AINSI JE PARLERAI II
a Et la vierge de mon désir, pareille aux lys,
Lui semblera plus blanche et plus souple qu'Atthis.
ce Psappha nous jettera, de sa fervente haleine. Les odes dont les sons charmèrent Mytilène.
« Et nous préparerons les fleurs et le flambeau. Nous qui l'avons aimée en un siècle moins beau.
ce Psappha nous versera, parmi l'or et les soies Des couches molles, le nektar mêlé de joies.
« Elle nous montrera, dans un sourire clair, Le verger lesbien qui s'ouvre sur la mer,
« Le doux verger plein de cigales, d'où s'échappe. Vibrant comme une voix, le parfum de la grappe.
« Nos robes ondoieront parmi les blancs péplos... Dika, Timas, Atthis, Éranna de Télos...
(n Nous verrons les seins nus d'une prêtresse brune Qui mènera les chœurs dansants au clair de lune...
« O Christ que l'on redoute à l'heure du trépas, Je ne t'ai point connu. Je ne te connais pas.
a Je te l'ai dit : je fus une simple païenne. Laisse-moi me hâter vers la douceur ancienne,
a Et, puisque enfin l'instant de ma mort est venu, Retrouver celles-là qui ne t'ont point connu. »
(ATri\E-éMOI, VEV^ISE,..
ANS amie et sans livre, errante au bord des eaux Que le soleil meurtrit, que la lune caresse, Venise, je serai comme une Dogaresse Éprise du sommeil de tes mornes canaux.
Ah! toi qui sais combien les tristesses sont fortes, Puisque leur volonté triomphe de Tinstinct Et que, seul, leur visage est frappant et distinct. Attire-moi, Venise, au fond de tes eaux mortes !
Et dis à ces amants vulgaires de demain Que je les ai jugés et que je les méprise...
O toi, la solitaire et Taltière, ô Venise!
Dis-leur que nous rions de leur bonheur humain.
Dédaignons-les : ils sont une troupe insensée, Ceux qui ne goûtent plus le précieux ennui D'être seuls au milieu des hommes, et chez qui Le désordre charnel a tué la pensée.
Dis-leur encore, ô toi qui pèses sur les eaux! Funèbre comme moi, comme moi froide et sombre. Dis-leur avec ma voix sans écho, ma voix d'ombre, Que la mort seule est belle au fond de tes canaux...
:NiOUS IT^pU^S VEJ^S LES T0È7ES
'ombre paraît une ennemie en embuscade...
Viens, je t'emporterai comme une enfant malade, Comme une enfant plaintive ei craintive et malade.
Entre mes bras nerveux j'étreins ton corps léger.
Tu verras que je sais guérir et protéger.
Et que mes bras sont fQrts pour mieux te protéger.
i6 A l'heure des mains jointes
Les bois sacrés n'ont plus d'efficaces dictâmes, Et le monde a toujours été cruel aux femmes... Nous le savons, le monde est cruel pour les femmes.
Les blâmes des humains ont pesé sur nos fronts. Mais nous irons au loin et nous les oublierons... Nous n'avons qu'à vouloir et nous les oublierons.
Nous souvenant qu'il est de plus larges planètes, Nous entrerons dans le royaume des poètes.
Le merveilleux royaume où chantent les poètes.
La lumière s'y meut sur un rythme divin.
Plus de soucis : l'on rêve et l'on est libre enfin...
Ma Douceur, conçois-tu que l'on soit libre enfin?..,
Je bâtirai pour toi des palais d'émeraude Où le parfum s'égare, où la musique rôde, Semblable au souvenir qui s'attarde et qui rôde...