A 1. AMIE VEROLE
Sculpteur, regarde bien cette face, pour rendre La beauté de ce front paisible et spacieux. Modelé purement, la beauté de ces veux. De ce profil qu'un maître immortel semble attendre !
Regarde lùen, sculpteur, surtout sache comprendre Ce que les lèvres ont de dédain sérieux , Et ce que le regard a dfe candide et tendre ! Choisis un bloc parfait de marbre précieux ;
Veille que ton ciseau soit chaste et soit robuste, Ainsi que le ciseau d'un vieil artiste grec ; r>"un cœur respectueux approche ton ouvrage
Pour n'être pas vaincu dans ton combat avec
La puissante douceur de ce noble visage ;
Car un jour, par mes vers, sera jugé ton buste.
LA Kl.OUAISON.
J"ai, dès les premiers jours, deviné que ta vie Loin des bonheurs humains dans son chagrin s"exile, Où rarement un jour moins assom])ri convie Quelque joie indécise ou quehjue espoir déhile.
C"esl pourquoi, te sachant des Tristesses suivie.
Je veux (pie mon amour soit le mur et l'asile
Où leur menace meurt, où leur flèche dévie ;
Je veux que mon amour soit le baume et soit Thuile.
0 colombe lon^i-temps sous Pombre du malheur, Je veux soig-ner, panser et protéger ton cœur. Et le guérir si bien, qu'à la fin je le force
De pardonner au sort et d'être confiant :
Je veux, t'enveloppant de tendresse et de force,
Faire de mon amour un bienfait patient.
32 A i/aMIE I'ERDUB.
Org-ueilleuse ! tti veux pour toi-même être aimée ; Tu repousses, dis-tu, la pitié de TAmour, Tu la ressentirais comme un bienfait trop lourd Qui blesserait ton âme aussitôt refermée ;
Ta hautaine fierté. promptemen.t alarmée, Veut Tamour qui chérit, non celui qui secourt ; Va craint de recevoir sans donner en retour, Dans régale union par ton cipur réclamée.
Pourtant, c"est la Pitié qui vers toi m"a conduit ; Plus tôt que ta beauté j"ai senti ta tristesse, Et ma compassion })récéda ma tendresse ;
Je te plaignis d'abord, je fus plus tard séduit. Et je vis que tes yeux étaient pleins de douleur Avant d'apercevoir leur charme et leur douceur.
Oui ! la Pitié vers toi m'a ooiuluit ! Je la vis, Près des vieux marronniers, lorsque le crépuscule Entre les troncs noircis ainsi qu'un brasier, ])rùle, Sous des nuages d'or p.u- le vent pDursiiivis.
Doucement lumineuse au haut d"uu monticule Aux flancs par des iris innombrables gravis, Elle fit de la main un geste, et je suivis Les })lis de son manteau couleur de libellule.
A travers des sentiers bordés d'églantier triste
Dont les pétales blancs s'effeuillaient, sous des cieux
Où dormait maintenant une sombre améthyste,
Par les bords de marais pâles et soucieux Où le dernier reflet du soir mourant persiste, Je marchai, poursuivant ses pas mystérieux.