu

LE ROI

pensions, préférences et le reste. Si depuis longtemps ils avaient cette place, c'est que pendant longtemps ils l'avaient méritée. En effet, par un effort immense et séculaire, ils avaient 5 construit tour à tour les trois assises principales de la société moderne.

Le plus énorme de tous ces privilèges est celui du roi; car, dans cet état -major de nobles héréditaires, il est le général héréditaire. A la vérité

ioson office n'est pas une sinécure comme leur rang; mais il comporte des inconvénients aussi graves et des tentations pires.

Deux choses sont pernicieuses à l'homme, le manque d'occupation et le manque de frein; ni

IS l'oisiveté ni la toute-puissance ne sont conformes à sa nature, et le prince absolu qui peut tout faire, comme l'aristocratie désœuvrée qui n'a rien à faire, finit par devenir inutile et malfaisant. Insensiblement, en accaparant tous les pouvoirs,

20 le roi s'est chargé de toutes les fonctions; tâche immense et qui surpasse les forces humaines. Car ce n'est point la Révolution, c'est la monarchie qui a implanté en France la centralisation administrative. Sous la direction du conseil du

25 roi, trois fonctionnaires superposés, au centre le contrôleur général, dans chaque généralité l'intendant, dans chaque élection le subdélégué, mènent toutes les affaires, fixent, répartissent et lèvent l'impôt et la milice, tracent et font exécuter

3° les routes, emploient la maréchaussée, régie-

mentent la culture, imposent aux paroisses leur tutelle, et traitent comme des valets les magistrats municipaux.

Bureaucratie au centre, arbitraire, exceptions et faveurs partout, tel est le résumé du système. 5 Une centralisation grossière, sans contrôle, sans publicité, sans uniformité, installe sur tout le territoire une armée de petits pachas qui décident comme juges les contestations qu'ils ont comme parties, régnent par délégation, et, pour autoriser 10 leurs grappillages ou leurs insolences, ont toujours à la bouche le nom du roi, qui est obligé de les laisser faire. En effet, par sa complication, son irrégularité et sa grandeur, la machine échappe à ses prises. Un Frédéric II levé à quatre heures 15 du matin, un Napoléon qui dicte une partie de la nuit dans son bain et travaille dix-huit heures par jour, y suffiraient à peine. Un tel régime ne va point sans une attention toujours tendue, sans une énergie infatigable, sans un discerne- 20 ment infaillible, sans une sévérité militaire, sans un génie supérieur; à ces conditions seulement on peut changer vingt-cinq millions d'hommes en automates, et substituer sa volonté partout lucide, partout cohérente, partout présente, à leurs 25 volontés que l'on abolit. Louis XV laisse "la bonne machine" marcher toute seule, et se cantonne dans son apathie. "Ils l'ont voulu ainsi, ils ont pensé que c'était pour le mieux", telle est sa façon de parler quand les opérations des mi- 30

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