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À l'ombre du clocher

M. Meilier, le maître d'école du petit village de Saint-Pierre en Périgord, dit, ce jourlà, ses grâces, après son dîner, un peu plus vite que de coutume-, puis ayant fait signe de l'œil à sa femme qui le regardait silencieusement, appuyée sur son balai, il prit son chapeau de paille à larges bords et sa canne d'aubépine des mains d'Esther, sa (ille aînée.

à qui il sourit pour toute réponse; car é\idemmenl la jeune personne l'interrogeait avec ses grands yeux bleus, qui exprimaient toujours si bien sa pensée. Le digne homme lit un faux pas vers la porte; il avait eu peur de renverser sa plus jeune fille , la petite Jeanne , accourue dans les jambes de son père pour y gagner le gros baiser paternel d'habitude, lequel ne lui fit pas faute. M. Mer lier se retourna en ce moment et appela du doigt un jeune homme qui, depuis le diner , se tenait debout dans l'embrasure de la croisée , les yeux fixés sur la grande route serpentant dans la vallée.

La porte se referma sur eux, et madame Merlier secoua la tête quand ils furent sortis; après quoi elle recommença , sans mot dire, à balayer la salle à manger , qui servait également, à la famille, de salon d'été et d'hiver et aux deux époux, de chambre à coucher. Mademoiselle Esther Merlier s'occupait de ranger le buffet avec le soin ordinaire, pen-

dant que la petite Jeanne, qui voulait aussi remplir sa lâche, après avoir replacé chaque chaise le long du mur, traînait, à grands efforts, le vieux fauteuil du maître d'école vers l'un des coins de la cheminée qui était close en ce moment ; car on était au commencement de juin.

— Jeanne, dit mademoiselle Esther, d'un petit ton de maman, ne pouvez-vous faire moins de bruit? On dirait que vous traînez un briska !

— Oh! oh! répondit Jeanne, toute piquée, qu'est-ce que c'est queça?... un briska! Parlez donc la langue de tout le monde, ma gi^ande sœur, si vous voulez que je vous comprenne. Un briska!... ça veut peut-ête dire une brouette, aux Ursulines de Périgueux, où vous avez passé six mois...

— Jeanne ! . . . Jeanne ! . . . dit madame Merlier arrêtant son balai; ce n'est pas bien de répondre ainsi... Tu deviens piquante comme un hérisson, depuis quelque temps; c'est

fort vilain pour tout le monde , mais surtout pour une petite fille. Je voudrais bien savoir où lu prends ces exemples?...

— Pas bien loin, murmura Jeanne, qui tournait à la rébellion.

— Qu'a-t-elle dit? demanda la mère.

— Rien de bon, répondit mademoiselle Esther irritée.

— Mais encore?.... ajouta madame Merlier, je veux le savoir.

Mademoiselle Esther garda le silence.

Jeanne, qui avait enfin mis en place le grand fauteuil de son père, ne disait mot, mais sa petite moue parlait suffisamment. Alors la mère, recueillant tout ce qu'elle put trouver de sévérité dans son cœur , tout pétri cependant de tendresse maternelle , s'approcha de de la mutine, et la prenant par le bras, procéda à un interrogatoire direct :

— Qu'avez-vous dit, mademoiselle?

A cette question succéda le plus profond silence.

— Jeanne , je vous demande ce que vous avez dit?

L'indocile enfant se renferma dans un mutisme opiniâtre.

Cependant madame Merlier n'insista pas davantage, et lâchant froidement le bras de Jeanne, elle s'adressa à sa fdle aînée :

— Estlier, dit-elle, va chez M. le curé; tu le prieras , de ma part , de nous donner quelques instants lorsqu'il passera pour sa promenade du soir.

— Maman!... maman!... s'écria Jeanne aussitôt, eh bien! je ferai tout ce que vous voudrez.

— C'est fort heureux , dit madame Merlier... Allez, mademoiselle, vous n'êtes qu'une obstinée.

Et elle écarta doucement, de la main, Jeanne qui s'accrochait à son tablier.

Puis madame Merlier s'assit dans le grand fauteuil de son mari et Jeanne resta debout devant elle. Esther entassait les assiettes en

pile, mais elle était distraite et regardait sa jeune sœur du coin de l'œil , d'une façon moins courroucée que tout-à-l' heure.

Après une pause, et raffermissant le son do sa voix :

— Parlez, mademoiselle, dit madame Merlier à Jeanne; je vous écoute.

— Maman ! dit l'enfant en mordant avec embarras un coin de son mouchoir, vous m'avez fait un reproche et m'avez demandé où je prenais mes exemples...

Elle s'arrêta et reprit plus bas :

— Je vous ai répondu : pas bien loin !...

— Qu'entendiez-vous par ces paroles ?... demanda madame Merlier assez vivement.

— J'entendais, reprit Jeanne d'un ton plus résolu, parce qu'elle vit sourire sa sœai-, j'entendais que je n'étais pas la seule à causer du chagrin à qui nous aime!... Ce n'est pas moi qui, ce matin, ai dit à M. Alain qu'il m'ennuyait avec son bouquet de chèvrefeuille et aussi qu'il ressemblait. . .

— Qu'il ressemblait à quoi?... dit la mère un peu ébahie du tour inattendu que venait de prendre la justification de mademoiselle Jeanne.

— A Claude Frollo!

— Claude, qui? demanda avec étonncment madame Merlier qui certainement n'avait pas lu ISotre-Dame de Paris.

Mais sa fille aîné l'empêcha de s'éclairer davantage en jetant, au milieu de l'explication, un éclat de rire si bruyant, si prolongé, si franc surtout, que la jolie rieuse, sutfoquée par son hilarité , se laissa choir sur un siège à demi-syncopée.

Madame Merlier devina sans peine à qui s'adressait l'allusion , assez transparente d'ailleurs, contenue dans la défense de la petite Jeanne; mais jugeant, dans la simplicité de son cœur, qu'un enfantillage sans conséquence avait pu seul soulever l'incident dont nous venons de parler , elle sourit de son

côté et termina par la petite mercuriale obligée :

— Dès que M. Alain, dit-elle, ne s'est pas plaint à moi de ce que ta sœur l'a comparé à ce M. Claude que je n'ai jamais vu et qui, j'en suis certaine, ne peut être qu'un fort honnête garçon, il ne t'appartient pas, mon enfant, de sonder ainsi les intentions de ta sœur et de te constituer officieusement le défenseur de M. Alain, à l'égard duquel Esther n'a aucun tort, j'en suis persuadée.... — Esther, s'écria , en s'interrompant , madame Merlier , ma fdle , tu te feras mal ! ... ces rires là ne valent rien....

Puis, elle ajouta en se tournant vers la plus jeune de ses enfants :

— Tu vois, elle n'est point méchante... pas plus que toi... Voyons, venez m'embrasser !... et une autre fois, tu ne répondras pas ainsi. . . — Esther, Esther, as-tu fini de rire?., tu es toute rouge. — Va, Jeanne, va donc embrasser cette sœur qui t'aime...

Jeanne fit un signe de tète négatif et resta accoudée sur les genoux de sa mère, avec un air de défiance prononcé.

— Qu'est-ce à dire?... reprit la mère tout émue ; Jeanne , n'aimerais-tu plus ta sœur?...

Esllier un peu calmée semblait attendre la réponse de l'enfant.

— C'est-elle... qui... ne m'aime plus!.., murmura Jeanne.

Et , avec la spontanéité de l'enfance , elle fondit en pleurs à ces mots.

Avant que madame Merlier eût pu dire une parole de plus, sa fille Estlier se leva pâle et tremblante, saisit sa sœur dans ses bras, et, l'étreignant avec effusion :

— Je ne t'aime pas , moi?... je ne t'aime pas?... s'écria-t-cUe. Pauvre angeî... ma petite Jeanne chérie!... je ne t'aime pas?... tu es folle!... Oh! ne dis pas cela, car, vois-tu bien, je t'aime, enfant... je t'aime!... Mais si

je iic t'aimais pas, est-ce que je t'embrasserais ainsi?...

Et, en même temps, elle couvrait sa sœur de baisers entremêlés d'exclamations et de larmes, pendant que la pauvre mère souriait à ce tableau en s'essuyant les yeux.

Une autre âme que celle de cette mère simple et parfaite se fut peut-être alarmée en voyant l'imagination de cette belle lille de dix-sept ans s'exalter jusqu'au délire pour un doute d'enfant. Mais madame Merlier avait toujours vécu dans une douce et calme sérénité 5 son esprit n'était jamais allé plus loin que les limites de la paroisse; son cœur plein de Dieu et de son époux , n'avait eu de tressaillements inopinés qu'aux jours de la naissance de ses filles. Depuis vingt ans, heureuse dans sa pauvre maison adossée à la vieille église du village, elle avait vu s'élever et grandir ses enfants à l'ombre du clocher. Ignorante de tout autre passé, elle ne prévoyait rien dans l'avenir. Il était donc natu-

rel que madame Meriier ne comprît rien à cette exaltation qui n'était , au vrai , que Texubérence d'une nature effervescente, inquiète et fiévreuse.

Satisfaite d'avoir rétabli la bonne harmonie entre ses deux enfants , la digne mère passa dans une autre pièce-, et là, dans l'effusion d'une pieuse reconnaissance, elle remercia Dieu de lui avoir donné des enfants si

<v/''"\ beaux, si bons et si aimants.

'^l'^l^'l Après le départ de madame Meriier, Es-

7 ^ /^l tlier s'approcha de sa jeune sœur, et , Tatli-

1 '^ l^f lant à elle par la main :

— Maintenant que nous voilà seules, lui dit-elle , Jeanne , me diras-tu ce qui t'a inspiré cette méchante supposition?

Jeanne ne répondit que par un soupir.

— Jeanne , de grâce , ajouta Esther avec l'accent d'une ardente prière , Jeanne, dismoi les motifs qui t'avaient fait douter de mon amitié.

— Ah ! reprit Tenfunt avec l'expression

d'un chagrin profond, j'ai peur encore d'avoir raison. D'abord , tu es souvent triste , et tu ne m'en dis pas la cause. L'autre jour, par exemple , j'entrai dans noire chambre et tu me renvoyas brusquement... Et pourtant tu

avais pleuré tu avais les yeux rouges....

tiens, comme à présent!...

— Plus bas ! plus bas ! ma sœur, murmura Esther; notre mère pourrait t'entendre.

— Et puis, ajouta Jeanne en baissant la voix, tu ne te couches plus en même temps que moi , et lorsque je t'appelle à cette fenêtre, où tu es toujours si long-temps le soir , tu la refermes avec colère!..» Hier encore, t'en souviens-tu?... il avait plu... jeté criai : € Esther, prends garde! l'air est humide...» Et tu ne m'écoutas pas d'abord, et moi je crus entendre que tu parlais bas et qu'on te répondait... Alors j'eus peur pour toi, parce que la nuit était bien noire... et je criai plus fort... mais tu fermas la fenêtre et rêvenantvers moi, au lieudem'embrasser, comme

à l'oidinaire, tu me dis : « Vilaine enfant !.. j» Oh! j'ai bien vu que tu ne m'aimais plus!...

— Tais-toi!., tais-toi!... dit Esther toute tremblante. Ses lèvres touchaient en ce moment à l'oreille de sa jeune sœur. Jeanne, si tu m'aimes, tu ne diras pas un mot de tout ceci...

— A personne?... demanda Jeanne étonnée!...

— A personne.

— Ni à mon père?... ni à ma mère?...

-— A personne, te dis-je.

— Ni à M. le curé?... ni à M. Alain?

— Oh! chère enfant, tu me perdrais!...

Pas un mot !

— Ma sœur , ma bonne sœur , dit alors Jeanne, dont les yeux s'emplissaient de larmes en voyant l'effroi incompréhensible d' Esther ; va , on tuerait ta petite Jeanne , plutôt que de lui arracher une parole qui pût t'af-

fliger.

Tu es un ange ! dit Esther en l'embras-

saut avec transport. Ali! que Dieu te fasse heureuse autant que tu es bonne !

— Eh bien ! Jeanne , dit madame Merlier qui survint pour être témoin de ce douxépanchement 5 eli bien ! diras-tu encore qu'elle ne t'ai] le plus?

— Oh! j'avais tort , "reprit Jeanne qui cherchait à donner à sa réponse une assurance qui n'était ni dans son cœur, ni dans son regard.

La bonne madame Merlier était trop sincère, trop inexpérimentée surtout, pour surprendre le désacord qui régnait entre Jes paroles et les pensées de sa fille.

Jeanne venait à son insu de faire un premier pas dans cette voie de dissimulation , que suivent toutes les femmes , et que les hommes ont creusée devant elles.

M. Alain était un grand jeune homme de trente-cinq ans environ, de formes un peu grêles, mais qui ne manquaient pas d'une certaine harmonie 5 on aurait même pu dire ({u'il y avait de la distinction jusque dans l'irrégularité de ses traits, un peu trop prononcés. C'était une face osseuse , pâle et fatiguée , avec de grands yeux caves et noirs ,

un nez proéminent, une bouche dont le sourire ne perdait jamais toute amertume. Mais M. Alain avait un grand désavantage auprès des jeunes filles : c'est que ses cheveux noirs s'éclaircissaient chaque jour notablement, ce qui lui donnait en apparence cinq ou six années de trop. Ajoutez à cela que, quoiqu'il parlât très correctement le français et qu'il pût suppléer au besoin M. Merlier dans ses fonctions, M. Alain n'était et ne voulait être qu'un paysan. Il affectait même de porter le costume de sa condition dans toute sa rusticité, et ne cherchait point à prendre des habitudes au-dessus de son rang. C'était de la sagesse assurément; mais la sagesse fut-elle jamais un heureux moyen de séduction? Le vieux curé du village de Saint- Pierre témoignait hautement sa bonne opinion au sujet de son nouveau paroissien; car M. Alain n'était pas né dans le pays : il l'habitait depuis six mois seulement. Nonobstant, chaque dimanche, M. Alain n'en avait pas

moins le droit de siéger au chœur avec les autres paysans, et il mettait autant de bonne volonté et de savoir-faire que pas un d'entre eux à fausser le plain-chant.

M. Merlier avait reçu cliez lui le jeune paysan, sur une lettre de reconunandation d'un de ses confrères de l'Angoumois, vieux camarade de sa jeunesse; et, depuis qu'il lui avait ouvert sa maison, le père de famille n'avait jamais eu la moindre inquiétude dans l'esprit au sujet de son hôte. M. Alain , dès le lendemain de son arrivée, n'avait plus été un étranger pour personne dans la maison du maître d'école. M. et madame Merlier avaient pensé souvent que Dieu, qui ne leur avait pas donné un fils , avait ainsi voulu y suppléer par une de ces rencontres, fortuites pour nous , mais qui sont en réalité l'œuvre de sa vigilante providence. M. Alain payait au maître d'école une petite pension de trois cents francs par année ; et moyennant cette modi(iue somme, il n'avait plus aucun souci

(h's J)esoins i\o ce inoiule, sachaiU hcureusoînenl se coiUcnlor de peu. Ouelque temps après son entrée chez M. Merlier, le jeune homme avait manifesté au magister le désir de lui venir en aide dans les travaux de sa classe, et le bonhomme enchanté, après deux jours d'essais, avait offert lui-même à son suppléant une remise sur la faible rétribution de ses petits élèves; mais celui-ci l'avait obstinément refusée.

Un mois après l'installation de M. Alain, un inspecteur de l'Université vint visiter l'école de Saint -Pierre, et lit compliment à M. Merlier sur les améliorations de son système d'enseignement. Celui-ci radieux , voulut lui présenter son suppléant; mais Alain fit un signe de refus presque impérieux, et le maître d'école, soumis malgré lui, resta muet et se résigna à garder pour son compte toutes les félicitations de son supérieur.

Depuis, Alain ne fut jamais contrarié dans ses exigences modestes; on le traita comme

il Noulait être tiailc, cii lioninic simple, d'un caractèio l'iaut et serviable. Madame Morlier l'en s oyait sans façon piiiseï' de l'eau au cours du Manoii e, qui coule dans la vallée. Jeanne, de son côté, mettait à l'épreuve son adresse et sa patience pour le renouvellement de sa petite volière, peuplée de rossignols et de linottes ; à la vérité , elle l'en récompensait par une amitié des plus vives et un baiser soir et matin. Mademoiselle Esther seule semblait ne pas partager l'atfection de sa famille pour l'hôte de la maison Merlier. S'il arrivait qu'on fît en sa présence l'éloge de M. Alain, elle ne contredisait jamais, sans doute , la louange que chacun donnait à sa franchise, à sa cordialité-, mais elle parlait de ses (jualités avec cette froide bienveillance qu'emploient souvent les esprits supérieurs pour les natures modestes, résignées à ne jamais s'élever.

Quoique humblement dévoué à M. et madame Merlier, Alain ne manquait cependant

pas d'une certaine fierté, quelquefois même d'une morgue un peu âpre, principalement à l'égard de ceux qu'on appelle dans les campagnes du Périgord les messieurs. Plus d'un s'en était déjà plaint , sans pouvoir toutefois articuler un fait positif d'impolitesse. Seulement Alain ne saluait pas tout le monde de la même façon, et il y avait des gens qu'il ne saluait pas du tout. Quand passait, appuyé sur le bras de son vicaire, le curé, vieillard de quatre-vingt-neuf ans, Alain restait découvert long-temps après qu'il s'était éloigné, tant était grande sa vénération pour le digne pasteur. Mais si, après lui, arrivait, en caracolant sur son cheval anglais , le capitaine Bénédict Lartigue, bel officier de chasseurs, en semestre chez son vieux père, riche propriétaire des environs , Alain ne se rangeait que lentement et après avoir enfoncé son large chapeau sur son front, de crainte que le vent ne le forçât à être plus poli qu'il ne le désirait. Le capitaine Bénédict pouvait,

il est vrai, se consoler de n'avoir point part aux attentions de M. Alain , car toutes les femmes de Saint-Pierre et des \illages voisins l'en dédommageaient amplement par leur empressement à se montrer à leurs fenêtres aussitôt que le galop de son coursier retentissait à l'entrée ^lu hameau. Il fallait voir alors jeunes et vieilles se pencher vers lui , les unes le favorisant de leurs plus moelleuses révérences , les autres de leurs plus doux sourires. Le galant cavalier avait pour elles un mot, un geste, une œillade, que chacune recueillait avidement; et puis, dans chaque maison , on parlait le reste du jour du capitaine Bénédict, de son affabilité, de sa bonne grâce-, et pour quelques-unes, sans doute , ce souvenir ne manquait pas de les poursuivre jusque dans les mystérieuses apparitions de la nuit.

La seule maison dans laquelle il ne fût pas question de Bénédict était la maison de M. Merlier. On savait qu'Alain n'aimait pas

le capilainc , et c'était là un motil" non pas seulement pour que le nom même de M. Lartigue ne fût jamais prononcé , mais encore pour inspirer à la famille Merlier une sorte tl'éloignement pour la personne de Bénédict. Il n'est pas de lecteur un peu clairvoyant qui n'ait deviné les causes qui rendaient Tobscur suppléant du maître d'école et le séduisant olficier antipathiques l'un à l'autre. M. et madame Merlier seuls n'avaient jamais songé a rechercher l'origine de ce sentiment presque hostile, qu'ils partageaient naïvement et à leur insu.

Tous les jours à quatre heures, quand le capitaine , ponctuel en ceci comme à la manœuvre , passait sous les fenêtres de la maison Merlier, on aurait pu voir un rideau s'entr' ouvrir clandestinement , et une main blanche agitait un mouchoir derrière le carreau. Alors le pauvre Alain déchirait solitairement sa poitrine avec ses ongles, car il avait tout vu : c'était mademoiselle Eslher

Merlicr, qui croyait coniniuiii({uer ainsi à la dérobée avec celui qui occupait ses plus secrètes pensées. Mais M. Alain, malgré elle et sans qu'elle s'en doutât, s'était mis dans la confidence; et M. Alain aimait mademoiselle Esther.

De son côté , mademoiselle Esther n'avait pas tardé à s'apercevoir de la passion qu'elle avait inspirée à l'hôte de son père : la femme la moins exercée ne manque jamais de voir ces choses-là. Mais, loin de lui savoir gré de cet amour si respectueux, si vrai, si profond, la jolie iille du maître d'école ne vit là qu'un sentiment audacieux , offensant même ; l'hommage d'un simple paysan qui s'adressait à elle, jeune fille blanche et souple, faite comme une dame de la ville, et ayant appris les belles manières au couvent des Ursulines de Périgueux. Quoique bonne et d'une sensibilité exquise, sa fierté révoltée lui suggéra des traitements si cruels pour ce pau\re Alain, des paroles si amcres, des épigrammes

si acérées, que jamais martyr des légendes ne mérita mieux que lui, après ces rudes épreuves, sa part des joies du ciel.

Quelquefois , à de rares intervalles, la dignité de l'homme se réveillait soudainement chez le malheureux dédaigné , et alors son regard envoyait au ciel l'expression de ses souffrances. Mais mademoiselle Eslher, qui avait lu des romans (on ne savait par quelle entremise), se riait de tant d'angoisses , et baptisait railleusement du nom de quelque héros bien burlesque ou bien farouche l'infortuné Alain , qui restait anéanti sous sa mordante ironie.

Cette histoire , qui se déroulait sous les yeux de la famille Merlier, sans trop de mystère, n'avait cependant nullement éveillé l'attention du maître d'école. Sa femme, aussi simple que lui, et aussi ignorante de tout mal, était peut-être encore moins clairvoyante. Néanmoins , il se présenta de telles particularités, qu'elles ne purent échap-

per entièrement à la sollicitude de M. Merlier. Ainsi, il arriva souvent que M. Alain se leva de table sans avoir touché aux mets qu'on lui avait servis; la bonne madame Merlier imputait à l'influence printannière la décroissance observée dans l'appétit de son hôte , et conseillait la chicorée à son commensal , ou quelque autre remède analogue. Bientôt, le maître d'école lui-même s'aperçut qu'à ces symptômes il fallait ajouter l'affaissement des traits de M. Alain, dont la physionomie revêtait une teinte plus sombre et plus rêveuse. Dans la classe, il échappait à son suppléant de plus fréquentes distraclions , et plus d'une fois , pendant leur promenade , il avait remarqué que des soupirs profonds gonflaient péniblement sa poitrine. Un jour, entr'autres, M. Merlier et Alain rentrèrent au logis, après des courses de plus (le deux lieues , sans avoir échangé une parole. Ce jour-là, le maître d'école commença à comprendre qu'il y avait quelque chose de

dérangé dans les idées de son hôte, et il s'appliqua à pénétrer les secrètes douleurs de M. Alain.

Le lendemain, M. Merlier se leva avec cette satisfaction d'un homme qui vient de combiner un plan qui lui sourit, et dit à sa femme :

— Ce soir, je saurai quelque chose.

Mais la bonne femme , qui ne pouvait atteindre jusqu'à la perspicacité de son mari , s'était bornée à lui répondre :

— Tu ne sauras rien que je ne sache déjà. Sa maladie est assez claire... Il s'obstine à ne vouloir pas prendre les amers , et , ma foi , quand il aurait les fièvres cet automne, il n'y aurait rien d'étonnant.

M. Merlier n'en persista pas moins dans son dessein. Après le dîner, le maître d'école et M. Alain sortirent pour leur promenade habituelle. Sur le seuil de la porte, M. Merlier se retourna vers sa femme, à laquelle il lança

un coup d'œil d'intelligence; mais madame Merlier hocha la tête pour toute réponse.

Hélas ! la meilleure des femmes ne renonce pas si facilement à l'estime qu'elle a pour ses propres lumières.

Le maître d'école et son suppléant marchaient donc cote à côte sur cette jolie route achevée depuis peu d'années, et qui conduit de la petite capitale du Yieux Périgord à Lyon. Pendant près de vingt lieues on dirait une promenade de luxe, tant le sol est uni, tant les deux côtés du paysage sont frais et gracieux. C'est, des deux côtés de la route, une vallée riante bornée par une chaîne de coteaux dont les lignes onduleuses se détachent sur un ciel presque toujours bleu et pur. A chaque coude que fait la route, on découvre un nouveau village avec ses maisons blanches, aux toits rouges, lesquelles semblent autant de fabriques jetées au milieu des prés pour le seul plaisir des yeux. Sur les coteaux apparaissent aussi, à des intervalles rappro-

elles, dos maisons de maîtres^ comme disent les habitants du pays, depuis la chartreuse simple, ombreuse et entourée d'ormeaux, jusqu'au château flanqué de pavillons ou de tourelles-, et il y a à peu près, par village, un château plus ou moins restauré, plus ou moins fidèle à ses vieux murs sombres et lézardés.

Hâtons-nous d'ajouter que les seigneurs de ces manoirs n'ont heureusement conservé, de leurs droits seigneuriaux dans ces contrées, que le pouvoir et surtout la volonté de protéger les chaumières voisines, ou de payer la plus grosse part des impôts consentis par les communes et destinés à améUorer le sort de leurs pauvres habitants.

M. Merlier, comme tous les hommes simples et bons, n'était pas adroit quand il s'agissait d'entrer dans la pensée d'autrui, sans y être invité, et pour ainsi dire par surprise. Depuis une demi-heure qu'il était sorti, le digne maître d'école méditait et retournait

en lui-même, sans le moindre succès, une de ces phrases préparatoires qui peuvent, si elles sont accueillies, engendrer toute uneconvertion. Mais l'expression manquait toujours à sa pensée inquiète et timide. Le pauvre homme se faisait presque un crime de sa touchante curiosité ; il tremblait comme un coupable, avec son cœur de saint, dans la crainte que son ami ne vînt à méconnaître ses paternelles sollicitudes. Plus il allait, plus la situation devenait perplexe -, et bientôt, à force d'avancer et de reculer dans son esprit, il arriva à ce point de reculer seulement.

Tout à coup, son compagnon lui touchant légèrement le bras , s'arrêta gravement devant lui. M. Merlier tressailHt de confusion, car il lui sembla qu'il était deviné et qu'il allait entendre quelque reproche sévère et à ses yeux mérité. Le bon vieillard rougit comme un enfant et son embarras lui ôta toute contenance.

— J'ai à vous parler, mon respectable ami,

dit Alain avec cffoit-, puis il garda le silence «jiK iques secondes. Il passa ensuite sa main sur son front, comme pour dégager sa pensée de toute préoccupation, et il ajouta rapidement et d'une voix ferme : — Il faut que je vous quitte... que je vous quitte pour long-temps, pour toujours peut-être... Je pars demain!.. M. Merlier leva les bras au ciel spontanément et les paroles lui manquèrent ; mais la tristesse de son âme se répandit sur ses traits et ilarticula, d'une voix étranglée, ce peu de mots :

— Que vous ai-je donc fait, Alain? ditesle moi , afin que je me le reproche et vous en demande pardon ! . .

— Vous m'avez fait meilleur que je n'étais, mon digne ami, répondit Alain en prenant affectueusement les mains du maître d'école; vous m'avez fait, après Dieu, les seuls jours heureux que j'aie comptés dans le monde; vous m'avez fait vous aimer et vous respecter comme un père, moi qui n'ai

jamais connu de père avant vous, puisque tl^s le berceau je fus oi'iilielin. Vous m'avez fait une \'\c pleine, pour ce qui me reste À vivre, puisque j'aurai à me souvenir de vous et de vos vertus. Oh! merci, merci! vous m'avez fait tout le bien que vous pouviez me faire... que le ciel vous en récompense !..

— Et vous nous quittez , pourtant ! dit M. Merlier avec douleur. Vos actions sontelles conséquentes avec vos paroles , mon enfant? Y avez-vous bien réfléchi?..

— J'ai bien réfléchi, dit Alain, car les nuits sans sommeil ne m'ont pas manqué pour la réflexion; j'ai réfléchi, et les combats de mon cœur avec ma raison ont été si douloureux, qu'il me semble que le nombre de mes années est doublé... La victoire de ma raison, monsieur, m'a coûté cher; oh! bien cher, croyez- le bien.

— Mon fils, répondit le maître d'école avec cette dignité que donne aux plus humbles une noble conscience, mon fils, lu raison

de l'homme est toujours superbe et vaine , quand l'homme n'est pas avec Dieu. Et qui \ous dit que , dans ces combats dont vous parlez , vous ne vous êtes pas séparé de Dieu pour rester seul avec l'erreur et le découragement qui viennent des mauvais esprits?

Que le ciel me préserve de vouloir entrer, malgré vous, dans un secret que vous voudriez taire ; mais pouvez-vous juger vousmême dans votre propre cause? Pensezvous que les plus difficiles solutions ne puissent pas venir, par la permission du ciel , d'êtres infiniment petits? Daniel adolescent confondait tout un aréopage de vieillards, et un monarque payen lui jetait sur les épaules son manteau de roi !

Alain sourit doucement et dit :

— Je vous assure, mon digne ami, que le dernier de tous les reproches que je puisse encourir, dans la résolution que je viens de prendre, est le reproche d'orgueil et de vanité.

Puis il ajouta, après une pause, avec l'expression d'un profond abattement :

— Qu'importe la cause puisque vous savez le mal ? Qu'ai-je autre chose à vous dire, à vous si riche de bonté et d'amour ?.. Je souffre, plaignez-moi!

Ces paroles atteignirent à la fibre la plus sensible de l'excellent maître d'école qui s'écria :

— Mon fils, mon fils! ne garde pas ton secret pour toi seul. Pauvre cœur qui déborde d'amertume et de deuil, épanche toi !.. Mon âme s'ouvre comme un réservoir à tes douleurs les plus intimes... Enfant, je veux ma part de tes souffrances... Que serviraient au vieillard ses années, si elles ne lui donnaient le privilège d'aimer et de consoler la jeunesse qui a un besoin incessant d'appui et d'amour!..

— Père! dit alors Alain brusquement et avec une résolution subite; vous voulez savoir mon secret?., eh bien ! sachez-le donc...

J'aime votre lille Esther , et je n'en suis pas aimé !... Connaissez- vous maintenant un remède au mal que je vous révèle?.. Vous voyez bien qu'il faut que je parle !.. . Je partirai !

Les yeux du maître d'école se dessillèrent tout à coup, comme s'ils fussent sortis de la nuit la plus sombre pour s'ouvrir à un jour éclatant.

— Magnificat!... s'écria-t-il joyeusement en faisant claquer ses doigts, ce qui, chez M. Merlier, était le signe d'une vive satisfaction. Voilà donc le mystère ! Tu aimes ma fille, mon enfant, et elle ne t'aimerait point?. . J'ai bien entendu dire que pour quelques hommes l'amour était presque toujours suivi d'une sorte d'aveuglement moral ; car, malgré la tendresse profonde que j'ai eue depuis le jour où j'ai connu Marthe, ma chère femme, jusqu'à celui-ci, je n'ai jamais ressenti ces tristes effets... Mais viens, mon fils, viens avec moi... Retournons à cette pauvre mai-

son où nous allons porter l'allégresse et le bonheur... Ah! tu aimes ma (îlle, reprit le vieillard; hé bien! elle t'aime aussi, je t'en suis le garant... car mes enfants, ma femme et moi nous n'avons qu'un seul et même cœur : je l'ai éprouvé cent fois... je puis donc t'assurer que ma fille t'aime autant que moi ! . . .

Alain secoua tristement la tête. M. Merlier, retournant sur ses pas, entraîna rapidement son hôte, qui le suivit sans proférer une seule parole. Il était facile de voir qu'au milieu du morne abattement qui se lisait dans les yeux de M. Alain, une incertaine et vague lueur d'espérance avait lui subitement clans son âme. Il est si rare que nous ayons le courage de repousser toute illusion quand il s'agit de notre vœu le plus cher, de nos plus riantes espérances !

M. Merlier, en rentrant chez lui, prit solennellement à part sa femme et sa fille aînée. Lorsqu'après une demi-heure de conférence

il vint retrouver Alain, ses traits étaient encore plus sereins et plus joyeux qu'en le quittant.

— Mon fils , lui dit-il en lui prenant la main, bénissons Dieu ensemble de ce que nos vœux sont d'accord avec sa volonté 5 et puis vous irez vous assurer, vous-même, de la réalité d'un bonheur que vous avez si ardemment souhaité.

Alain , éperdu , chancelant sous l'ivresse qui le domine, ne sait s'il doit croire au témoignage de ses sens. Il n'ose faire un retour sur le passé de peur de voir son bonheur déployer l'aîle et s'envoler. Revenu par degrés de ce premier trouble, et interrogeant sa raison , il se dit froidement : il est impossible qu'il y ait au monde une créature assez infâme pour mentir à son propre cœur, quand sa volonté est respectée , quand son choix reste libre et qu'il a pour juges sa conscience et son honneur.

L'image du capitaine Bénédict passa bien encore une fois sur ses esprits inquiets, mais

seulement comme une vision indécise et fugitive. 11 excusa de lui-même celte jeune lille, belle et inoccupée et surtout heureuse d'être trouvée belle par un autre que par un de ces paysans au milieu desquels elle était si peu faite pour vivre. Le bonheur fait de l'indulgence une facile vertu !

Le soir, lorsqu' Alain se trouva seul près d'Esther, il lui adressa la parole d'une voix émue et tremblante :

— Est-il donc vrai, lui dit-il , qu'il m'est permis d'espérer?...

— Peut-être!... répondit la jeune fdle avec un de ces sourires inexplicables , intraduisible énigme dont le mot reste obscurément enseveli dans le cœur des femmes.

Alain se sentit défaillir sous le charme de cepeut-êlre qui apparaissait à son esprit ébloui comme l'aveu ingénu et naïf d'un sentiment timide encore.

Il se rendit ensuite auprès des époux Merlier et témoigna au maître d'école le désir

de prendre un congé de deux jours , dont il avait besoin, disait-il, pour vaquer à quehjues affaires personnelles.

Bientôt la maison de M. Merlier devint calme et silencieuse. Quand tout le monde fut couché et endormi, Alain, qui occupait le rez-de-chaussée, ouvrit sans bruit la fenêtre de sa chambre , et se laissa glisser sur le sol. A quelques pas de là, sur la route, il siflla légèrement : peu d'instants après , le galop de deux chevaux troubla pur un moment le silence de la nuit 5 puis le bruit se perdit en mourant dans la profondeur de la vallée.

Le capitaine Bénédict Lartigue lira de sa poche un papier plié sous une forme triangulaire, le déplia tranquillement et , après l'avoir légèrement froissé de manière à lui donner la forme la plus allongée , chercha à le mettre en communication avec la flamme d'une lampe, alin d'allumer son cigarre.

— Prenez garde, capitaine, dit fort paisi-

lilcment le jeune vicomte d'Albrenas qui venait de se faire décaver à la bouillotte ; je crois que vous allez brûler une lettre de femme !

— Je le crois aussi , dit le capitaine d'un ton suffisamment précieux , et en continuant d'agacer la flamme indocile.

— Parbleu! s'écria Antonin de Sarons , autre jeune tête; si vous n'y tenez pas davantage, Bénédict, voici une lettre de mon vertueux oncle , je vous l'offre en échange. Le brave homme m'écrit un sermon qu'il a dû piller quelque part, et que je n'estime guère. Vous plairait-il de brûler la prose dontje vous parle et de me passer la lettre d'amour?

— Volontiers, répondit le capitaine avec un grand sang-froid ; et l'échange fut aussitôt consommé.

— Voilà le premier bon marché que je fais de ma vie, dit Antonin en dépliant le papier froissé qui lui était transmis. Une ligne de cette écriture fine et distinguée, vaut les

innombrables pages de morale que pourraient écrire tous les oncles du monde. . .

Le capitaine Lartigue était parvenu à allumer son cigarre et fumait sans plus s'émouvoir.

— J'espère, mon cher Sarons, dit le chevalier de Cramailles entredeux bouffées de sa pipe, que vous ne serez pas assez égoïste pour vous réserver seul le plaisir que vous attendez de votre précieuse acquisition .

— Cramailles a raison ! crièrent aussitôt dix curieux qui fumaient également autour de la table de jeu .

— A Dieu ne plaise ! dit Antonin de Sarons avec conviction. Et il s'apprêta à lire à haute voix le billet dont il avait déjà admiré l'écriture élégante et nette.

— Messieurs ! Messieurs ! dit en se récriant le jeune Julio, étudiant en vacances, y songez-vous?... une lettre de femme lue à haute voix dans un café!...

— Fi!... reprit monsieur de Cramailles, nous ne sommes pas dans un café.

— C'est juste, ajouta Antonin , nous sommes à la Philologie^ un cercle!... un club, vous voyez que c'est bien différent.... Mon cher Julio, poursuivit Antonin , on daigne vous pardonner cette candeur à cause de votre jeune âge.

Puis ayant dit , il reprit la lettre et lut ce qui suit :

« Un grand danger menace notre amour, « Bénédict , et c'est pour cela que je vous « écris. Un autre est venu aujourd'hui et a « demandé ma main à mes parents. C'est cet « Alain que vous avez craint si souvent et que « pourtant je n'aime pas. Mon père m'a mon- « tré tant de joie et m'a prié avec une si inef- « fable tendresse, que je suis restée muette « et sans force contre une si chère et si res- « pectable volonté. Vous seul pouvez me rente dre le courage qui m'est si nécessaire et que « Dieu me refuse, lui que j'ai négligé pour

« vous ! Mais je connais mon père et son a amour inépuisable pour ses enfants. Venez, « Bénédict, venez! nous tomberons ensemble « à ses pieds, dans ses bras ; nous obtien- « drons de lui la révocation d'une décision « qui m'accable et sa bénédiction. Je vous « attends en toute confiance , et c'est bien « naturel, puisque je vous aime.

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