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Comme François-Xavier, nos premiers missionnaires honoraient 1 [inmaculée-Conception ■l'un cult< très particulier et très tendre.
Ils lui avaient < 1 1« 1 i «'- leur première chapelle, ils lui avaient consacré leur maison de Sainte- Marie, et les lielutions nous ont conservé ce vii-u à la Vierge que les Jésuites renouvelaient chaque année, afin d'obtenir par son entremise. la conversion des sauvages.
Mais plus encore peut-être que ses frères d'armes, Charles Garnier avait voué un culte chevaleresque à l'Immaculée.
Encore dans le monde, un jour, il s'était rendu a l'antique chapelle «le Notre-Daine-des-Anges, dans la foret de Bondy ' et ia.a genoux devant l'autel vénéré, il avait juréàla Vierge de mourir s il le fallait, pour attester sa foi àsa conception immaculée ce glorieux et incomparable ]>ri\ilége qui l'élève au-dessus de tous les saints, de la hauteur <ln ciel au-dessus «le la terre-.
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Ce souvenir lui revint avec une singulière douceur, comme il rallumait le feu de sa cabane, le matin du 7 décembre.
Il revit le chemin vert et sombre ... la vieille chapelle traversée par le soleil de mai ... et son cœur s'attendrit en songeant comme la Reme < lu ciel avait récompensé cet acte de sa jeunesse.
De très bonne heure, il se rendit à sa pauvre et froide chapelle.
Tout ce qui restait de chrétiens valides à Etharita s'y pressait.
Le missionnaire offrit la messe entouré de ces pauvres sauvages qui, comme lui, portaient sur leurs ligures les traces des souffrances de la faim.
Après la messe, il récita les prières à haute voix, puis écouta ceux qui avaient à lui parler. Ensuite, il passa à sa cabane où beaucoup d'en fants l'attendaient.
Le jésuite leur rit mille tendresses et employa le reste de la matinée à les instruire. Les enfants partis, il rompit son jeune en mangeant quelques glands et s'en alla faire la visite journalière des cabanes.
La journée s'avançait. Il était environ trois heures de l'après-midi quand le cri : Natahnué ! Natahoué ! (les Iroquois ! les Iroquois !) retentit tout-a-coup dans le village tranquille,
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Les guerriers) partis pour aller à leur rencontre, avaient i'.-iit fausse route, et les terribles ennemis arrivaient en effet aux portes <lu bourg qu'ils savaient dégarni d'hommes.
Charles Garnier était dans une cabane occupe à instruire un malade.
Il sort aux cris d'épouvante et reconnaît du premier coup-d'œil <jue personne ne songe à la défense, qu'il n'y a rien à espérer de cette population terrifiée et privée de ses meilleurs hommes.
11 marche droit à l'église où les chrétiens coulaient se réfugier, et d'une voix qui domine tout le tumulte :
" Fuyez, mes frères, fuyez par où vous pourrez échapper. Portez votre foi avec vous le reste de votre vie et que la mort vous trouve songeant à Dieu."
Il les bénit au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, s'agenouille un instant, et tendant les bras vers l'image de Marie qui ornait sou autel: () Mère! murmura-t-il,je vous remercie... je vais célébrer votre Immaculée Conception dans le paradis.
11 se relève aussitôt, prend un vase «l'eau pour conférer le baptême et sort en toute hâte.
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Vision d'enfer ! Les Iroquois, connue une légion de dénions, se ruent dans la bourgade, eu poussant des clameurs horribles. Les flammes s'élèvent déjà aux extrémités du village, et avec des hurlements d'allégresse, les cruels Mohawks y lancent les vieillards, les femmes, les petits enfants.
La population épouvantée crie et se lamente.
Le missionnaire voudrait être partout et s'empresse pour baptiser, pour absoudre, pour élever vers Dieu la dernière pensée ... A travers ces scènes d'enfer, il semble plus que jamais un ange pour qui la crainte et le danger n'existent pas.
Plusieurs Hurons, qui avaient trouvé un passage, accourent à lui ; ils le conjurent de fuir avec eux.
— Non, répond fermement le Jésuite; mon devoir est ici, auprès de ceux qui ne peuvent fuir et qui vont mourir.
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< >n était au mois d'avril, et à Paris, chez les Carmélites du Faubourg St-Jacques, l'ordre «lu jour ramenait les religieuses à leurs cellules, quand la sœur Gisèle de Jésus Put avertie de se rendre au parloir
Le P. Henri «le Saint- Joseph, alors provincial des Carmes, l'attendait débouta la grille en bois noir, et sa figure mouillée «le pleurs, respirait une joie, si vive, si triomphante, qu'elle resta «levant lui silencieuse, toute surprise et troublée.
— Ma fille, «lit le supérieur, Dieu récompense magnifiquement et je vous apporte une grande, . . . une glorieuse nouvelle.
Une seule pensée vint à l'esprit de la carmélite, mais cette pensée, elle n'osa l'exprimer, et croisant les mains sous son scapulairc pourcontenir un peu les battements de son cœur, elle attendit.
— Les Jésuites ont des nouvelles du Canada, continua le religieux, dont les larmes coulaient
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toujours. Oh, chère sœur, réjouissez-vous ! . . . le 7 décembre, Dieu lui a accordé la grâce des grâces, celle du martyre . . .
La religieuse ne prononça pas une parole, mais les larmes jaillirent de son cœur . . . larmes sacrées, larmes délicieuses qui semblaient ne devoir tarir jamais . . .
Elle avait appuyé le front sur la grille et ramené son voile sur son visage.
Etait-ce pudeur instinctive de l'âme émue en ses plus intimes profondeurs ? . . . était-ce pour mieux entendre les paroles de la foi dont elle avait vécu ? . . . paroles de lumière ! paroles de vie ! qui en ce moment l'inondaient d'une joie infinie.
Elle-même, peut-être, n'aurait pu le dire.
Le carme, qui la regardait, se souvint d'une autre heure — heure première de la douleur :
— Ma fille, dit-il, plus que personne vous avez participé à son sacrifice, plus que personne aussi vous aurez part à sa gloire et à sa joie.
— O mon Père, dit-elle, relevant la tête, qu'il est heureux ! . . .
— Oui, répliqua son frère, il est heureux ! Et dans une sorte de ravissement, il répéta les paroles de l'Église : " Quelle voix, quelle langue
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humaine pourrait exprimer, mon Dieu, la récompense que vous réservez à vos martyrs! Teints encore de leur sang, ils reçoivent la couronné
de vie."
— A-t-il été longtemps dans les tourments . demanda-t-elle, après un silence.
— Il n'a point passé par les tourments.
— O Vierge immaculée, soyez bénie, murmura
la carmélite . . .
Et souriant à travers ses pleurs : Dites-moi tout ce que vous savez, mon l'ère.
Le religieux rit un efforl pour maîtriser si in émotion et répondit :
— Charles ('-tait seul a S t- Jean, son compagnon 'le mission ] l'avait quitté depuis deux jours quand, vers le soir «lu mardi 7 décembre, les [roquois envahirent tout-à-coup le village.
guerriers étaient absents . . . partis pour aller rencontrer l'ennemi. Ce fut une boucherie épouv an table . . . îles cruautés atroces . . . Charles aurait pu fuir comme.bien d'antres, mais il refusa. La charité le retint... la vue d'une si horrible mort ne le tit pas reculer d'un pas; il se sacri-
X Le P. Chabanel n'arriva poinl à St-Joseph. Il périt dans le trajet, assassiné par un Enron apostat qui plus tard iTona l'avuir tué, " parce qu'il avait toujours été malheureux, disait-il, depuis qu'il avait embrassé la foi."
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fia pour le salut de ses sauvages. Les Iroquois réservant pour la captivité ceux qu'ils jugeaient pouvoir les suivre assez vite, faisaient main liasse sur tous les autres. Us attachaient les malades* les enfants, dans les cabanes et y mettaient le feu.
Lui courait partout, afin d'ouvrir le ciel à ceux qui allaient périr. Il pénétrait dans les cabanes déjà toutes en feu pour chercher les enfants, les catéchumènes, et les baptisait au milieu des flammes. Atteint de deux balles dans les entrailles, il tomba . . . L'Iroquois qui avait tiré sur lui le trouva évanoui, baignant dans son sang. . Il le crut mort et se contenta de le dépouiller. Un peu après, la connaissance lui revint. Il fut vu, levant les mains au ciel . . . priant pour se préparer à mourir.
Le P. Henri s'arrêta un instant pour laisser couler ses larmes, puis il reprit :
11 était mourant . . . mais ses sauvages l'occupaient encore, car étendu dans son sang, il tournait la tête à droite et à gauche, tâchant de voir autour de lui ... A quelques pas, un pauvre Huron, aussi blessé à mort, se tordait dans d'atroces souffrances. Charles l'aperçut. Il n'avait plus qu'un soufhV de vie: par un miracle de volonté, il parvint pourtant à se lever. Mais à peine avait-il fait deux pas qu'il tomba rude-
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ment par terre ... Il réussit encore à se relever mais pour retomber encore aussitôt. Alors voyant qu'ilfne pouvait plus marcher, il se traîna jusqu'au blessé, et pendant qu'il le préparait à mourir, un [roquois lui fendit les tempes do deux coups de hache . . . La hache avait pénétré
jusqu'au Cer\ eau.
La sœur Gisèle de Jésus avait tout écouté sans Paire un mouvement. Le monde extérieur avait complètement disparu pour elle... L'héroïque missionnaire était là. sanglant, sous ses yeux.
Et, tout -à- coup, emportée vers le passé elle le revit tel qu'elle l'avait vu, sur les bords de la falaise, en face de l'océan, alors qu'il luttait contre son cœur.
— Ah, mon Père, dit-elle, répondant à sa pensée, et relevant sa tête rayonnante : qu'il ôst heureux de ne s'être pas pris au bonheur <le la terre! Qu'il est heureux; d'avoir fait la volonté de Dieu !..