‹ A. L. BaryeChapitre 20 sur 76 · LOUIS XIII U N F A N T · texte numérisé non relu

LOUIS XIII U N F A N T

(Château de Dampierre.)

des chiffres, rappelons que, quelques années auparavant, le sculpteur, s’étant livré à la grosse besogne de mettre de l’ordre dans ses affaires d’argent, avait annoncé triomphalement à sa femme qu’ils étaient riches et qu’ils avaient un revenu bien calculé de 1,200 francs de rente : c’est ce qu’il appelait la richesse, et telle était la simplicité de leurs goûts et de leurs habitudes que c’était en effet une fortune. Il ne devait guère dépasser ce chiffre et n’v tenait guère non plus.

Avec le Général Bertrand et le Maréchal Ney, Rude revenait à l’épopée impériale qui l’avait déjà si bien inspiré. Le Général Bertrand , statue de trois mètres de haut, lui avait été demandé par la ville de Châteauroux. Le général est représenté au moment où il débarque en France, rapportant de Sainte-Hélène le testament de Napoléon. Il tient à la main une feuille déroulée sur laquelle on lit : « Ceci est mon testament : signé, Napoléon »; de l’autre main il présente l’épée d’Austerlitz sur une draperie parsemée d’abeilles et portant un N couronné; son pied gauche pose sur le sol français, comme l’indique la borne où se trouve inscrit le mot France , et sur le canot qu’il vient de quitter on lit le mot Sainte- Hélène.

Le Maréchal Nej r, du carrefour de l’Observatoire, ne devait pas primitivement représenter l'héroïque soldat en pleine mêlée, la bouche ouverte pour crier : « En avant ! » le bras tendu et le sabre au poing. Le statuaire pensait sans doute que c’est le propre de tout général d’armée de s’élancer à la tête de ses soldats; il cherchait quelque chose de plus individuel. Il voulait donc représenter le maréchal au moment où debout, en petite tenue, recouvert d’une houppelande aux larges plis, qu’il découvre d’un geste pour montrer la place où il faut viser, le brave des braves jette à ses pieds son haut bonnet de police pour saluer la mort et jette son dernier cri : « Soldats, droit au cœur! » L’idée était heureuse, le mouvement sculptural, et une telle statue à l’endroit même qui fut teint du sang de Ney eût produit un effet d’intense émotion. Rude dut sacrifier son projet dont il avait déjà fait l’esquisse : le second Empire exigea que le maréchal fût représenté dans toute sa gloire, au temps des splendeurs et des victoires impériales. Rude avait vu Ney au balcon de l’hôtel de la Cloche, à Dijon, quand la foule criait : « Vive Napoléon ! A bas les nobles! » et que le soldat anobli répondait naïvement : « Pas tous, mes amis, pas tous! » On sait quelle grande part il avait prise lui-même à cette volte-face subite de toute une armée qui,

FRANÇOIS RUDE

partie pour barrer la route à Napoléon, lui faisait escorte et l’acclamait avec enthousiasme. On a critiqué le geste emporté, le cri violent qui ouvre

Page 1