‹ A l'heure des mains jointesChapitre 7 sur 20 · CONFIDENCE DEVANT LE SOIR 3I · texte numérisé non relu

CONFIDENCE DEVANT LE SOIR 3I

Le silence me fait une âme nonchalante

Et rinstant fuit, avec les pieds blancs d'Atalante.

Le flot d'été ruisselle, aussi bleu que le temps. Avec un langoureux bonheur je me détends...

Il me semble que j'ai parlé dans le délire

Tout à l'heure... Oublions ce que je viens de dire...

J£/3^ Lc4 TLq4CE TWBLIQUE

Jl^es nuages flottants déroulaient leur écharpe, Dans le ciel pur, de la couleur des fleurs de lin. J'étais fervente et jeune et j'avais une harpe... Le monde se parait, suave et féminin.

Gris d'écorce, verts d^eau, violets d'amarante Réjouissaient mes yeux large ouverts... J'entendais Rire en moi, comme au fond d'un passé, l'âme errante Et le cœur musical des pâtres irlandais.

Un matin, j'ai suivi des hommes et des femmes Qui marchaient vers la ville aux toits bleus... J'ai quitté Pour les suivre les bois pleins d'ombres et de flammes Et j'ai porté ma harpe à travers la cité.

Puis, j'ai chanté debout sur la place publique D'où montait une odeur de poisson desséché, Et, dans l'enivrement de ma propre musique.

Je ne percevais point la rumeur du marché.

Car je me souvenais que les arbres très sages M'avaient parlé, parmi le silence des bois... A mon entour sifflaient les âpres marchandages Mêlés aux quolibets des compères sournois.

Dans la foule criant son aigre convoitise,

Une femme me vit et me tendit la main.

Et je crus un moment qu'elle m'avait comprise.

Mais la femme aux bras nus poursuivit son chemin.

SUR LA PLACE PUBLIQUE ^f

Je chantais franchement, — ainsi chantent les pâtres. Autour de moi, le bruit de la ville cessait, Et, comme le couchant jetait ses lueurs d'âtres. Je vis que j'étais seule et que le jour baissait...

Je me mis à chanter sans témoins, pour la joie De chanter, comme on fait lorsque l'amour vous fuit. Lorsque l'espoir vous raille et que l'oubli vous broie... La harpe se brisa sous mes mains, dans la nuit...

JE T'c4I^E V'ÉT\E F<Al'BLE...

E t'aime d'être faible et câline en mes bras Et de chercher le sûr refuge de mes bras Ainsi qu'un berceau tiède où tu reposeras.

Je t'aime d'être rousse et pareille à l'automne,

Frêle image de la Déesse de Tautomne

Que le soleil couchant illumine et couronne.

Je t'aime d'être lente et de marcher sans bruit Et de parler très bas et de haïr le bruit, Comme Ton fait dans la présence de la nuit.

Et je t'aime surtout d'être pâle et mourante, Et de gémir avec des sanglots de mourante, bans le cruel plaisir qui s'acharne et tourmente.

Je t'aime d'être, ô sœur des reines de jadis. Exilée au milieu des splendeurs de jadis.

Plus blanche qu'un reflet de lune sur un lys...

Je t'aime de ne point t'émouvoir, lorsque blême Et tremblante je ne puis cacher mon front blême, O toi qui ne sauras jamais combien je t'aime!

V'<AT\ÈS SWIC^'BUT^JT^E

A Paule Riversdale,

En souvenir d'une épigraphe de « l'Être ^Double »,

Swcet for a Utile even io fear, and sivcct, O love, to lay down fcar at love's fair fcct, Sball not some fiery memory of bis hreaih Lie swcet on lips that touch tbe lips of death? Yet leave me not; y et, if tbou wilt, befrce; Love me no more, but love my love of ibec.

Love wbere tbou ivilt, and live tljy life, and /, One tbing I can and, one loiv cannot — die.

... Yet once more ère tbou bâte me, onefuUkiss; Keep otber bours for otbers, save me tbis...

... fFhy am I fair at ail hefort thee, why At ail desired? seeing thou art fair, not I, I shall be glad of thee, O fairest head, Alive, alone, luithout thee, living, dead...

SwiNBURNE : Pœms and Ballads, Eroliou.

E peut-il que je sois chérie et désirée, Douce, puisque toi seule es belle et non point moi? Je te supplie, avec les ferveurs de ma foi, Les bras chargés des fleurs que ton sourire agrée...

Oui, pourquoi suis-je belle à tes yeux? Et pourtant Ne m'abandonne point... Si tu le veux, sois libre, Mais garde-moi ce rire où Tâme flotte et vibre Ce regard, et ce geste à demi consentant...

Ne me contemple point, puisque toi seule es belle. Douce, ne m'aime point, mais aime mon amour Impétueux et sombre ainsi qu'au premier jour Où je m'abîmai toute en l'extase cruelle.

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