LA VILLE D'IS
Légende bretonne
2o La Bretagne est une péninsule séparée des autres provinces de la France par sa configuration naturelle, et voisine de l'Angleterre.
Avant d'être conquise par Jules César, elle était habitée par les Gaulois. Ce fut une colonie romaine
25 pendant quatre cents ans. Les Celtes qui l'habitent à présent, sont venus de l'Angleterre, chassés par
LA VILLE d'iS 17
tre syrpri da vwa:r tu se ptiz animo, ejâ Sakcë àtra le mê œ d se Sapo rui5.
il S9 le!v d œ bô, rame syr sa teit sô Sapo, ki ete tôbe, e ku:r âpre le volœir. le sêi3, k^Jgard tu se muvmâ e S
ki ô 1 abityd da tut imite, met osi lœr Sapo syr lœr teit e ramôit dà lez arbr,
b mar$â, egzaspere, lœr 5et de pjeîr k ilz evit fasilmâ, e pur sa vâ5e il Iqi lo
5et de nwa k il truiv syr lez arbr.
I9 kolportœir e fyrj0; il kri, sestikyl, ara^ sô Sapo e la ^et a teir à 5yrâ kom ce posede.
immedjatmâ tu le s£!3 ara^ osi 15
lœr 5apo e le set a teir, imita sa kole:r e se sest. la mar^â stj-pefe ramais se Sapo, le^rme dû sô sak e kôtiny sa rut.
la vil d îs le3â:d braton
la brataji et yn penêsyl sépare dez otra 20
provêïs da la frais par sa kôfigyrasjô natyrel, e vwazin da 1 ciglateir.
avâ d etra kôkiiz par 5yl sezair, el etet abite par le gohva. sa fyt yn koloni romein pâdà katra sâz â. le selt ki 1 abit 25
a prezô, sô vny d 1 àglateir, Case par
les Saxons. Ils ont combattu courageusement contre les Francs, et plus tard, ils ont été en guerre continuelle contre la France, la Normandie et l'Angleterre. Cette province ne fut pas définitivement réunie à 5 la France avant 1491, date du mariage de la duchesse Anne de Bretagne avec Charles VIII, roi de France, et elle a toujours été agitée, voulant son indépendance.
Les habitants de la Bretagne sont des Celtes
lo comme les Irlandais. Ils parlent la même langue et ont les mêmes traits caractéristiques. Comme les Irlandais, les Bretons ont beaucoup de légendes. Ils croient aux fées et au surnaturel, et racontent des histoires du roi Arthur et des Chevaliers de la
15 Table Ronde.
Un grand nombre de ces légendes populaires indiquent qu'il existait autrefois en Bretagne une grande ville qu'on appelait la ville d'Is. Les Bretons vous disent qu'on a nommé la capitale de la
2o France Paris (par-Is) parce qu'elle était l'égale de la ville d'Is, et que celle-ci a disparu au cinquième siècle, engloutie par la mer.
On suppose qu'elle est au fond de la baie de Douarnenez, près de Quimper.
25 Selon la légende, la ville d'Is était protégée contre la mer par une grande digue, fermée par une clef d'argent, et elle était gouvernée par le roi Gradlon. Le roi avait une fille, Àhès, célèbre par ses crimes. C'est elle qui a causé la perte de la ville.
30 Une nuit, le grand Saint Guénolé vient au roi et
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le saksô. ilz ô kôbaty kura30zmâ kôtra le frà, e ply ta:r, ilz ôt ete à geir kôtiniiel kôtra la frâ:s, la normùdi e 1 ùgbteir.
set provêîs na fy pa definiti:\Tiiù reyni a la frais avù 1491/ dat dy marja:5 do la dyjes s
an 0.3 brataji avek $arl9 qit rwa 4 frais, e el a tU5u:rz ete a5ite, \'ulû son êdepâdâis.
lez abitâ d la brataji sô de selt kom lez irlàde. il pari la mem làig lo
e ô le mem tre karakteristik. kom lez irlàde, le bratô ô boku^d le5âîd.
il krwat o fe e o symat}Tel, e rakôit dez istwair dy rwa artyir e de^^falje da la tabla rôid. 15
œ grâ nôibra da se lesâid popyleir êdik k il egzistet otrafwa à brataji }ti gràid vil k on aple la vil d is. le bratô vu diiz k on a nome la kapital da la frais pari (par is) pars k el ete 1 égal da 20
la vil d is, e ka sel si a dispary o sêkjem sjekl, âgluti par la meir.
ô sypoîz k el et o fô d la be da dwarnane, pre^çl kèpeir.
salô la lesùid, la vil d is ete protese 25
kôitra la meir par \ti grôid dig, ferme par yn kle d ar5à, e el ete guverne par la rwa gradlô. la rwa avet yn fiij, aeis, seleibra par se krim. s et el ki a koze la pert da la vil.
jn nqi, la grâ se genole vjêt o rwa e 30
^ katorzd sa katra vê ô:z.
lui dit que les portes de la digue ont été ouvertes par Ahès, et que la mer entre dans la ville. Le roi Gradlon met Ahès derrière lui, sur son cheval; il veut la sauver, mais la mer les poursuit et Ahès est 5 engloutie.
Seuls de tous les habitants, le roi et le saint sont sauvés.
De vieux Bretons disent que la ville est toujours submergée, avec tous ses habitants, mais qu'elle lo s'élèvera de nouveau, et qu'alors, la gloire et la puissance de la Bretagne reviendront. Ils racontent beaucoup d'histoires sur cette ville et aussi sur Saint Guénolé qui en était le patron.
Voici une de ces histoires qui a été racontée par iS un vieux Breton.
Un jour, le capitaine d'un bateau de pêche jette l'ancre dans la baie des Trépassés. L'eau est très profonde; l'ancre continue de descendre comme si on la tirait d'en bas, mais n'arrive pas au fond. Le 20 capitaine y attache toutes les chaînes et toutes les cordes qui sont sur le bateau. Il en est à la dernière, lorsqu'enfin l'ancre touche le fond, et il commence à pêcher.
Les poissons sont nombreux, énormes, et de toute 25 espèce; à peine une ligne est-elle dans l'eau, qu'un gros poisson est là, prêt à y mordre, et bientôt le bateau en est rempli.
Alors, le capitaine commande de lever l'ancre;
mais pendant toute une heure, jurant, haletant, les
30 matelots tirent, à droite, à gauche, en avant, en ar-
LA VILLE d'iS 21
Iqi di ka le port da la dig ôt ete uvert
par aeis, e k9 la meir âitra dâ la vil. la rwa
gradlô met aeis derjeir l^i, syr sô^Sfal; il
v0 la sove, me la meir le pursqi e ae:s et
âgluti. S
sœl da tu lez abitâ, la rwa e la se sô sove.
da vj0 bratô diiz ka la vil e tu5u:r sybmerse, avek tu sez abitâ, me k el s elevra da nuvo, e k abir, la glwair e la lo
pqisàis da la brataji ravjêdrô. il rakôit boku d istwair syr set vil e osi syr se genole ki an etej patrô.
vw'asi yn da sez istwair ki a ete rakôte par œ vj0 bratô. 15
œ 3Uir, la kapitem d œ bato d pe!$ set 1 û:kr dâ la be de trepase. 1 o e tre profôid; 1 ùikra kôtiny d desàidr kom si ô la tire d â ba, me n ariiy paz o fô. la kapitem i ata^ tut le Sem e tut le 20
kord ki sô syr la bato. il an et a la dernjeir, lorsk âfë 1 âikra tu$ la fô, e il komâis a pe^e.
le pwasô sô nôbr0, enorm, e da tut espes; a pem yn liji et el dâ 1 o, k ôé 25
gro pwasô e la, prêt a i mordr, e bjêto la bato an e râpli.
aloîr, la kapitem kamâid da lve 1 âikr; me pâdâ tut yn œ:r, 3yrâ, altâ, le matlo tiir, a drwat, a go:$, an avâ, an arjeir; 30
rière; c'est en vain, l'ancre tient bon. Alors, ils se préparent à couper la corde.
— Attendez, dit le capitaine, je ne veux pas perdre mon ancre et toute cette corde; je suis S bon nageur, je vais aller voir ce qui la retient au fond.
Alors il se jette à la mer et se met à glisser le long de la corde. Cela dure longtemps; il descend, descend toujours, il lui semble qu'il n'arrivera jamais
lo au bout.
Enfin il arrive jusqu'à l'ancre qu'il trouve accrochée à la girouette d'un clocher. Comme il est très fatigué, il s'assied un moment sur le dos du coq pour se reposer et reprendre haleine.
15 — Ouf! dit le capitaine, un clocher au fond de la mer, qu'est-ce que cela peut être? et après quelques minutes de repos, il se met à descendre le long du clocher. Arrivé en bas, il entre dans l'église. Elle est toute pleine. Tout le monde est silencieux et
20 paraît très attentif. Le capitaine trouve une place vide, au premier rang, devant l'autel. Un prêtre dit la messe. Aussitôt que le capitaine est assis, le prêtre se tourne vers les fidèles et, regardant le capitaine bien en face, il prononce lentement: «Dowi-
25 nus vobiscum.))^
Pas de réponse. Le chœur reste immobile et silencieux.
€Dominus vohiscum,^) répète d'un ton suppliant le prêtre qui continue de regarder fixement le capi-
30 taine. Personne ne répond. Le capitaine se tourn»
1 Dieu soit avec vous.
LA VILLE d'iS 23
S et 5 vê, 1 âîkra tjè bô. abir, il sa prepair a kupe la kord.
— atâde, di^l kapitein, 59 ii v0 pa perdra mon àikr e tut set kord; 3a sqi
bô nasœir, 3a vez aie vwair sa ki la jtjêt o 5
fô.
aloir il sa 3et a la meir e sa met a glise la lô d la kord. sla dyir lôtà; il desâ, desà tu5u:r, il Iqi sàibl k il n arivra 3amez o bu. 10
ôfê il ari:v 3ysk a 1 àikr k il truiv akro$e a la 3irv\'et d œ klo$e. kom il e tre fa tige, il s asje dé momâ syr la do dy kok pu:r sa^rpoze e raprâidr alein.
— uf! diji kapitem, œ klo$e o fô d la 15 meir, k e s ka sla p0t eitr? e âpre kelka
minyt da^rpo, il sa met a desâidr la lô dy
klo^e. arive à ba, il âitra dS 1 egliiz. el
e tut ple:n. tu l môid e silàsj0 e
pare trez atâtif. la kapitem truiv yn plas 20
vid, o pramje rà, davâ 1 otel. dé pretr
di la mes. osito ka l kapitem et asi, la
preitr sa turna ve:r le fideil e, ragardôj kapitem
bjên â fas, il pronôis lâitmà: «dominys
vobiskom.)) 25
pa d repôis. la kœir rest immobil e silâsj0.
((dominys vobiskom,)) repet d œ tô syplijâ la preitr ki kôtiny do rgarde fiksamô^l kapitem. person na repô. la kapitem sa turn 30
alors vers son voisin afin de lui demander pourquoi l'enfant de chœur ne répond pas, mais, à sa grande stupéfaction, il s'aperçoit qu'il est assis à côté d'un mort.
S II se lève d'un bond, jette un regard autour de lui et voit que tous les assistants sont des morts. Le prêtre, un mort aussi, s'avance vers lui, le fixant toujours, et répète d'une voix qui est maintenant menaçante: «.Dominiis vobisaim.))
lo Fou de terreur, le capitaine se précipite vers la porte de l'église, renversant les morts qui lui barrent le passage. Comme il arrive à la porte, une vieille femme le saisit par le bras et lui dit: «Pourquoi n'avez-vous pas répondu au prêtre?»
15 — Où suis-je? réplique le capitaine, et qui êtesvous?
— Vous êtes dans la ville d'Is, répond la vieille femme, nous étions tous à la messe quand la ville a été submergée, et il n'est resté personne de vivant
20 pour finir de dire la messe. Si vous aviez seulement répondu au prêtre: ((et ciim spiritu tuo,))^ nous aurions tous été sauvés, et la mer se serait retirée de la ville d'Is. Vous ne l'avez pas fait, malheur à vous!
25 Terrifié par cette malédiction, le capitaine s'enfuit, grimpe rapidement le long du clocher, décroche son ancre, et remonte à la surface.
1 et avec votre esprit.
LA VILLE d'iS 25
abir ver sô vwazê afê d IqLdmâde purkwa 1 àfcL-d kœir na repô pa, me, a sa grâ:d stypefaksjô, il s aperswa k il et asi a kote d ôé moir.
il sa leiv d œ bô, 5et ôë^rgaîr otur da Iqi s
e vwa ka tu lez asistâ sô de mair. la preitr, œ mo:r osi, s avais ver Iqi, la fiksâ tu5Uîr, e repet d yn wva ki e mètnà manasàît: «dominys vabiskam.»
fu da terrœir, la kapitem sa presipit ver la lo port da 1 egli:z, ràversà le ma:r ki Iqi ba:r la pasaî5. kom il ariiv a la port, yn vjeij fam la sezi par la bra e Iqi di: «purkwa n ave vu pa repôdy o preitr?»
— u sqii5, replik la kapitem, e ki et 15 vu?
— vuz et dâ la vil d is, repô la vjej fam, nuz etjô tus a la mes kâ la vil a ete sybmerse, e il n e reste persan da vivâ
pur finiir da diir la mes. si vuz avje sœlmâ 20
repôdy o preitr: «et kam spirity tyo,» nuz orjô tus ete sove, e la meir sa sre ratire^d la vil d is. vu^n 1 ave pa fe, malœir a vu!
terifje par set malediksjô, la kapitem s ôfqi, 25 grêip rapidmâ la lô dy klo^e, dekroS son âikr, e ramôit a la syrfas.
Saint Guénolé, qui était le patron de la ville d'Is, ressemble beaucoup au Saint Patrice des Irlandais. Il est surtout l'adversaire du diable dont il déjoue toutes les malices et détruit tous les projets, s Voici une des nombreuses légendes qu'on raconte partout sur Saint Guénolé et le diable.
Autrefois, il y avait chaque hiver en Bretagne une grande famine. Pendant la saison des tempêtes, les hommes ne pouvaient pas sortir avec leurs bateaux lo pour aller pécher la sardine et d'autres poissons; alors les femmes et les enfants souffraient de la faim et beaucoup en mouraient.
Saint Guénolé, très affligé de ces souffrances, prie Dieu de ne plus envoyer de famines. Dieu entend 15 sa prière et lui donne un boisseau de pommes de terre qu'il a créées précisément pour cette occasion. Saint Guénolé les plante dans son jardin. Elles poussent rapidement et bientôt leurs tiges vigoureuses sont couvertes de belles fleurs.
20 Paul Goz (c'est ainsi que les Bretons nomment le diable) qui rôdait par là, les voit, et étant très curieux, il s'adresse à Saint Guénolé qui est en ce moment dans son jardin.
— Grand Saint, dit-il, en joignant ses pattes 25 d'admiration et en s'approchant d'un air craintif, voilà de très belles fleurs que je vois pour la première fois.
sê genole e la djaibl
se genole ki etr^l patrô d la vil d is, rasâibb boku o sê patris dez irlàde.
il e s>Ttu 1 adverseir dy djaibl dôt il desu tut le malis e detrqi tu le prose.
vwasi yn de nôbr0iz le5â:d k ô rakôït S
partu syr sê genole e l djaibl.
otrafwa, il j ave 5ak iveir â brataji yn grâîd famin. pâdà la sezô de tâpeit, lez om no puve pa sorti :r avek loer bato pur aie pe$e la sardin e d otra pwasô; lo
alozr le fam e lez âfâ sufre^d la fê e bokup â mure.
sê genole, trez aflise^^ se sufrâis, pri dj0 do no plyz â\nvaje d famin. dj0 âtâ sa prijeir e Iqi don œ bwaso 4 P^^^i ^^ ^5
teir k il a kree presizemâ pur set okazjô.
sê genole le plâit dâ sô 5ardê. el pus rapidmâ e bjêto lœr tii5 vigur0:z sô kuvert do bel flœir.
pol go:z (s et êsi k le brotô nom la 20
dJQîbl) ki rode par la, le v\\'a, e etâ tre kyrj0, il s adres a sê genole ki et ôLs momâ dâ sô 5ardê.
— grâ sê, dit il, â 5wajià se pat d admirasjô e â s apro^â d œn eir krêtif, 25
vwala do tre bel flœir ko 5 vwa pur la promjeir fwa.
— Oui, dit le saint amusé de la mine drolatique du diable, et elles sont aussi bonnes que belles.
Encouragé par la bonne humeur du saint, Paul S Goz qui est très gourmand lui dit :
— Voulez-vous m'en donner une partie?
— Volontiers, dit le saint, mais à une condition, c'est que vous quitterez tout de suite cette ville et n'y reviendrez qu'au moment de la récolte.
lo — C'est dit, si vous m'en donnez la moitié.
— Quelle partie désirez-vous, le haut ou le bas? vous pouvez choisir.
— Le haut, dit Paul Goz, pensant aux superbes fruits qui doivent succéder à de si belles fleurs, et il
15 part tout joyeux.
Au moment de la récolte, il revient, réclame sa part et l'emporte en courant, sans même prendre le temps de remercier Saint Guénolé.
Il est vrai que ce n'était pas nécessaire, pour le 20 profit qu'il en tira.
Saint Guénolé donne les pommes de terre aux fermiers qui les plantent, et depuis cette époque il n'y a plus de famines en Bretagne.
L'année suivante. Saint Guénolé est encore dans 25 son jardin, quand il voit passer Paul Goz, la tête basse, tout honteux de sa mésaventure.
— Holà! dit le saint, ne voulez-vous pas encore une partie de ma récolte?
— Le saint veut me tromper, se dit le diable, de 30 la prudence.
— wi, dU se amyze da la min drolatik dy djaibl, e el sôt osi bon ka
bel.
âkurase par la bon jTxiœir dy se, pol gaiz ki e tre gurmù li^i di: >
— vule vu m â done jti parti?
— volôtje, dU se, mez a yn kôdisjô, s e ka vu kitre tu d sqit set vil e
n i ravjêdre k o momô^d la rekolt.
— s e di, si vu m à done la mwatje. lo
— kel parti dezire vu, la o uj ba?
vu puve Swaziir.
— b o, di pol goiz, pâsât o syperba
frqi ki dwaiy syksede a do si bel flœir, e il
pair tu 3waj0. 15
0 momô^d la rekolt, il rovjê, reklam sa pair e 1 ciport ci kurâ, sa meim prâidro la tô^d romersje se genole.
il e vre ko s n ete pa nesese:r, pur la profi k il a tira. 20
se genole don le pom da teir o fermje ki le plaît, e dapqi set epok il n i a pl3'd famin 5 brotaji.
1 ane si^ivàit, se genole et àkor dâ
sô 3ardê, kàt il vwa pase pol goiz, la teit 25
ba:s, tu ôt0 d sa mezavâtyir.
— ola! di^l se, na vule vu paz âko:r yn parti d ma rekolt?
— la se v0 m trôpe, sa di la dja:bl, da
la prydâis. 30
— Quelle partie voulez-vous cette année, dit le saint, le haut ou le bas? vous pouvez choisir.
— Je prendrai le bas, dit le diable, et il part en courant, de peur que Saint Guénolé ne revienne sur
S sa promesse.
Au temps de la récolte, il accourt tout joyeux et commence à gratter le sol pour trouver les pommes de terre; mais il écorche ses pattes et ne trouve rien.
Cette année-là, Saint Guénolé avait semé du blé.
lo Le passage suivant se trouve dans le roman d'Hector Malot: Sans Famille.
Rémi, qui raconte l'histoire, est un petit garçon de huit ans, un enfant trouvé. Il vivait heureux avec mère Barberin, une brave femme qui Vavait élevé,
15 quand le mari de celle-ci le vendit au Signor Vitalis. Maintenant, ils voyagent à travers la France. Pour gagner leur vie, ils donnent des représentations, aidés par un singe, Joli-Cœur, et trois chiens: Capi, Dolce et Zerbino.
20 — La pièce que nous allons représenter, dit Vitalis, a pour titre: le Domestique de M. Joli-Cœur ou Le plus bête des deux n'est pas celui qu'on pense. Voici le sujet: M. Joli-Cœur a eu jusqu'à ce jour un domestique dont il est très content, c'est Capi.
25 Mais Capi devient vieux et M. Joli-Cœur veut un nouveau domestique. Capi se charge de lui en pro-
— kel parti vule vu set ane, dLl se, b o u l ba? vu puve Swaziir.
— 38 pràdrej ba, di b djaibl, e il pair â kurà, da pœir ka se genole no rovjen syr
sa promes. S
o tÔL d la rekolt, il akuir tu 5waj0 e komâïs a gratej sol pur truve le pom da teir; mez il ekorS se pat e na truiv rjê. set ane la, se genole ave some dy ble.
la domestik da masj0 3oli kœir
lo pasaî5 sqivà so trujv dQL,l romà d ektor lo
malo: sa famiij.
remi, ki rakôit 1 istwair, et œ pti garsô da qit â, ôén âfâ truve. il vivet œr0 avek meir barbare, yn braiv fam ki 1 avet elve, kâ la mari 4 sel si la vâdit o sipoir vitalis. is
mêtnâ, il vwajaî5 a travcir la frais, pur gape lœr vi, il don de rprezàtasjô, ede par œ sê:3, 3oli kœir, e trwa $jê: kapi, dois e zerbino.
— la pjes ka nuz alô^rprezôte, di vitalis, 20 a pur titr: la domestik da mosjc^ ^oli kœir u
la ply beit de (\6 n v pa solui k ô pàis.
vwasi^l syse: mosj0 5oli kœir a y 3ysk a sa 3Uir œ
domestik dôt il e tre kôtà, s e kapi.
me kapi dovjê vj0 e masj0 3oli kœ:r v0t œ 25
nuvo domestik. kapi sa 5ar3 da Iqi ô prokyre
curer un. Mais ce ne sera pas un chien qu'il se donnera pour successeur, ce sera un jeune garçon, un paysan nommé Rémi.
— Comme moi?
S — Pas comme toi, mais toi-même. Tu arrives de ton village pour entrer au service de Joli-Cœur.
— Les singes n'ont pas de domestiques.
— Dans les comédies ils en ont. Tu arrives donc, et M. Joli-Cœur trouve que tu as l'air d'un imbécile.
lo — Ce n'est pas amusant, cela.
— Qu'est-ce que cela te fait, puisque c'est pour rire? D'ailleurs, j&gure-toi que tu arrives véritablement chez un monsieur pour être domestique et qu'on te dit, par exemple, de mettre la table. En
15 voici une qui doit servir dans notre représentation. Avance et dispose le couvert.
Sur cette table il y avait des assiettes, un verre, un couteau, une fourchette et du linge blanc. Comment devait-on arranger tout cela?
20 Comme je me posais cette question, et restais les bras tendus, penché en avant, la bouche ouverte, ne sachant par où commencer, mon maître battit des mains en riant aux éclats.
— Bravo, dit-il, bravo, c'est parfait. L'expres- 25 sion de ton visage est excellente, ta naïveté est admirable.
— Je ne sais pas ce que je dois faire.
— Et c'est par là précisément que tu es excellent. Demain, dans quelques jours, tu sauras à merveille
30 ce que tu devras faire. C'est alors qu'il faudra te
dé. me sd.ji sra paz ôé Sjê k il sa donra pur syksesceir, sa sra œ 5œn garsô, œ pejizâ nome remi.
— kom mwa?
— pa kom twa, me twa meim. ty ariiv de s tô vila:3 pur âtre o servis da 5oli kœir.
— le sèi3 n ô pa d domestik.
— dâ le komedi ilz an ô. ty ariîv dô,
e masj0 sali kœ:r truiv ka ty a 1 eir d œn êbesil.
— ^ii^e paz amyzà, sla. lo
— kes ka sla^t fe, pqiska s e pur
riir? d ajœir, figyir twa ka ty ariiv veritablamâ
5ez œ masj0 pur eitra domestik e
k ô t di, par egzâipl, da metra la taibl. 5
vwasi yn ki dwa servi :r dû notra^rprezàtasjô. is
avais e dispoiz la kuveir.
syr set taibl il j ave dez asjet, œ veir, ce kuto, yn fur^et e dy lê:5 blà.
komâ davet ô arase tu sla?
kom 3a m poze set kestjô, e reste le 20
bra tâdy, pà$e cm avâ, la buÇ uvert, na sa^â par u komàse, mô meitra bâti de mê â rjât oz ekla.
— bravo, dit il, bravo, s e parfe. 1 ekspresjô 4 tô viza!5 et ekselâst, ta naifte et 25 admiraibl.
— 5a n se pa s ka 3 dwa feir.
— e s e par la presizemâ ka ty ez ekselâ. damé, dà kelka 3uir, ty sora a merveij
sa ka ty d\Ta feir. s et aloir k il fodra t 30
rappeler l'embarras que tu éprouves maintenant, et feindre ce que tu ne sentiras plus. Si tu peux retrouver cette expression et cette attitude, je te prédis le plus beau succès. Qu'est ton personnage dans S ma comédie? Celui d'un jeune paysan qui n'a rien vu et qui ne sait rien; il arrive chez un singe et il se trouve plus ignorant et plus maladroit que ce singe; de là mon sous-titre: «Le plus bête des deux n'est pas celui qu'on pense.» Plus bête que Joli-Cœur,
lo voilà ton rôle; pour le jouer dans la perfection, tu n'aurais qu'à rester ce que tu es en ce moment, mais comme cela est impossible, tu devras te rappeler ce que tu as été et devenir artistiquement ce que tu ne seras plus naturellement.
15 Le Domestique de M. Joli-Cœur n'était pas une grande comédie, et sa représentation ne prenait pas plus de vingt minutes. Mais notre répétition dura près de trois heures, Vitalis nous faisant recommencer deux fois, quatre fois, dix fois la même chose,
20 aux chiens comme à moi.
Ceux-ci, en effet, avaient oublié certaines parties
de leur rôle, et il fallait les leur apprendre de nouveau.
Je fus alors bien surpris de voir la patience et la
douceur de notre maître. Ce n'était point ainsi
25 qu'on traitait les bêtes dans mon village, où les jurons et les coups étaient les seuls procédés d'éducation qu'on employât à leur égard.
Pour lui, tant que se prolongea cette longue répétition, il ne se fâcha pas une seule fois; pas une seule
30 fois il ne jura.
raple 1 àbara k ty epruiv mêtnà, e
fèidr a ska ty ii sàtira ply. si ty p0^truve
set ekspresjô e set atityd, 39 ta predi
la ply bo sykse. k e tô persona:5 dâ
ma komedi? salqi d dé 5œn pejizâ ki n a rjê 5
vy e ki^ se rjê; il ariiv 5ez œ sêî5 e il sa
truiv plyz ijiorà e ply maladnv^a^k sa sé!5;
da la mô su titr: «la ply be:t de d0 ne
pa salqi k ô puis.» ply beit ka sali kœîr,
vwala tô roil; pur la 5we dû la perfeksjô, ty 10
n are k a reste sjca ty ez à^s mamà, me
koin sla et èposibl, ty davra^t raple sjca
ty az ete e davniir artistikmâ sa ka ty^ji
sra ply natyrelmà.
la domestik da masj0 5ali kceir n ete paz yn 15 gràîd komedi, e sa^rprezàtasjô na prane pa ply d vê minyt. me notra repetisjô dyra pre<^ trwaz œir, vitalis nu fazcLjkomâse d0 fwa, kat fwa, di fwa la meim $oîz, o Sjê kom a mwa. ao
s0 si, an efe, avet ublije serten parti^d lœsr roil, e il fale le lœr aprciidra da nuvo.
3a fyz aloir bjè syrpri da -v^vair la pasjâss e la dusœsr da notra meitr. sa n ete pwêt êsi k ô trete le beit dâ mô vila:3, u le 25
Syrô e le ku ete le sœl prosede d edykasjô k on âplwajat a lœr egair.
pur k{i, tôkjc sa prolô3a set lôig repetisjô, il na s fa^a paz yn sœl fwa; paz yn sœl fwa il na 5yra. 3°
— Allons, recommençons, disait-il sévèrement, quand ce qu'il avait demandé n'était pas réussi; c'est mal, Capi; vous ne faites pas attention,^ Joli- Cœur, vous serez grondé.
5 Et c'était tout; mais cependant c'était assez.
■ — Eh bien, me dit-il, quand la répétition fut terminée, crois-tu que tu t'habitueras à jouer la comédie?
— Je ne sais pas.
lo — Cela t'ennuie-t-il?
— Non, cela m'amuse.
— Alors tout ira bien. Sois donc attentif, mon garçon, sois docile et fais de ton mieux ce que tu dois faire. Dans la vie, tout est là.
x5 Mes camarades, les chiens et le singe, avaient sur moi le grand avantage d'être habitués à paraître en public, de sorte qu'ils virent arriver le lendemain sans crainte. Pour eux il s'agissait de faire ce qu'ils avaient déjà fait cent fois, mille fois
20 peut-être.
Pour moi, mon émotion était vive, lorsque le lendemain nous quittâmes notre auberge pour nous rendre sur la place où devait avoir lieu notre représentation.
25 Vitalis ouvrait la marche, la tête haute, la poitrine cambrée, et il marquait le pas des deux bras et des pieds en jouant une valse sur un fifre en métal.
Derrière lui venait Capi, sur le dos duquel était
30 perché M. Joli-Cœur, en costume de général anglais,
> voua n'êtes pas attentif.
— alô, rakomâsô, dizet il severmâ, kcL-S k il ave dmâde n ete pa reysi;
s e mal, kapi; vu„n fet paz atâsjô, 3oli kœ:r, vu sre grôde.
e s ete tu; me spâdâ s etet ase. S
— e bjê, ma dit il, kâ la repetisjô fy termine, krwa tyji ty t abityra a 3we la komedi?
— 58 n se pa.
— sla t âni^i t il? lo
— nô, sla m amyiz.
— aloir tut ira bjê. swa dô:k atùtif, mô garsô, swa dosil e fe d tô mj0 s ka ty dwa fe:r. dû la vi, tut e la.
me kamarad, le Sjê ej sê!3, ave 15
syr mwa lo grât avâtai5 d e:tr abitqe a pareitr à pyblik, da sort k il viirt arive la lûdmê sa krèit. pur 0 il s asise^^ feir sa k ilz ave desa fe sa fwa, mil fwa p0t eitr. 20
pur mwa, mon emosjô ete viiv, brska la lûdmê nu kitam notr obers pur nu rendra syr la plas u^dvet av^vair lj0 notra rprezâtasjô.
vitalis uvre la marÇ, la teita oit, la pwatrin 25 kabre, e il markcj pa de d0 bra e de pje â 3wât yn vais syr œ fifr â métal.
derjeir Iqi vane kapi, syr la do dykel ete perje masj0 3oli kœir, à kostym da 3eneral ôgle, 30
habit et pantalon rouge, avec un chapeau surmonté d'un large plumet.
Puis, à une distance respectueuse s'avançaient sur une même ligne Zerbino et Dolce.
5 Enfin je formais la queue du cortège.
Mais ce qui mieux encore que la pompe de notre défilé provoquait l'attention, c'étaient les sons perçants du fifre qui allaient jusqu'au fond des maisons éveiller la curiosité des habitants d'Ussel. On ac- 10 courait sur les portes pour nous voir passer, les rideaux de toutes les fenêtres se soulevaient rapidement.
Quelques enfants s'étaient mis à nous suivre, des paj'sans s'étaient joints à eux, et quand nous étions 15 arrivés sur la place, nous avions derrière nous et autour de nous un véritable cortège.
Notre salle de spectacle fut vite préparée; elle consistait en une corde attachée à quatre arbres, de manière à former un carré long, au milieu duquel 2o nous nous plaçâmes.
La première partie de la représentation consista en différents tours exécutés par les chiens; mais, occupé que j'étais à me répéter mon rôle et troublé par l'inquiétude, tout ce que je me rappelle, c'est 25 que Vitalis avait abandonné son fifre et l'avait remplacé par un violon au moyen duquel il accompagnait les exercices des chiens.
La foule s'était amassée contre nos cordes, et quand, machinalement, je regardais autour de moi, 30 je voyais une infinité de prunelles fixées sur nous.
abi e pàtalô ru 15, avek dé $apo sjTTHôte d œ lar58 plyme.
pi^i, a yn distâis respektq0!z s avâse s>t yn meim liji zerbino e dois.
ôfê 39 forme la k0 dy korte:5. 5
me sa ki mj0z âkoir ka la pôip da notra défile provoke 1 atàsjô, s ete le sô persâ dy fifr ki aie 5ysk o fô de mezô eveje la kyrjozite dez abitâ d ysel. on akure syr le port pur nu vwair pose, le 10
rido da tut le^ineitr sa suive rapidmâ.
kelkaz âfâ s ete miz a nu sqiivr, de pejizà s ete 3wêz a 0, e kà nuz etjôz arive syr la plas, nuz avjô derjrir nu e 15
otuir da nu œ veritaibla korte:5.
notra sal da spektakl fy vit prépare; el kôsistet an yn kord ata^e a katr arbr, da manjeir a forme œ kore lô, o milj0 dykd nu nu plasam. 20
la pramjeir partLd la rprezàtasjô kôsista â diferà tu:r egzekyte par le Sjê; me, ok^-pejv 5 ete a^jn répète mô roîl e truble par 1 êkjet3'd, tu s ka 5a m rapel, s e ko vitalis avet abâdone sô fifr e 1 ave 25
râplase par œ vjolô o mwajê dykel il akôpajie lez egzersis de Sjê.
la fui s etet amase kôtra no kord, e kâ, maÇinalmô. 5o„rgardrz otur da mwa, 5a vwajez yn êfinite(ji pryncl fikse syr nu. 30
La première pièce terminée, Capi prit une sébile entre ses dents, et marchant sm- ses pattes de derrière, commença à faire le tour «de l'honorable société.» Lorsque les sous ne tombaient pas dans S la sébile, il s'arrêtait, et plaçant celle-ci dans l'intérieur du cercle hors de la portée des mains, il posait ses deux pattes de devant sur le spectateur récalcitrant, ;^oussait deux ou trois aboiements, et frappait des petits coups sur la poche qu'il voulait ouvrir, lo Alors dans le public c'étaient des cris, des propos joyeux et des railleries.
— Il est malin, le caniche, il connaît ceux qui ont le gousset garni.
• — Allons, la main à la poche!
iS — Il donnera!
— Il ne donnera pas!
— L'héritage de votre oncle vous le rendra.
Et le sou était finalement arraché des profondeurs
où il se cachait. Pendant ce temps, Vitalis, sans
20 dire un mot, mais ne quittant pas la sébile des yeux,
jouait des airs joyeux sur son violon qu'il levait et
qu'il baissait selon la mesure.
Bientôt Capi revint auprès de son maître, portant fièrement la sébile pleine.
25 C'était à Joli-Cœur et à moi d'entrer en scène.
— Mesdames et messieurs, dit Vitalis en gesticulant d'une main avec son archet et de l'autre avec son violon, nous allons continuer le spectacle par une charmante comédie intitulée: Le Domestique de
30 M. Joli-Cœur, ou Le plus bête des deux n'est pas celui
la pramjcir pjes termine, kapi prit yn sebil àtra se dâ, e marSà syr se pat da derjeir, komùsa a feir b tuir «da 1 onoraibla sosjete.» lorska le su n tôbe pa dû la sebil, il s arête, e plasà sel si dà 1 êterjœir 5 dy serkl o:r do la porte de mê, il poze se d0 pat da^dvà syr la spektatœir rekalsitrâ, puse d0z u trwaz abwamâ, e frape de pti ku s}T la poS k il vulet uvriir.
alo:r dôj pyblik s ete de kri, de propo ic
5waj0 e de rajri.
— il e malêj kaiii$, il kone s0 ki ôj guse garni.
— alô, la mè a la poS !
— il donra! rs
— il no donra pa !
— 1 eritais do votr ôïklo vuj râdra.
e lo su ete finalmàt ara^e de profôdœir u il sa ka^e. pâdcLs ta, vitalis, sa diîF œ mo, me n kitâ pa la sebil dez j0, 20
3we dez eir 3waj0 syr sô vjolô k il love e k il bese solo la.jazj':r.
bjêto kapi rovêt opre 4 sô meitr, porta fjermâ la sebil plein.
s etet a 3oli kœir e a mwa d âtre à sein. 25
— medamz e mesj0, di vitalis â sestikylâ d yn mê avek son ar^e e do 1 o:tr avek
sô vjolô, nuz alô kôtinqe lo spektakl par
yn Sarmâît komedi êtityle: lo domestik do
mosj0 5oli kœir, u lo ply beit de d0 n e pa soli^i 3°
qu^on pense. Un homme comme moi ne s'abaisse pas à faire d'avance l'éloge de ses pièces et de ses acteurs; je ne vous dis donc qu'une chose: écarquillez les yeux, ouvrez les oreilles et préparez vos
5 mains pour applaudir.
Ce qu'il appelait «une charmante comédie» était en réalité une pantomime, c'est-à-dire une pièce jouée avec des gestes et non avec des paroles. Et cela devait être ainsi, par cette bonne raison que
lo deux des principaux acteurs, Joli-Cœur et Capi, ne savaient pas parler, et que le troisième (qui était moi-même) aurait été parfaitement incapable de dire deux mots.
Cependant, pour rendre le jeu des comédiens plus
15 facilement compréhensible, Vitalis l'accompagnait de quelques paroles qui préparaient les situations de la pièce et les expliquaient.
Ce fut ainsi que jouant un air guerrier, il annonça l'entrée de M. Joli-Cœur, général anglais qui avait
20 gagné ses grades et sa fortune dans les guerres des Indes. Jusqu'à ce jour, M. Joli-Cœur n'avait eu pour domestique que le seul Capi, mais il voulait se faire servir désormais par un homme, ses moyens lui permettant ce luxe; les bêtes avaient été assez
25 longtemps les esclaves des honunes, il était temps que cela changeât.
En attendant que ce domestique arrivât, le général Joli-Cœur se promenait en long et en large, et fumait son cigare. Il fallait voir comme il lançait
30 sa fumée au nez du public!
k ô pôis. ôén Dm kom mwa na s abes
paz a fe:r d avais 1 elois da se pjes e d sez
aktœir; 39^ vu di dô k yn $0:2: ekarkije
lez j0, uvre lez oreij e prépare vo
mê pur aplodiir. S
S8 k il aple «yn ^armait komedi» etet â realite yn pâtomim, s et a diir yn pjes 3\ve avek de sest e nô avek de paroi, e sla dvet eitr êsi, par set bon rezô ka d0 de prêsipoz aktœir, 5oli koeir e kapi, na 10
save pa parle, e kaj trwazjem (ki ete mwa meim) oret ete parfetmât êkapaibl da diir d0 mo.
sapâdà, pm- râidra la 30 de komedjê ply fasilmâ kôpreâsibl, vitalis 1 akôpajie da 15
kelka paroi ki prépare le sitqasjô d la pjes e lez eksplike.
sa fyt êsi ka 3wât œn eir gerje, il anôsa 1 âtre da masj0 5oli kœir, 3eneral âgle ki ave gajie se grad e sa fortyn dâ le geir dez 20
êid. 3ysk a sa 3Uir, masj0 5oli kœir n avet y pur domestik ka la sœl kapi, mez il vule s fcir serviir dezorme par ôén om, se mwajê Iqi permetâ sa lyks; le beit avet ete ase lôtâ lez esklaiv dez om, il ete ta 25
ka sla Sà5a.
an atâdâ ka s domestik ariva, la 3eneral 3oli kœrr sa promue â 15 e â lar5, e f^Tue s5 sigatr. il fale vwair kom il lâse sa fyme o ne dy pyblik! 30
Il s'impatientait, le général, et il commençait à
rouler de gros yeux conmie quelqu'un qui va se
mettre en colère, il se mordait les lèvres et frappait
la terre du pied.
S Au troisième coup de pied, je devais entrer en