‹ À l'amie perdueChapitre 15 sur 19 · ACCEPTATION · texte numérisé non relu

ACCEPTATION

Si nous nous revoyons avant que de mourir,

Que ce soit dans un parr aux profondeurs voilées,

Où la niDUsse verdit le sable des allées.

Au moment où les liois vont bientôt s'engourdiii ;

Alors que lentement les premières «:elées Détachent, des rameaux qui semblent s'agrandir, Des feuilles dont Tor brun commence à recouvrir Les gazons effleurés de brumes déroulées.

Parfois, dans ces l)osquets dégarnis où l'automne Montre des nids déserts dans le feuillage jaune. Des bourgeons attardés s'entr'ouvrent sur les arbres.

Un rouge-gorge anime un Iniisson déjà noir, Quelque ravon pâli vient toucher les vieux marbres C'est en des lieux pareils qu'il faudra nous revoir.

202 A l'amie IHHDLK.

Ya ! tu triomplieras, ô noble bieii-ainiée ! De cet amour sacré qui fait saigner ton âme Sort infailliblement et s'écoule un dictame Par lequel tu seras guérie et parfumée !

Tes enfants grandiront , hélas ! entre nous deux : Leur vie, ainsi qu'un mur tourné vers le soleil, Dont les bourgeons éclos font un rideau vermeil, Montera, te cachant mon destin ténébreux ;

Tu songeras, de moins en moins, que ma pensée Meurt de l'autre côté, fleur dans Tombre blessée ; Dans ton cœur lentement tu redeviendras seule ;

Et cette floraison dont une âme d'aïeule S'emplit aux premiers mots confus d'un petit-fils, Couvrira pour jamais tes chagrins abolis.

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Alors je serai seul à souffrir ! Je prendrai

Notre peine à iious deux, pour moi seul, en uioi-iuèuie

J'élarg-irai mon eipur par un effort suprême,

Afin que ton chagrin, auprès du mien serré,

Laisse entier le malheur d'un amour déchiré.

Et que notre douleur, au moins en moi qui t'aime,

Se garde sans hrisure, ainsi (pfun diadème

Qui doit rester intact pour rester consacré.

Mais alors ce sera vraiment la solitude.

Quand mon regret fidèle aura la certitude

Que de nouveaux espoirs sont du tien triomphants !

Kt moi, lorsque le soir en rouvrira la source,

Je n'aurai pas Panière et divine ressource

De répandre mes pleurs sur des cheveux d'enfants.

Je vieillirai pareil aux chênes du pays,

Qui croissent isolés, chacun sur sa colline ;

Non loin d'eux un blé rare, nn pied chétif de l)uis,

Dans le sol caillouteux et durci s'enracine.

Leurs Inuics Itatlns des vents, sous un ciel souvent gris, Las et toujours courbés dans l'azur ou la bruine, Ont Tair de voyageurs par l'orage assaillis ; Leur apparition solitaire domine

La plaine verdissante ou jaunâtre de grains.

Va parfois Vnn d'entre eux, dans sa morne attitude,

Offre un ])ninl de repère aux regards des marins.

Sur UKui c.ilcau (lé>crl uralleud la solitude ; Heureux si (pudipielViis, ainsi ipH:- les vieux chênes. Je puis servir de guide à des barques lointaines.

l'acceptation. 205

Et lorsqu'à mes rameaux moins louiïus et moins verts, Après riiiver plus long, au printemps plus avare, Le feuillag:e viendra plus tardif et plus rare, Jetant moins d'ombre au sol, laissant mieux voir les airs.

Lorscpie je sentirai mon trône, où meurt la force, Se recouvrir de mousse, et ipie les derniers nids, Ne trouvant plus d'abri dans mes ])ras dégarnis. Descendront dans les trous profonds de mon écorce.

Lorsque plus près de moi viendra croître le ])lé. Et qu'aux efforts des vents tremblera ma racine Dont mon branchage à peine aurait jadis tremblé,

Alors, vieil arbre triste et que le temps incline, J'aurai le souvenir d'avoir, pendant un jour, Abrité le divin ramier de ton amour.

Ali ! cliers instants du cœur conservés dans ces vers. Tous que j'ai recueillis, ô corolles sécliées, Parce que vous fjardez le parfum des bois verts Où vous avez poussé sous les branches penchées.

Vous êtes quelques Heurs au hasard détachées

Parmi des sentiments infinis et divers.

Un rameau retiré des profondes jonchées

De mes délices morts, de mes chag-rins soufi'erts ;

Vous êtes au bonheur diuit mon âme fut ivre Ce qu'est un bouton d'or emporté dans un livre Aux prés où le printemps répand sa floraison ;

Et votre tristesse est à celle que supporte

Mon cœur triste toujours, ce qu'esj; la feuille morte

Au deuil de la forêt qui remplit Thorizon.

Pagrs I. Les mai'i'uiiiiitM-.s iiicdaii'iil 1(MH's prniiicr.s Ixnirgcoiis

voils 3

11. D'où vifiil, dans cplt»' ville étroite, au ciel ol)sfur .. 4-

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