GASPARD MONGE
A Beaune.
LES ARTISTES CELEBRES
tracent dans l’air les figures que le regard attentif et absorbé du professeur contemple comme si elles étaient réellement tracées sur le tableau noir avec de la craie ; c’est la statue de la démonstration mathématique ou de la génération des formes géométriques créées par l’esprit; on chercherait volontiers sur le socle le quod erat demonstrandum qui exprime la victoire de l’esprit régnant en maître dans le monde de l’étendue et des abstractions. Rude avait recueilli des auditeurs de Monge la tradition de ces figures tracées dans l’air et reconstruites par les élèves attentifs : c’est le trait qu’il a voulu rendre, au risque de n’être pas aisément compris et d’être accusé, comme les philosophes, de réaliser des abstractions.
Ce ne sont ni les grands problèmes de la philosophie, ni les secrets des mathématiques qui occupent Louis XIII enfant , c’est tout au plus une chasse au faucon, un nouveau cheval à monter, une toilette élégante à essayer. Rude n’avait à mettre ni la pensée, ni la passion dans cette exquise figure d’adolescent; il y mit l’adolescence même, la santé, la joie de vivre, la profonde satisfaction de porter galamment un beau costume, un élégant pourpoint, le chapeau crânement fixé sur la nuque, les bottes souples, les gants de peau de daim et la cravache. On ne se demande pas quelles pensées fleurissent dans cette jolie tête, entre la chasse au lévrier d’aujourd’hui et la chasse au faucon de demain! Le Louis XIII est en argent, de grandeur naturelle, porté sur un piédestal qui est aussi une merveille en son genre et dont l’ornementation est ciselée avec amour. Aux quatre coins, d’élégantes figures de femmes; sur une des faces, les armes du duc de Luynes; sur la face opposée, le nom de Rude. Le Louis XIII fut fondu en 1842: il avait été demandé par le duc de Luynes pour le château de Dampierre, en même temps qu’un buste du connétable Albert de Luynes. Aucune reproduction n’en a jamais été faite, sauf un second exemplaire en bronze pour le duc de Chaulnes. Cette figure est une sorte de personnification de l’adolescence et de l’élégance aristocratique : jamais Rude ne fut mieux inspiré. N’oublions pas un trait qui honore à la fois l’amateur et l’artiste : abstraction'faite du prix de la matière, les frais de la fonte s’étaient élevés à 12,000 francs et Rude, pour cette œuvre exquise, demandait la modeste somme de 6,000 francs : le duc de Luynes le força d’en accepter 12,000; générosité qui nous semble aujourd’hui bien naturelle, mai^s témoignage d’estime auquel Rude fut très sensible. Puisque nous citons