‹ A. L. BaryeChapitre 53 sur 76 · LIÈVRE EFFRAYÉ · texte numérisé non relu

LIÈVRE EFFRAYÉ

Vers 1 83 3 , un célèbre artiste, un esprit élevé et sincère, Decamps, écrivait, à propos de Barye : « Ce génie piquant et original, aux aptitudes et aux études spéciales, qui eût décoré nos places de monuments uniques dans le monde, se trouve trop heureux de pouvoir formuler ses idées dans les maigres proportions d’un surtout d’un usage impossible, et finalement, il est triste de constater qu’un talent

LES ARTISTES CELEBRES

Il semble donc qu’il n’y ait pas lieu, à priori, de regretter déjà trop vivement les indifférences et les injustices des contemporains. Féliciter ceux qui l’ont méconnu et négligé serait paradoxal, quoiqu’en somme nous y ayons perdu, comme disait Decamps, des « monuments uniques ». Remâcher les récriminations serait tomber dans le lieu commun et ne s’obstiner à voir qu’un côté de la vérité, puisque nous avons, pour nous consoler, des centaines de chefs-d’œuvre, quelles que soient leurs dimensions.

Et puis, si nous effleurons dès maintenant cette question de mètres et de centimètres, il faudra bien dire qu’il est vraiment temps de se faire une idée nouvelle de ce que les grammairiens de l’esthétique ont appelé les convenances de chaque art. Il faut que résolument les artistes se mettent à la portée, non plus de convenances, mais d’exigences nouvelles, sous peine pour eux de voir la vie impossible, et pour nous de voir l’art banni de notre vie. Les occasions de décorer des palais et des places publiques deviendront de plus en plus rares. Il ne se trouvera plus qu’un certain nombre de cas, restreints, nettement définis, dans lesquels le plus souvent la politique distribuera les travaux et les faveurs. Les grands hommes eux-mêmes, pour qui nous nous sommes épris dans ces derniers temps d’une frénétique et rétrospective admiration, auront tous un jour leur statue et ce dernier débouché manquera à la statuaire dans un temps prévu.

Notre vie s’est faite petite, personnelle, renfermée, casanière. L’art peut et doit s’éparpiller pour nous en mille productions de chevalets ou d’étagères. Un grand artiste ne dérogera point en faisant de petits tableaux ou de réduites sculptures. Sans même examiner s’il ne peut pas se montrer aussi puissant dans un cadre restreint que dans les vastes développements d’une coupole, ne pouvons-nous pas l’engager à se plier au rapetissement de la taille et des mœurs, à se rattraper, quant au reste, sur la pensée, et à ne pas se montrer plus difficile, sculpteur, que Barye ou les bronziers de l’antiquité, peintre, que Chardin ou les divins petits hollandais?

Pour la peinture, cette forme est depuis longtemps honorée et acceptée. Pour la sculpture, la formule de son emploi dans la vie intime n’est pas encore complètement dégagée. Pourtant des artistes, comme M. Rodin, ne dédaignent point de consacrer un 'robuste talent à l’exécution de figures dont la seule grandeur est dans la conception. Barye a été un des premiers de notre temps à ouvrir résolument la voie.

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