NOUS IRONS VERS LES POÈTES I
Mon amour, qui s'élève à la hauteur du chant, Louera tes cheveux roux plus beaux que le couchant... Ah ! tes cheveux, plus beaux que le plus beau couchant !
Les douleurs se feront exquises et lointaines, Dans le miracle des jardins et des fontaines. Des jardins langoureux où dorment les fontaines.
Parce que j'ai frémi, que j'ai pleuré comme eux, Chère, j'irai vers les poètes lumineux.
Sans redouter l'éclat de leur front lumineux.
Je leur dirai : « Mon œuvre est une œuvre illusoire... Je marche obscurément vers une mort sans gloire. Je suis une qui vit et qui mourra sans gloire.
a Mais entr'ouvrez vos rangs jalousement étroits.
Parce que je vous ai vénérés autrefois.
Et que j'ai lu vos vers, par les soirs d'autrefois.
i8 A l'heure des mains jointes
« Accueillez parmi vous votre sœur sans génie, Mais dont Tâme est pareille à votre âme infinie... Car mon âme est pareille à votre âme infinie.
ce Je juge Taube triste et le plaisir amer :
Le soir me voit errer en regardant la mer, Les pieds nus, attentive aux refrains de la mer.
a Puisque le désir fut mon unique poème, Contemplez la splendeur de la femme que j'aime... O poètes! voyez cette femme que j*aime! »
... Nous entrerons, grâce aux poètes fraternels. Dans le pays créé par leurs vers éternels, Dans riiarmonie et le clair de lune éternels.
La nuit rassurera nos âmes inquiètes.
Et nous verrons passer, en chantant, les poètes
Graves et doux, et les amantes des poètes.
TtATtJJLES o4 Vc4éMIE
u me comprends : je suis un être médiocre.
Ni bon, ni très mauvais, paisible, un peu sournois. Je hais les lourds parfums et les éclats de voix, Et le gris m*est plus cher que l'écarlate ou l'ocre»
J'aime le jour mourant qui s'éteint par degrés, Le feu, l'intimité claustrale d'une chambre Où les lampes, voilant leurs transparences d'ambre. Rougissent le vieux bronze et bleuissent le grès.
Les yeux sur le tapis plus lisse que le sable, J'évoque indolemment les rives aux pois d'or Où la clarté des beaux autrefois flotte encor.. Et cependant, je suis une grande coupable.
Vois : j'ai l'âge où la vierge abandonne sa main A l'homme que sa faiblesse cherche et redoute, Et je n'ai point choisi de compagnon de route. Parce que tu parus au tournant du chemin.
L'hyacinthe saignait sur les rouges collines, Tu rêvais et l'Érôs marchait à ton côté...
Je suis femme, je n'ai point droit à la beauté. On m'avait condamnée aux laideurs masculines.
Et j'eus l'inexcusable audace de vouloir Le sororal amour fait de blancheurs légères.
Le pas furtif qui ne meurtrit point les fougères Et la voix douce qui vient s'allier au soir.
PAROLES A l'amie 21
On m'avait interdit tes cheveux, tes prunelles, Parce que tes cheveux sont longs et pleins d'odeurs Et parce que tes yeux ont d'étranges ardeurs Et se troublent ainsi que les ondes rebelles.
On m'a montrée au doigt en un geste irrité, Parce que mon regard cherchait ton regard tendre. En nous voyant passer, nul n'a voulu comprendre Que je t'avais choisie avec simplicité.
Considère la loi vile que je transgresse Et juge mon amour, qui ne sait point le mal.
Aussi candide, aussi nécessaire et fatal Que le désir qui joint l'amant à la maîtresse.
On n'a point lu combien mon regard était clair Sur le chemin où me conduit ma destinée.
Et l'on a dit : « Quelle est cette femme damnée Que ronge sourdement la flamme de l'enfer? »
Laissons-les au souci de leur morale impure.
Et songeons que Taurore a des blondeurs de miel, Que le jour sans aigreur et que la nuit sans fiel Viennent, tels des amis dont la bonté rassure...
Nous irons voir le clair d*étoiIes sur les monts... Que nous importe, à nous, le jugement des hommes? Et qu'avons-nous à redouter, puisque nous sommes Pures devant la vie et que nous nous aimons?...
QU'U!^E Vo4GUE VEéMTOTtJE. . .
A marée, en dormant, prolonge un souffle égal, L'âme des conques flotte et bruit sur les rives... Tout m'est hostile, et ma jeunesse me fait mal. Je suis lasse d'aimer les formes fugitives.
Debout, je prends mon cœur où l'amour fut hier Si puissant, et voici : je le jette à la mer.
Qu'une vague légère et dansante l'emporte, Que la mer Tassocie à son profond travail Et l'entraîne à son gré, comme une chose morte. Qu'un remous le suspende aux branches de corail, Que le vouloir des vents contraires le soulève Et qu'il roule, parmi les galets, sur la grève.
Qu'il hésite et qu'il flotte, un soir, emprisonné Par la longue chevelure des algues blondes, Que le songe de l'eau calme lui soit donné Dans le fallacieux crépuscule des ondes...
Et que mon cœur, soumis enfin, tranquille et doux. Obéisse au vouloir du vent et des remous.
Je le jette à la mer, comme l'anneau des Doges, L'anneau d'or que les flots oublieux ont terni. Et qui tomba, parmi les chants et les éloges, Dans le bleu transparent, dans le vert infini... L'heure est vaste, les morts charmantes sont en elle. Et je donne mon cœur à la mer éternelle.
e:^trjj:^s Vcad^s le jo4\Dit^
A douce, entrons dans le jardin abandonné, Dans le jardin sauvage, exquis et funéraire Où Tautrefois se plaît à rôder, solitaire Et farouche, tel un vieux roi découronné.
Entrons dans le jardin qu'un vent d'automne accable, Où le silence est beau comme une femme en deuil, Où les ronces d'hier font un hostile accueil A qui n'apporte point le regret adorable.
Dans ce jardin où nul ne promène jamais
Son importun loisir et sa métancolie.
Près de ces lys sans fraîche odeur et qu'on oublie,
Taisons-nous, comme au temps lointain où je t'aimais.
Assises toutes deux, pareillement lassées.
Sous les vieux murs que les vieux soleils font moisir. Et n'ayant plus en nous la force du désir.
Évoquons la douceur des tristesses passées.
Ici, les jeunes pas se font irrésolus...
II n'est d'harmonieux, de prenant, de suave, Que les femmes qui vont avec des yeux d'esclave. Qui vous aiment encore et que l'on n'aime plus.
Puisque ici l'herbe seule est folle et vigoureuse. Attardons-nous et rassemblons nos souvenirs.
Retrouves-tu les jours dorés, les longs loisirs. Les fêtes où fusait ton rire d'amoureuse?