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MERCURE RATTACHANT SES TALONNIERES

Musée du Louvre.)

LES ARTISTES CELEBRES

l’habileté ou l’audace de la main, de ce mouvement interne et vivant qui jaillit des profondeurs de l’œuvre. On dirait que Rude se souvient des stoïciens et qu’il s’attache à représenter cette force toujours active, tendue, vivante, vibrante, qu’ils appelaient âme dans l’homme et dieu dans la nature : mens agitat molem , spiritus intus alit. « Rude seul ou un oiseau, dit excellemment M. Gindriez, aurait trouvé ce mouvement délicieux, d’une impatience si aérienne, d’une grâce si ailée. Que de témérités et quelle tranquillité ! Et ce n’est pas une des impressions les moins imprévues et les moins charmantes de cette œuvre si fertile en surprises que tant de muscles tendus et de forces visibles se résument dans un effet si calme et si souriant. »

Peut-être cette passion du mouvement si caractéristique du talent de Rude explique-t-elle l’infériorité relative de ses bustes, remarquables à tant d’égards : le souci scrupuleux de l’exactitude semble enchaîner sa main ; les bustes de Louis David et de Devosge sont évidemment des morceaux de sculpture profondément fouillés ; il les fit deux fois, c’étaient ses maîtres et ses amis, et quand la mort le surprit il travaillait encore à un troisième buste de Devosge qu’il voulait conserver pour luimême, comme il avait fait pour sa femme le second buste de Louis David ; et pourtant Rude en ce genre reste très inférieur à David d’Angers, moins scrupuleux sur la ressemblance et l’exactitude, mais qui savait appliquer avec bonheur le mot d’Aristote : la poésie est plus vraie que l’histoire. Dans ces chers modèles, Rude s’obstine à respecter tous les traits et semble craindre de se faire leur juge en mettant en évidence la note caractéristique et la faculté dominante, mais il copie la nature avec une extrême fidélité, et nous lègue, dirait-on aujourd’hui, de consciencieux documents humains. Ce n’est pas Rude qui donnerait à Gœthe un front plus qu’olympien pour la plus grande gloire de son héros et des théories phrénologiques ; mais cette critique à part, et elle n’est que trop méritée, comme les médaillons de David sont vivants et vrais, d’une vérité supérieure : si les modèles n’ont pas absolument ressemblé aux copies, c’est tant pis pour les modèles, car David les a représentés tels qu’ils devraient être, comme Corneille faisait les Romains plus romains dans ses tragédies que dans leur histoire. Voici la liste, sans autre commentaire, des autres bustes dus au ciseau de Rude: en 1828, il fit le buste de Lapeyrouse qui lui fut demandé par le gouvernement pour le musée de la marine; en 1841, celui de Dupin l’aîné, également en marbre, le

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