‹ A. L. BaryeChapitre 58 sur 76 · LA PAIX · texte numérisé non relu

LA PAIX

Groupe en pierre de la cour du Carrousel, pavillon Richelieu.

FRANCE

SCULPTEURS

ANTOJNE-LOU1S BARYE.

LES ARTISTES CÉLÈBRES

On voit que les figures seules prêteraient à une étude développée et féconde en enseignements. Il y aurait un intérêt à les prendre successivement, à en analyser le caractère et le travail. On montrerait, par exemple, comment le statuaire, combinant l’homme et l’animal, savait exalter, l’une par l’autre, leurs passions et leurs beautés particulières. La première composition venue donnerait matière à de longues dissertations esthétiques. Tel le Cavalier surpris par un serpent , où le sujet, d'une imagination romantique (ce cavalier nu, soudain saisi à la gorge par le reptile qui se dresse, enlaçant en même temps le cheval dans des replis monstrueux), se concilie avec une exécution impeccable comme l’antique.

Ou plutôt dans la manière dont Barye a conçu et traité la figure humaine, il n’y a rien qu’on puisse proprement qualifier d’antique ou de moderne. Il y a la recherche de la forme et pas autre chose, et cela est de tous les temps. Le prétexte importe peu pour faire œuvre plastique par excellence. On peut, si l’on se sent attiré par les réalités du moment, qui ne sont, après tout, qu’une convention comme une autre, donner, à force d’art, du caractère à nos enveloppes étriquées. On peut encore, comme Barye, faire craquer tous les cadres, et aimer d’un tel amour la nature vivante, la nature nue, qu’on se contente d’avoir recours à de vieilles fables, toujours neuves si on n’y cherche pas autre chose qu’une occasion de chanter l’éternelle beauté de la matière animée.

L’invraisemblable, alors, se plie lui-même à l’expression de la vérité. Remarquez par exemple ce Centaure et Lapitlie , qui, exposé en i85o, fut après un long silence, l’occasion d’une rentrée triomphale. C’est, délibérément accepté, le plus chimérique des sujets, sans compter que se présentent aussitôt à l’esprit d’écrasantes comparaisons. Pourtant, à force de sincérité, de courage et de force, Barye en tire une œuvre admirable, sa plus étonnante peut-être.

Cela est venu tout d’un mouvement, on le sent, un mouvement prompt et sûr comme le saut prodigieux qui a précipité le héros sur la croupe du centaure. Plus tard, dans un travail acharné, l’artiste modifiera sans cesse quelque détail, pour que tout soit asservi à l’impression d’ensemble. Mais la magnifique silhouette subsistera, telle qu’elle a été entrevue du premier jet. Cela s’arrange avec une impitoyable logique : le Lapithe est servi par la résistance même de son colossal et impuissant adversaire. Ce n’est pas seulement parce qu’il est saisi à la gorge que le

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