D'APRÈS SES MÉMOIRES
‘Ottawa, la jeune cité qui a encore un pied dans la forêt, la ville des chantiers, l'hôtellerie des voyageurs et la capitale de la confédération canadienne; Ottawa n’est pas sans charmes pour le visiteur, même après une excursion à Montréal et à Québec. Cette petite ville a une physionomie propre et bien caractérisée ; favorisée par la nature, elle est couronnée d’un monument qui ferait l’orgueil de plus d’une cité européenne.
‘Je faisais cette réflexion, l’an passé, en parcourant pour la première fois les rues de
la ville. Les caprices de la promenade m’avaient conduit au bord de la chute du Rideau et je m’y étais arrêté pour contempler à mon aise l’agréable panorama qui, de cet endroit, se déroule sous les yeux.
‘“ A mes pieds, tombait perpendiculairement la nappe d’eau blanche, si régulière qu’on eût dit un rideau tiré sur la rive. Au bas de l’escarpement coulaient, impétueuses, les vagues fauves de l’Ottawa, gonflé par les eaux du printemps. La vue remontait de là jusqu’au pont et aux rapides, dont les flots de neige, bondissant de rochers en rochers, comme une furie échevelée, se précipitaient dans les Chaudières. Les sourds grondements des chutes, méêlés aux bruits stridents des scieries, montaient jusqu’à nous avec les raïales de la brise. Les deux rives boisées de la rivière se découpaient en arêtes vives.et gracieuses sur l’azur éclatant du ciel. À gauche se prolongeait, en serpentant jusqu’à l’horizon, la falaise escarpée sur laquelle est assise la ville d'Ottawa.
‘ Maïs l’objet qui attire l’attention, qui finit toujours par fixer les regards, c’est le palais législatif, dont les masses imposantes appuyées sur la plus haute éminent, et surmontées de leurs aiguilles et de leurs toitures gothiques, dominent tout le paysage.
‘ Pendant que je communiquais mes impressions à mon compagnon de flânerie, nous vimes apparatre, de l’autre côté du Rideau, deux promeneurs, un monsieur et une dame, accompagnés de leur enfant, qui vinrent s'asseoir en face de nous, au bord de la chute, sur un gradin naturel formé par le rocher.
Il y avait un tel air de strénité et de bonheur sur les figures de ces deux époux qui s’amusaient à voir jouer leur enfant à leurs pieds, qu’on se sentait heureux rien qu’à les regarder.
‘ L'homme était petit, b'en pris des épaules, le corps long et les jimbes courtes, ce qui le faisait paraître, lorsqu'il était assis, d’une taille moyenne. Il avait les cheveux,
les favoris et les yeux bruns, une forte moustache d’une nuance plus claire; rien de saillant dans les traits encadrés dans une figure ronde. Cependant, avec cette apparence ordinaire, cette physionomie avait un charme qui ne pouvait provenir que d’une âme exquise ; son regard et son sourire étaient d’une douceur inexprimable, et le timbre de sa voix, dont je ne saisissais qu'un murmure indistinct, paraissait aussi doux. En un mot, mon attention avait été entièrement captivée par l’air et les manières pleines de bonté et de bonhomie de cet étranger.
—Le couuaissez-vous? demandai-je à mon compagnon.
—Comment, dit-il, mais c’est M. Gérin- Lajoie, le bibliothécaire du Parlement!
—Ah! son nom et ses écrits me sont connus depuis longtemps ; mais je n'avais jamais eu l'avantage de le rencontrer.
— Il ne faut pas que vous quittiez Ottawa
des. hé
A. GÉKIN-LAJOIE 5
sans faire sa connaissance. Soyez chez moi demain à dix heures, et j'irai vous présenter à lui, à la bibliothèque.” |
Plus d’un lecteur se rappellera sans doute ce petit tableau tracé, il y a déjà assez longtemps, et qui servait de préambule à une notice sur M. Gérin-Lajoie. Nous l’avons reproduit en tête de la biographie que nous lui consacrons, parce qu’il nous le représente sous son vrai jour et dans le milieu où nous l'avons vu nous-même, dans ses dernières années, vivant réellement d’une vie calme et douce comme une idylle.
Gérin-Lajoiïie occupe une place à part dans notre littérature. Doué d’un talent précoce, déjà connu même avant la in de son cours classique, qu’il termina à l’âge de dix-neuf ans, il aurait pu aspirer à devenir le plus brillant de nos littérateurs: il ne l’a pas voulu. Il a mieux aimé en être le plus utile. Cette pensée a toujours été son rêve, l’ambition de sa vie, l’unique but de tous ses
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6 A. GÉRIN-LAJOIÏE
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travaux. Jean Rivard, le meilleur de ses écrits, si bien apprécié par les esprits sérieux, na pas été compris des lecteurs frivoles, parce que ceux-ci ne pouvaient s’élever à la hauteu: où Gérin-Lajoie s’était placé. Né avec un caractère désintéressé et philanthropique, il s’est appliqué toute sa vie à développer en lui ces qualités si rares. Il en avait fait son étude constante, et (ce qui paraîtra étrange à bien des lecteurs) il avait pris l'habitude, depuis sa sortie du collège, de tenir un journal où il faisait en quelque sorte l'examen de sa conscience, pour apprendre à mieux se connaître, à se corriger et à reproduire en lui-même, autant qu'il le pouvait, son idéal de philanthrope chrétien.
Ces mémoires, entièrement inédits, que nous avons sous les yeux, achèvent de le faire connaître dans ce beau caractère. N otre tâche sera bien facile; car nous n’aurons, la plupart du temps, qu’à citer ses Mémoires,
où il se peint lui-même bien mieux que nous ne saurions le faire.
Il est vrai que le seul projet de livrer à la puk'"’:té un journal intime, a dû éveiller chez ceux qui étaient les dépositaires de ce précieux héritage, des scrupules auxquels nous-même nous avons eu quelque peine à nous soustraire. Bien des fois notre attention s’est arrêtée avec une sorte d’anxiété sur les paroles que Gérin-Lajoie a placées en tête de ses Mémoires, qu’il tenait soigneusement sous clef et qu’il n’a jamais lus qu’à sa famille et à quelques amis: “ Les confidences contenues dans ce cahier, dit-il, n’ont été écrites que pour mon utilité et pour l'instruction de mes enfants. Elles sont si intimes que si je n’ai pas le bonheur de laisser de postérité, elles devront disparaître avec moi.”
Cette injonction semblait péremptoire ; mais des conseils et des considérations d’un ordre plus élevé nous ont décidé à rompre le sceau qui en défendait l’accès. Elles renferment, en effet, des enseignements trop
utiles, et de trop sages leçons pour que nous soyons justifiable d’en priver un public qui saura les apprécier. Au reste, nous ne pourrons qu’en donner des extraits ; car leur entière publication formerait la matière de plus d’un volume.
“Mon but, en écrivant ces Mémoires, ditil, est de laisser à mes enfants un souvenir du jeune temps de leur père. Je veux leur dire ce que j'ai fait, et ce que j'aurais voulu faire. Je leur ferai connaître mes regrets, afin qu’ils se les épargnent à eux-mêmes. Ile profiteront ainsi de mes erreurs et pourront tirer de ces lignes incohérentes des conseile qui serviront à les guider dans les sentiers difficiles que rencontre le jeune homme au début de sa carrière.”
Après avoir cité le témoignage d’un auteur américain sur l’utilité de pareils mé-
moires, Gérin-Lajoie ajoute :
“Il n’y a rien de tel qu’un journal pour conduire à la connaissance intime de soi-
même, de son caractère, de ses défauts.
J'espère par ce moyen, qu'avec le temps, je parviendrai à m’améliorer.”
Ces réflexions, si pleines de sens et de maturité, sont celles d’un jeune homme à peine âgé de vingt-deux ans, livré à luimême depuis son entrée dans le monde et déjà engagé dans les luttes du journalisme.
Elles laissent voir ce qu’il deviendra plus tard.
Antoine Gérin-Lajoïe naquit le 4 août 1824, à Sainte-Anne d’Yamachiche, district des Trois-Rivières, communément appelé Machiche, mot dérivé de l’algonquin owabmaches, qui signifie rivière à la vase, la rivière de Machiche étant en effet fort boueuse.
‘ La maison où j'ai reçu le jour est située à trois quarts de lieue de l’église, sur le grand chemin, dans un joli endroit appelé ‘les petites terres.” La terre paternelle, au milieu de laquelle est bâtie la maison, s'étend d’un bout jusqu’au lac Saint-Pierre, de l’autre
10 A. GÉRIN-LAJOIE jusqu’à un bois superbe formé en partie d’érables et de platanes.”
C’est 1à que Gérin-Lajoïe a passé les douze premières années de sa vie; et le souvenir de ces lieux champêtres et poétiques a laissé dans sa mémoire une impression ineffaçable.
Son bisaïeul, qu'on nommait Jean Jarrin ou Gérin, vint au Canada vers 1750. Il paraît, d’après les renseignements qu’Antoine a pu recueillir, qu’il était sergent dans un des régiments envoyés par la France pendant la guerre qui se termina par la perte du Canada.
Jean Gérin avait été présent au siège de Québec. Après la capitulation de cette ville, il résolut de s’établir dans ce pays, malgré l'avenir sombre qui se préparait. Dons ce dessein, il se rendit à Machiche, presque inhabité à cette époque, et y fit choix d’un lot de terre qui est resté jusqu’à ces dernières années aux mains de ses descendants.
C'était un homme excessivement gai, un
boute-en-train et un faiseur de tours, comme on dit dans nos campagnes, ce qui lui avait mérité à l’armée le surnom de ‘* Lajoie,” qui a passé de père en fils jusqu’à la génération actuelle. On cite encore de lui dans le canton une foule de mots plaisants et de petites malices dont on lui attribue la paternité.
D'après ces faits, Gérin-Lajoïe avait longtemps cru que son bisaïeul était originaire de la Gascogne, mais en feuilletant plus tard les registres de la paroisse d’Yamachiche, il trouva, à la date du 6 octobre 1760, le mariage de Jean Jarrin, fils de Joseph Jarrin et de Marie Courtin, ses père et mère, de la paroisse des Échelles, dans le diocèse de Grenoble, et de Madeleine Grenier, fille de Joseph Grenier et de Marie Gélinas, de la paroisse d’Yamachiche.
Jean Gérin continua à cultiver sa terre jusqu’à la fin de sa vie et mourut dans les premières années de ce siècle.
De son mariage étaient nés trois fils: Joseph, André, aïeul de l’auteur, et Alexandre.
Les descendants de cette famille sont aujourd’hui très nombreux.
André Gérin, ou plutôt Lajoie, nom sous lequel il était habituellement désigné, avait succédé à son père sur le bien paternel, et avait épousé, le 27 septembre 1790, demoiselle ivard de La Glanderie, d’une famille importante de la paroisse de Saint- Léon qui faisait alors partie de celle de la Rivière-du-Loup.
“Quoique mon grand-père n’eût pas eu l'avantage de recevoir l'instruction même la plus élémentaire, il était cependant, d’après tout ce que j'en aï entendu dire, un homme intelligent et très entreprenant. Par son industrie, son activité et son talent pour les affaires, il devint en peu de temps un des plus riches cultivateurs de la paroiïsse ; et quoiqu'il soit mort jeune, il put donner à
à tous ses enfants des positions aisées. Ses
trois garçons furent bien établis et ses cinq filles se marièrent avantageusement. Ma grand’mère, dont je ne puis me rappeler le souvenir sans attendrissement, était d’une sensibilité exquise et d’une piété exemplaire. Elle était très petite et délicate. Son seul plaisir était de soigner les malades, de faire l’aumône aux pauvres, de consoler les malheureux et de prier Dieu.
‘Elle est morte le 5 juin 1845. Je me souviens qu’elle avait pour moi une vive affection et que son plus grand bonheur eût été de me voir prêtre.
‘ Mon père est né le 4 juillet 1801. Il est de taille moyenne. * Je lui ressemble beaucoup pour la forme du corps, mais il a le nez aquilin et le teint plus blanc que moi. Sa santé, forte dans le principe, est devenue très délicate par suite d’extravagances qu’il a commises dans sa jeunesse. Il était tou-
* Ce passage des Mémoires a été écrit en 1849,
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jours trop ardent au travail, et les imprudences dont je parle n’ont toujours été que des excès de zèle et de courage. Il est n6 avec un talent particulier pour la mécanique, Quoiqu'il n'ait jamais fait aucun apprentissage, et qu’il n'ait exercé régulièrement aucune branche d'industrie, il est extrêmement habile er tout ce qui se rattache aux ouvrages d’artisan. C’est ordinairement lui qui donne le plan des maisons et autres bâtiments qui se construisent dans le canton, surtout lorsqu'il s’agit de loger quelque pauvre. Son talent pour le calcul est surprenant. J'étais toujours stupéfait, lorsque faisant mes mathématiques au collège, je Je voyais résoudre, en un instant et de mémoire, des problèmes que je lui proposais sur les équations. Il ne sait pourtant que juste lire et écrire; car de son temps les écoles dans nos campagnes étaient rares, et les bons instituteurs l’étaient encore plus.
“Il a épousé, le 12 août 1822, mademoi-
selle Marie-Aimable Gélinas, fille de Joseph- Baptiste Gélinas, cultivateur influent de la paroisse d’Yamachiche. Elle pouvait avoir à cette époque dix-huit ou dix-neuf ans. Ma mère est une femme excessivement. sensible, La moindre émotion lui fait venir les larmes aux yeux. Elie ne peut raconter aucun trait de vertu sans pleurer. Elle est pieuse sans affectation et possède toutes les vertus et toutes les qualités que l’on peut désirer dans une femme de ménage. Elle a beaucoup de talents naturels ; possède une mémoire heureuse, une belle et douce imagination, un jugement sûr qui en eussent fait une femme brillante, si elle eût été instruite. Mais son instruction se borne, comme celle de mon père, à la connaissance de la iecture et de l'écriture. Il ne peut y avoir personne avec qui je sympathise plus qu'avec ma mère.
Je puis passer des journées entières à m’entretenir avec elle. Elle devait être une jolie jeune fille dans son temps; mais les qua-
lités de son cœur et de son esprit devaient faire oublier ces charmes extérieurs.
& Tai souvent entendu dire à ma mère que jamais, depuis le jour de son mariage, une seule parole n’est échappée à mon père qui fût de nature à lui causer la plus petite peine. De son côté, elle a toujours aimé son mari de l'affection la plus vive, et chaque instant de sa vie est consacré à son bonheur et à celui de ses enfants.
‘ La famille Gélinas, à laquelle je me rattache par ma mère, est originaire de la Saintonge et une des plus anciennes du pays.
Dans le recensement des habitants de la Nouvelle-France, fait en 1666, on trouve
comme habitant les Trois-Rivières, le nommé Étienne Gélineau, âgé de 42 ans, et son fils ‘ Jean,” âgé de 20 ans. Plus tard, dans lé recensement de 1681, on remarque au cap de la Madeleine, près des Trois-Rivières, le nommé ‘* Jean Gélinas,” âgé de 37 ans, marié à Françoise de Charmenil, âgée de 29 ans et
ayant déjà quatre enfants, Étienne, Benjamin, Françoise et Anne. Suivant un usage répandu, il paraît, parmi les premiers colons de ce pays, le premier garçon fut appelé simplement Gélinas, le second fut surnommé Bellemare, le troisième Lacourse, etc., et ils sont devenus les souches de familles aujourd’hui connues sous ces différents noms, quoique se rattachant tous au même tronc.
‘Mon grand-père, Joseph-Baptiste Gélinas, qui est mort en 1852 à l’âge avancé de 88 ans, descendait d’'Étienne Gélinas.
La famille de ce nom est fort répandue dans le district des Trois-Rivières. Mon grandpère seul, lorsqu'il mourut, laissait après lui environ cent cinquante enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants.”
La famille des Gélinas n’a pas dégénéré dans le ménage de Gérin-Lajoie, père d’Antoine, car il n’a pas eu moins de dix-huit enfants. Le premier étant mort en naissant, Antoine, venu ensuite, a toujours été regardé comme l'aîné. 2
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18 A. GÉRIN-LAJOTE RL RE EEE Dès son enfance, il se fit remarquer par 80n intelligence et son goût your l'étude. À ces qualités il joignait une sensibilité si vive et un naturel si compatissant qu’on le voyait fondre en larmes à la moindre peine dont il était témoin. Timide jusqu’à la sauvagerie, il s'enfuyait et se cachait dès qu'il voyait
venir quelque visiteur.
Le développement hâtif de ses facultés le portait à la réflexion et le rendait souvent rêveur. Sa grand-mère lui demandait alors s'il pensait à se marier : “Ki je n’y pensais pas déjà, ajoute plaisamment Lajoie, je devais y penser longtemps, plus tard, avant de m'y décider.”
Après avoir éclipsé tous ses compagnons à l’école primaire du village, il prit quelques leçons de latin chez un M. Caisse, instituteur instruit, qui s’intéressa au progrès de
sou élève. Ce fut à cette époque que Gérin- Lajoie rencontra dans le clergé, comme au reste bien d’autres Canadiens distingués, un
homme intelligent et dévoué qui comprit son talent, l’encouragea, s’appliqua à le développer dans l'espérance d’en faire un citoyen utile à son pays.
‘Un jour (j'avais alors treize ans), M.
Dumoulin, curé d’Yamachiche, m’amena chez lui, et après m'avoir fait promener longtemps avec lui dans son jardin en me faisant des questions sur toutes sortes de sujets, questions auxquelles je répondaiïs avec toute la simplicité et la naïveté d’un enfant, il me dit que je devrais aller au collège, et de déclarer à mon père que s’il voulait m'y envoyer, lui, M. Dumoulin, paierait, chaque année, le premier trimestre de ma pension.
‘Mon père consentit volontiers à cette proposition, et m’envoya la même année (septembre 1837) au collège de Nicolet, où j'entrai bravement en syntaxe. Mais je me trouvai bientôt fort embarrassé. Je n'avais jamais vu un dictionnaire, et je ne savais pas comment m'y prendre pour chercher les
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mots; je n'avais jamais fait ni version, ni thème, et je n'étais guère en état de lutter avantageusement avec les autres élèves de ma classe. Aussi, dans le premier thème que nous fimes, le régent me nota cinquante fautes, ce qui ne me laissa qu’un seul mot correct. Nous étions vingt et un dans ma classe. Pendant les deux premières semaines, je fus le vingt et unième! Cela m’humiliait d'autant plus que jusque-là, aux écoles de ma paroisse, j'avais presque continuellement été à la tête de mes classes. Mais j'avais beaucoup d’émulation et je me mis à travailler avec ardeur. Enfin, la troisième semaine, je fus le sixième. Ce progrès me donna du courage et me fit faire de nouveaux efforts. Le reste de l’année, j'occupai généralement une des premières places et.
j'obtins plusieurs prix.” Gérin-Lajoie continua ses études avec un succès toujours croissant, et fut bientôt reconnu pour l’élève le plus brillant qu’on eût