D*APRÈS SWINBURNE 4I
Cependant^ une fois encore, comme hier, Maîtresse, accorde-moi le baiser de ta bouche. Je me réjouirai de toi dans un farouche Cri nuptial, dans un chant de triomphe amer.
Je saurai me taire, ô le plus beau des visages! Je ne pleurerai point, si tel est ton vouloir. Nous marcherons, les pas accordés vers le soir. Plus graves au milieu des monts tristes et sages.
Vivante ou morte, je me souviendrai de toi, De tes lèvres et du clair dessin de tes joues, Du mouvement suave et lent dont tu dénoues Tes cheveux, de ton col, de tes seins en émoi.
Si tu le veux, prodigue à d'autres d'autres heures. Ma Maîtresse! mais garde-moi cette heure-ci.
Epanouie ainsi qu'une grenade, ainsi Qu'une rose, quand de ton souffle tu l'effleures.
11 est doux, pour un peu de temps, avant la mort, O chère! de trembler, d'espérer et de craindre; Il est doux, ayant bu l'extase, de s'éteindre Avec lenteur, ainsi qu'un automnal accord...
JE COtNJNicilS US?<i Ê7c4V^G
Il est, au cœur de la vallée, un étang que l'on nomme l'Étang Mystérieux.
E connais un étang qui somnole, blêmi Par l'aube blême et par le clair de lune ami.
Un iris y fleurit, hardi comme une lance.
Et le songe de Teau s'y marie au silence.
Aucun souffle ne fait balancer les roseaux.
Le ciel qui s'y reflète a la couleur des eaux.
Le flot recèle un long regret lascif et tendre, Et le silence et Teau trouble semblent attendre.
Là, les larges lys d'eau lèvent leur front laiteux. Les éphémères d'or y meurent, deux à deux...
Je choisirai, pour te louanger, les paroles
Qui coulent comme l'eau parmi les herbes folles.
Les lys semblent offrir leur coupe bleue au jour : C'est l'élévation des calices d'amour.
Les éphémères font songer, tournant par couples, A des femmes valsant, ondoyantes et souples.
Les lotus léthéens lèvent leur front pâli...
Ma Loreley, glissons lentement vers l'oubli.
Dans un loyal adieu, tenons-nous enlacées Et mourons, comme les libellules lassées.
Je te dirai : « Voici l'Étang Mystérieux
Que ne connaîtront point les hommes curieux.
JE CONNAIS UN ÉTANG 4f
« Viens dormir au milieu des lys d'eau... L'iris tremble, Et nous nous étreignons, nous qui mourons ensemble... »
... Je connais un étang qui somnole, blcmi Par Taube blême et gar le clair de lune ami.
Et, sous Teau de l'étang, qui mire les chimères, Des femmes vont mourir, comme des éphémères...
£^ VÉ'Bq4%QUg4V^T: c4 éMTriLÈD^E
L^u fond de mon passé, je retourne vers toi, Mytilène, à travers les siècles disparates, Tapportant ma ferveur, ma jeunesse et ma foi. Et mon amour, ainsi qu'un présent d'aromates... Mytilène, à travers les siècles disparates.
Du fond de mon passé, je retourne vers toi.
Je retrouve tes flots, tes oliviers, tes vignes,
Et ton azur où je me fonds et me dissous,
Tes banques, et tes monts avec leurs nobles lignes.
Tes cigales aux cris exaspérés et fous...
Sous ton azur, où je me fonds et me dissous.
Je retrouve tes flots, tes oliviers, tes vignes.
Reçois dans tes vergers un couple féminin.
Ile mélodieuse et propice aux caresses...
Parmi l'asiatique odeur du lourd jasmin, Tu n'as point oublié Psappha ni ses maîtresses... Ile mélodieuse et propice aux caresses.
Reçois dans tes vergers un couple féminin...
Lesbos aux flancs dorés, rends-nous notre âme antique...
Ressuscite pour nous les lyres et les voix.
Et les rires anciens, et l'ancienne musique
Qui rendit si poignants les baisers d'autrefois...
Toi qui gardes l'écho des lyres et des voix,
Lesbos aux flancs dorés! rends-nous notre âme antique...