CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
diflcations des espèces vivantes et fossiles ; il acquerra l'idée juste de ce qu'est l'équilibre d'un organisme vivant, et comment il s'entretient au repos et dans l'action ; enfin, ses études de psychologie trouveront une base solide dans la connaissance de la structure et des fonctions des centres nerveux où s'engendrent les actes psychiques.
Ainsi, le jeune homme qui aura passé huit années sur les bancs du lycée en sortira non certes botaniste, géologue ou zoologiste, ce serait là une grande faute, mais ayant profité des sciences naturelles pour l'éducation générale de soa esprit et connaissant assez de faits pour être préparé, si sa vocation l'y pousse, aux professions spéciales.
Et celui qui quittera les classes après le second et même après le premier cycle emportera un ensemble organisé de notions fort élémentaires sans doute, mais cohérentes, et ne restera pas étranger aux choses de la nature.
L'individualité des divisions ou cycles n'a pas été, dans les autres matières, respectée aussi scrupuleusement que pour l'enseignement des sciences naturelles. Elle est parfaite pour le premier, mais le second et le troisième chevauchent l'un sur l'autre. J'aurais beaucoup à dire sous ce rapport sur l'histoire et les sciences physiques, beaucoup trop absorbantes à mon sens et beaucoup trop chargées de détails. Mais je dois me borner ici aux deux points qui ont soulevé devant le Conseil les plus importantes discussions.
J'étais de ceux qui avaient pensé qu'il conviendrait de ne commencer le latin qu'avec le second cycle et le grec qu'avec le troisième. Noua l'avons emporté sur le premier point, mais non sur le second ; et il a été décidé que le prec commencerait non plus en cinquième ni même en sixième, comme jadis, mais en quatrième. Il en résulte que les élèves très nombreux (près d'un tiers de l'effectif) qui sortent du lycée à l'âge de quatorze ans auront assez inutilement passé six heures par semaine pendant un an à l'étude du grec. Mais je m'en console vo- , lontiers ; ils en sauront assez pour lire les étymologies, et c'est à peu près tout ce qu'emportaient de mon temps même les bons élèves de collège.
Le point capital, c'était le recul jusqu'en sixièm9, jusqu'au second cycle, c'est-à-dire jusqu'à l'âge minimum de onze ans, de l'étude du latin.
La victoire a suivi une lutte énergique, où les opinions les plus diamétralement opposées sur le rôle et le but da l'enseignement secondaire ont été exposées avec conviction, autorité et souvent éloquence, devant le Conseil supérieur. La place manquerait pour la résumer ici. Mais je dois dire que la raison décisive, l'argument vainqueur, qui a désarmé jusqu'aux représentants les plus résolus et les plus écoutés de l'enseignement classique, a été tiré de considérations d'ordre social et politique.
On a fait valoir avec force la nécessité, dans un état démocratique, d'appeler au développement intellectuel fourni par l'enseignement secondaire, l'élite des enfants de nos écoles primaires. On a
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montré les pouvoirs publics ne reculant devant aucun sacrifice et augmentant chaque année dans une notable proportion le nombre des bourses.
Or, les enfants des écoles primaires ne peuvent concourir à ces bourses avant l'âge de dix à douze ana. Si la latin est déjà enseigné depuis deux ans aux collégiens de leur âge, comment pourront-ils marcher de plain-pied avec euxî Et comment admettre d'autre part qu'on les ramène en huitième, pour leur faire terminer leurs études deux ans plus tard que leurs camarades 1 Le recul du latin en sixième pouvait seul résoudre la difllculté et combler le fossé qui séparait jusque-là renseignement primaire de l'enseignement secondaire.
Et ainsi fut-il résolu.
On entend dire aujourd'hui, à propos des élections prochaines, que ces progrès considérables doivent être remis en question. Le latin commencerait, comme jadis, en huitième. On voudrait revenir sur les améliorations, cependant si modérées, j'oserai même dire si timides et si incomplètes, apportées à notre système d'enseignement secondaire. Les sciences seraient ramenées à la portion congrue; les thèmes battraient les versions; les vers et les discours latins reprendraient faveur. Kn un mot, un vent de réaction soufflerait dans l'Université.
Ce sont là les graves symptômes d'une maladie au pronostic fâcheux. La loi constitutive du Conseil supérieur a rendu l'Université maîtresse de ses destinées, Il est des gens qui le regrettent et qui sou-
tiennent «lue des éléments politiquoi, des repr^ sentants de la Nation devraient avoir leur place marquée, et peut-être nne influence prépondérante dans une assemblée où se discutent et se décident les plus chers intérêts de la Nation.
L'Université se chargera de prouver elle-même s'ils ont tort ou raison. Ses meilleurs amis, qui sont comme d'habitude, ceux, qui lui disent le plus rudement ce qu'ils pensent, sans souci de leurpopaiarité espèrent qn'elle montrera qu'elle est plus préoccupée des grands intérêts sociaux dont elle a la charge que de ses habitudes, de ses préférences et de ses préjugés.
(10 airil 1884.)