CHAPITRE VII
Les dernières années de Barye. — Son entrée à l'Institut. — Barye en Amérique. —
Synthèse de l’œuvre.
Nous voici arrivés au terme de cette étude, et nous nous apercevons que nous n’avons même pas eu besoin, pour connaître à fond Barye, de donner de détails sur les vingt dernières années de sa vie. Tant cette existence est unie et fermée, et tant l'intérêt réside tout entier dans les résultats de son incessant labeur.
Vers le tard, les honneurs arrivèrent. En 1 855 , Barye obtint , à l'Exposition universelle, la grande médaille d'honneur dans la section des bronzes d'art, et fut fait ofticier de la Légion d’honneur. C’était une stricte justice; il y a lieu de constater, mais non d’applaudir. Là ne sont pas les véritables récompenses d’un artiste de cette importance.
Ce n’est pas davantage un premier échec à l’Institut en 1867, qui pouvait l’amoindrir; pas plus que sa réception en 1868 n’ajouta à sa gloire. Au fond, il n’est pas bien sûr que quelques-uns de ceux dont il devenait, non pas l’égal, mais le collègue, n’aient point conservé une arrière-pensée à l’égard de cet « animalier ». C’était pour eux un artiste remarquable dans un genre peu relevé. Il fallait même un certain courage à Barye, connaissant les hommes comme il était payé pour les connaître, pour entrer ainsi dans une cage aux lions d’une catégorie plus dangereuse que celle du Jardin des Plantes: les lions qui ne rugissent pas.
On s’étonna quelque peu, dans le groupe d’esprits indépendants qui avait vécu avec Barye, de cette concession au préjugé académique : comment un révolté de 1 8 3 0 , un novateur comme lui, se constituait-il prisonnier volontaire de ceux qui avaient le plus cherché à lui nuire et le moins voulu le comprendre ?
Un des amis du sculpteur, dans une bonne intention, a tâché d’entourer le fait de quelques circonstances atténuantes. M. Henri Duménil raconte que c’est à l’obligeante intervention de Lefuel que Barye entra a l'Institut... sans presque s’en apercevoir. Du moins l'architecte l’avait entraîne sous Un prétexte quelconque chez un des immortels, puis, la