À l'amie perdue
Les marronniers metlaient leurs premiers Lourg-eons verts Dans le l)lan(' ciel d'Avril aux ombres inquiètes, On vendait les derniers ljou(juets de violettes, Le Printemps s'échappait des noirs mois entr'ouverts,
Quand les premières fois je la vis. A travers Les dessins emmêlés de ses sombres voilettes. Je lus, d'un setd regard, les souffrances secrètes' Et les long-s désespoirs, dans ses yeux doux et fiers.
Ma pitié s'attacha par des rêves tremblants A la triste inconnue ; et lors(pie je l'aimai, L'Eté allait ouvrir le temps des ileurs é'.doses.
On vendait les premiers bou([uets de jeunes roses.
Et dans l'azur uni du calme ciel de Mai
Les marronniers mettaient leurs derniers thjrses blancs.
AMIE PERDL'K.
D'où vient, dans cette ville étroite, au ciel obscur, Qui vit dans ses marais au fond de noires plaines, Cette beauté puissante et digne de l'azur Où passaient les profils augustes des Romaines ?
Elle aurait dû marcher, d'un pas tranquille et sûr, Sous la robe aux plis droits, le front ceint de verveines , Dans les cortèges blancs déroulés sur le mur D'un temple couronné de déesses sereines.
Quel flot inexplicable et quels hasards de races Ont porté, à travers les temps et les espaces, Chez ces peuples aux corps chétifs, aux pâles faces,
Cette fleur de sang pur et ce corps magnifique, Et mis dans ces cités de mortier et de brique Ce marbre détaché d'un bas-relief antique ?
Parmi tant de vej^-arJs qui reclierclienl le sien, Quel esj)oir que jamais mon humble reg-ard perce Les adorations que sa beauté traverse Avec ses yenx levés et son noble maintien ?
Elle ne saura jias (jue je l'aime et eondjien ! Jusqu'à l'âge où le cœur en son hiver se gerce, Mon cœur, que sa pensée émeut et bouleverse, La suivra, taciturne et sombre stoïcien.
Et ce n'est là qu'un peu des chagrins qui m'attendent
p]n la suivant ainsi, je vivrai dans l'effroi
De voir, tandis qu'en vain mes désirs la défendent.
Ses regards s'abaisser sur un autre que moi, Sur un autre que moi descendre son sourire , Son sourire ignorant de l'amour qu'il déchire.
A i.'amie perdue.
Je l)i'ave tes etTorls et Ion courroux acerbe, Amour, ô dur bourreau des humaines poitrines ! Je veux voir tout mou sang couler et teindre l'herbe. Et sentir (Unis imiu front s'enfoncer les épines ;
Mes lèvres g-arderont leur indomptable verbe Quand mes pieds rougiront les roches des collines ; I']t mon cœur restera rayonnant et superbe Dans mes flancs frémissants percés de javelines.
La meute des tourments me suive et me harasse, Mon sourire luira dans le sang de ma face ! Je le brave, sachant, hors de la défaillance.
Mon pouvoir de souffrir plus fort que ta souffVance, Mon pouvoir d'espérer j)lus fort cjue ta menace, Kl mon pouvoir d'aimer plus fort que l'espérance !
Quand la Grande-Ourse monte au-dessus du vieux loit Du jardin sombre, et quand, sur la ville déserte. On entend jusqu'au bout les heures du beffroi, Heureux, je viens m'asseoir ù la fenêtre ouverte ;
C'est l'heure réservée où je vis avec toi ; L'éclat bru van t du jour égare et déconcerte L'effort de mes yeux clos pour te revoir en moi ; Par la pudique nuit ta face m'est offerte.
Incertaine et lointaine en de bleuâtres voiles Aux plis mystérieux diamantés d'étoiles, Mais telle cependant qu'il paraît en descendre.
Dans un rayon d'argent, un regard calme et tendre. Souvent un rossignol chante. Et j'attends ainsi Que ta présence expire en un ciel éclairci.
0 toi dont le visage à la grave beauté. Au regard sérieux, au front vaste et tranquille, Par des Grecs consacrant un temple dans leur ville Eût été dans le marbre ou l'ivoire sculpté,
Je viens vers toi, marin par les flots maltraité Et qui gravit enfin les marcbes du prostjle ; Accueille-moi. fais-moi de ton ombre un asyle De lumineuse paix et de sérénité !
Toi dont le liant esprit sur les sommets s'isole, Des cboses dédaigneux, de l'amour seul jaloux. Sois la calme raison qui guide la parole,
Qui soumet les désirs, qui flécbit les courroux, Sois pour moi la déesse aux veux sages et doux, La Minerve aux yeux bleus qui conseille et console !
Nos yeux seuls ont été les muets interprètes Du sentiment caché qui naissait dans nos cœurs : Les tiens m"ont révélé tes tristesses secrètes, J"ai su tes lonjj^s combats en devinant leurs pleurs,
Et compris ta tendresse aux clartés inquiètes Dont se troublaient parfois leurs rêveuses douceurs ; Et les miens t'ont redit les incertaines fêtes Dont mon âme était ivre en voyant tes pâleurs.
Maintenant un amour grandissant se déroule Entre nous, sans avoir d'autre langage qu'eux ; Quand nous nous rencontrons au milieu de la foule.
Nos regards se croisant échangent des aveux, Comme, à travers l'espace et par dessus la houle. Des phares éloignés se parlent par leurs feux.
10 A l'amie l'EKULE.
Les caj'esses des yen\ sont les plus adorai îles ;
Elles apportent Tàme aux limites de l'être,
Et livrent des secrets au(reineul ineffables,
Dans lesquels seuls le fond du cœur peut apparaître.
Les baisers les plus purs sont grossiers auprès d'elles Leur langage est plus fort que toutes les paroles ; Rien n'exprime que lui les choses immortelles Qui passent par instants dans nos êtres frivoles.
Lorsque Tàge a vieilli la bouche et le sourire Dont le pli lentement s'est comblé de tristesse. Elles gardent encor leur limpide tendresse ;
Faites jiour consoler, enivrer et séduire.
billes ont les diuiceurs. les ardeurs et les charmes I
]"!! (pielle autie caresse a traversé des larmes?
Î,A FLORAISON'. il
Nos yeux sont devenus étrangement seui])lal)les, La même expression tragique les habite.
Elle a chassé des tiens, souvent méconnaissables. Leurs limpides clartés, et ma fièvre y palpite.
L'appel toujours déçu qui toujours sollicite. Les espoirs emmêlés de regrets implacables, La haine du passé que chaque instant irrite, Les ont creusés, et les désirs inexorables.
A force d'exprimer ce que notre àme endure,
De suivre un même rêve en des nuits sans sommeils.
Et de porter l'aveu de la même l)lessure
Dans des jours (jue n'ont point rafraîchis les réveds, Nos pauvres yeux, menrti-is par la même torture. Se prennent en pitié dans des regards pareils.
Quand je Tembrasserai sous un treillis de roses, Je veux que vous a^ez notre premier baiser, 0 cliers yeux qui m"avez avoué tant de choses. Et mon àme sur vous montera Tépouser ;
Je veux que vous sentiez sur vos paupières closes J^es prémices de ma tendresse se poser. Sources de mon bonheur, clartés des jours moroses, Dont Témoi découvert me permit seul d'oser ;
Afin que vos regai'ds, quand vous vous rouvrirez,
Reparaissent changés et déjà rassurés
Par cet avant-coureur d"un long- amour fidèle.
Il est juste, ô chers yeux, chers yeux tristes et doux, Que sur vous, sur vous seuls, mon premier baiser scelle I/amour inespéré qui m"est venu par vous.
Et lorsque, près des lis et des roses trémières, Sur le l)anc solitaire au bout de l'avenue Favoralile aux amants sous ses clartés dernières, Je Tai, contre mon c(pur, un court inslani teime,
Lorsqiie vous vous fermiez déjà sous vos pan[)ièi'es, Et paraissiez ainsi donner la Inenvenue Au baiser pressenti dans mes loni^^ues prières, V.n cette heure (Tamour <^rAce à vous obtenue,
Oubliant vos aveux, vos angoisses, vos fièvres. Et combien vous aviez pleuré, doux 3'eux si las. Et que je vous devais de l'avoir en mes bras,
J"ai rompu ma promesse, et mes liaisers ino-rats Vous ont abandonnés pour venir sur ses lèvres, Qui ne m'ont dit (pi'un mot, et qui l'ont dit tcnil ba>
14 A i.'amik teholë.
Ail ! doux yeux résig-nés pour qui je fus injuste, Et qui n'avez pas eu le premier des baisers Qui montèrent de moi vers son visag-e auguste, Pardonnez-moi doux yeux el soyez apaisés 1
Mon cœur continuera de vous appartenir, Si mes lèvres s'en vont à ses lèvres, le soir ; Et les mystérieux retours du souvenir Iront toujours à vous de qui me vint respoii'.
Dans quel baiser, malgré sa lirùlante tendresse. Croyez-vous que ce cœur comme à vous apparaisse Il me semble parfois que je ne vis qu'en vous.
Ou que vous seuls vivez dans mon être dissous ; Doux yeux dont j'ai mal su dissiper la tristesse. Demeurez les amis de mon amour absous !
\Jn seringa! ileuril dans un janliu pensif En une allée humide au sol lépreux et dur, Auprès d'un hanc verdàire, au jMed d'un am-ien mur Dans un cuin ({u'assondiril encur l'ondire (Tun if.
Sa fleur de eire met un rayon maladif,
Une frêle pâleur en son feuillage obscur ;
Va, pendant quelques jours, (piand Juin luit dans Tazui
Un parfum puissant sort de l'arbuste cliétif.
Mais moins cdier est pour moi Técdat incarnadin Des roses, car c'est là, sur lui, que ta main prit Une fleur arrachée en un g-este soudain.
Et que ton cœur, fermé jusqu'alors, s'entr'ouvrit. C'est pourquoi je reviens dans ce pensif jardin Où près d'un banc verdâtre un seringat fleurit.
AMIE PERDIE.
0 jour par qui j'aurai vécu digne (renvie, Ton souvenir en moi lirille comme un vitrail. Et met, dans la nef sombre et grave de ma vie. Une fleur d'améthjste et d'éclatant corail !
Lorsqu."aux moments chargés crennui, las de travail. La pente de chaijue heure est lourdement gravie. Je me toui'ne vers toi, ô lumineux portail, 0 seuil du ciel rêvé par mon âme ravie !
p]t comme un pèlerin qu'attend un long sentier A travers les plateaux balayés par la bise. Pour reprendre courage entre dans une église.
El regarde, à genoux auprès du bénitier. Les visages divins (pii luisent dans le chœur Ainsi, doux Souvenir, j'adore ta douceur.
Voici ce que je vois sur ré(ranp;e verrière : Une dame très belle, en longue robe blanche Dont le cœur est brodé d'une fleur de pervenche. Est debout au milieu d'inie jeune cliiirière ;
Au tronc gris des bouleaux grimpe un lilet de lierre, D'une grotte moussue une source s'épanche. Un rossignol, parmi les feuilles d'une branche. Chante, le ciel sourit de clarté printanière ;
Et la dame très belle et très bonne a tendu Ses deux mains à quebju'un (pii se jette éperdu E( les baise humblement, à quelqu'un dont la face
Dans ce geste abaissé se détourne et s'efface.
Et je me dis : « C'est moi qui lui baise les mains. »
Alors viennent les vents par les à\)ves cheudns !
Mon cœur était un marln^e en une ronceraie, Dans un sentier banal aux yeux de tous placé, Où le hasard sans cesse écrivait à la craie Quel(]ue nom par la [)luie aussitôt effacé.
Mais l'Ainour, arrachant les ronces et l'ivraie, Les jeta dans les airs d'un geste courroucé. Et sculpta lentement, d'une main ferme et vraie \Jn nom profondément et pour toujours fixé.
Puis il mit tout autour un g-rillage de fer. Aux quatre coins duquel il dressa des statues Au corps de marbre blanc, mais d'airain revêtues
Ce sont le Souvenir, l'Espoir, le Pardon fier. Le Dévoûment, debout comme des sentinelles Gardant contre le Temps des choses éternelles.
XYII
Ta bouche, si long-temps relielle à mon amour, Recevait mon baiser sans vouloir me le rendre, Et, ne se donnant pas sans pourtant se défendre, li'accueillait sans livrer son baiser en r(!tour ;
Et, bien (jue ton regard, comme un ruisseau (jui sourd. Clairement épanchât l'aveu profond et tendre, La caresse tremblait, sans pouvoir en descendre, Sur ta lèvre hésitante à frémir à son tour.
Enfin, en un instant qui vint inaperçu, Bref instant d'abandon de l'âme qui s'oublie. Brusque instant de pitié pour l'amour qui supplie.
Ta lèvre à mon baiser prit part à son insu.
Et d'un baiser donné fit un baiser reçu.
Mais je vis dans tes yeux plus de mélancolie !
Quand ton premier baiser se posa sur mon fronf, Un orgueil resplendit en moi, une allégresse Pareille au rayon pourpre, irrésistible et prompt Qui sur les monts soudain illuminés s'empresse,
Kl, traversant d"un trait l'ombre triste, la rompt.
Mon front immaculé méritait sa richesse,
Kt j'avais conservé pure de tout affront
La place chère et fière où tu mis ta caresse.
Quand ton premier baiser se posa sur ma lèvre, Je ne tressaillis pas d'un transport triomphal. Mon sang ne bondit point d'impétueuse fièvre.
Je demeurai confus, humble, pâle, immobile, Car je sentis frémir, sous ce baiser royal, De mes anciens baisers la multitude vile.
J^arfois les mots ardents, jaillissant à Ilots clairs, De mon cœur débordant retombent en cascades. Comme celles auprès desquelles les Drjades Reposent leurs corps blancs sous les ombrages verts.
En rêvant aux baisers qui font frémir les chairs, Lorsque, dans les grands bois, les bruns Svlvains nomades, Bondissant tout à coup liors de leurs embuscades. Les saisissent, saisis par leurs beaux liras ouverts.
Et parfois les aveux expirent sur la berge
De mon àme jilus chaste et plus douce et plus pure
Que la source sacrée à l'épaisse ramure
Où, sous le tremblement religieux d'un cierge. Laissant les oraisons flotter comme un murmure. Les vierges aux doux yeux viennent prier la Vierge.
C'était un petit bois sur un coteau moyen , Bien-aimée, où tu mis tes deux bras à mon cou ; Mais le Printemps (Fbier l'avait déjà fait sien, Et comme s'il avait fait glisser un verrou,
Feuilles, oiseaux et fleurs que plus rien ne retient. S'étaient précipités d'un pèle-mèle fou, Et s'étaient emparés du tronc le plus ancien. Excités par les cris allègres du coucou.
Les arbres s'embrouillaient dans le vert éclieveau
De bourgeons, qui pendait en tremblant à leurs cimes:
Et sous ces frondaisons, trois fois, nous entendîmes
Une voix s'écrier dans le vent embaumé :
« Qu'ils aiment aujourd'liui ceux qui n'ont pas aimé,
Et ceux qui ont aimé qu'ils aiment de nouveau ! »
Rosier blanc, dont les jets emmêlés et hardis, Grimpant le long du mnr jns(ju'au balcon de fer, Enroulent aux barreaux sur l'enclume arrondis Les rinceaux délicats de leur feuillage clair ;
Rosier blanc, dont les fleurs si pures semblent faites Pour parer les autels dans la flamme des cierges, Quand le mois virginal renouvelle ses fêtes, Ou fournir des bouquets à la tombe des vierges ;
Rosier blanc, cache bien la rose un peu pour})rée. Ton seul calice ardent, que ma main déchirée De son sang a rougi, qiuind je suis descendu
De ce balcon de fer, où longtemps suspendu
Je prolongeais l'adieu et le baiser suprême
De celle qu'en secret j'ai conquise et que j'aime.
Petit village agreste, et clos de monticules
Où paissent des troupeaux de moutons et de chèvres,
Tu vis loin des chemins et tu te dissimules
A l'écart des cités et de leurs âpres fièvres ;
Tes murs blancs, tes toits gris aux paisildes fumées Se lilottissent autour du clocher paternel. D'où, sur les champs lointains, cloches accoutumées. Vous jetez vos instants de repos solennel.
Dans ton cirque restreint de gazons et d'azur Ne peux-tu recevoir, en un asile sûr.
Deux voyageurs lassés, et les garder cachés,
A leur humble foyer promptement attachés.
Et contents de manger un pain de froment pur
Cuit dans des fours chauffés par des myrtes séchés ?
L'aube s'épanouil vn clartés adorables, D'immenses ravons iror réveillent les villages, Les troupeaux mug-issanls sortent de leurs étables, Et vers les long-s labours partent les attelay:es ;
Le soleil fait ouvrir les lucarnes des ji,-ables, Où des rosiers f^rinipants encadrent les visayes ; La rosée en séchant fait funxM- les érables. Et les premières faux brillent dans les lierbag-es.
Lève-toi ; j)ar delà les verg-ers dont les branches Ont toutes un feston de fleurs roses et i)lanches. Un sentier, qui descend par des talus étroits,
Mène au ruisseau d"arg-enl qu'il franchit sur des planches, Et, le ruisseau passé, presqu "aussi tôt tu vois L'ombre où nous passerons le jour au bord des bois.
Le parc noircit ; au liout de l'immense avenue
Expire dans le ciel la dernière jonquille ;
J.a source (pii jaillit de son urne moussue
lîrille encor, mais les lleurs rentrent dans la charmille.
Une poussière d"or dans rétang- s'éparpille ; Sur le bord indécis se tient une slalue. Une nvmplie timide et Idanclie. à demi-nue, C!ar jiis(]u"à sa ceinture un rosier s'entortille ;
On dirait (pfelle attend (jue les (unlires soient closes Pour laisser à ses pieds tremblants couler sa robe Dont elle tient encor les plis brodés de roses,
Abu de n'avancer jusipTaux eaux merveilleuses
Qu'à l'instant où la nuit sûrement la dérobe
Aux regards des Sjlvains yuettant sous les yeuses.
LA l'-I,ORAISO.\.
Une lueur au ciel os( mauve comme un col De t(jnrlei-elle lasse el pres(}ue inaiiiniée ; De -lour.ls lilas s'emplit la valléi; embrumée, El les chauves-souris ont commencé leur vol ;
Dans la forêt muette où chante un rossi<i-iiol , Le crépuscule exhale une haleine emliaiimée ; La rosée a semé de perles la l'amée : Les feuilles dans les airs, et les Heurs sur le sol,
Fà les mousses autour des trcjncs, dans Tondjre hrniH Scintillent d'une étranj^-e el claire hroderie. Où ruisselle Tétrang-e et (daire rêverie
De l'oiseau cpii toujours redit son infortune. Viens, pour j)arer le hois de toute sa féerie, Y montrer tes veux hleus dans des rayons de lune.
La pelile maison auprès de la rivière, Où nous avons ])assé deux nmis tristes et doux. Te la rappelles-tu. si fraîche el printauière. Sur sa pelouse verte où luisait un vieux lioux ?
De la terrasse avec les baluslres de pierre Et les o-rands vases bleus, nous avions devant nous Des champs aux plis lointains fuyant dans la lumière, El le fleuve à nos jjieds roulait ses lents remous.
Mais il fallut partir, et je revois encore
L'eau o-rise qu"un rayon du clair matin colore.
Si calme ce jour-là qu'aucun reflet n'y bouge,
La barque du passeur qui lentement m'emporte,
Et le g-este d'adieu que tu fis dans la porte
Où croissaient deux rosiers, l'un blanc et l'autre rou^'e.
Que ce sonnet ressemble aux galères royales, Qui traînent sur les flots des velours frangés d'or, Et, sous un dais de soie aux splendeurs liliales, Portent le lit d'ivoire où la reine s'endort ;
Que de mots éclatants, bannières triomphales, 11 flotte pavoisé comme un mouvant décor ; Qu'un bruit charmant et doux de luths et de cymbales, De violes d'amour, retentisse à son bord ;
Qu'il soit resplendissant ; que les salves des rimes Eclatent hautement par le sabord des vers ; Qu'il vogue enveloppé par des souffles sublimes,
Arborant à son mât des lauriers toujours verts ;
Car il porte ton nom souverain à travers
Les espaces du Temps et ses profonds abîmes !