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MAISONS D'EDUCATION DE LA LEGION D*HONNEUR

semble probable qu'ils l'emporteront au prochain budget.

La création d'établissements dans lesquels seraient élevées, aux frais de l'État, les filles des décorés de la Légion d'honneur, était bien en rapport avec l'idée fondamentale de cette institution nouvelle. Napoléon caressait le rêve de la création d'une noblesse moderne; les grades delà Légion d'honneur devaient conférer des privilèges héréditaires. 11 espérait que cette < aristocratie du courage, du talent, de la vertu », comme on disait alors, serait fraternellementaccueillie par l'ancienne, qu'elles fusionneraient ensemble et que le nouveau Charlemagne serait ainsi entouré, servi et protégé par des teudes ayant le double prestige des services récemment rendus et des patronymies historiques.

Dans ces conditions, il fallait donner à ces jeunes filles une instruction et surtout une éducation qui les élevassent au niveau de leurs destinées. Ces futures épouses de gentilshommes ou d'ofQciers devaient être soigneusement préparées au rôle aristocratique qu'elles seraient appelées à remplir.

On sait que le nouveau Charlemagne n'a pas été plus heureux dans sa conception d'une noblesse moderne que le nouveau Constantin dans celle d'un clergé d'État. La Légion d'honneur est restée une distinction personnelle; les filles des légionnaires n'ont pas élé considérées comme hors de pair en raison de leur origine, et l'éducation mondaine de Saint-Denis a trop souvent donné des résultats tout

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à fait contraires aux espérances du fondateur de îj Légion d'honneur.

En dehors de ce rêve, l'institution des maisons i) la Légion d'honneur avait sa raison d*être jusqn^ ces dernières années. Malgré les abus qu'on a faiH de la décoration, il est juste dédire que les membre de la Légiou, surtout les militaires, ont rendu pot^ la plupart de grands services au pays, et il est 1 gitime qu'ils soient aidés dans leur famille comni ils sont récompensés dans leur personne.

Aussi, l'État accorde volontiers à leurs fils itî demi-bourses el des bourses dans ses collèges et aftj lycées. Mais, pour les lilles, il n'existait pas d'Ô blissements publics jusqu'à une époque tout^ récente. De là l'utilité Je ces institutions ; ce sontcE véritables lycées de filles, groupés tous les trois, i cela fort à tort, autour de Paris.

Mais la situation n'est plus la même aujnurd'haï Des lycées, des collèges, des écoles primaires i rieures, des écoles professionnelles sont ouverts au^j jeunes filles en nombre chaque jour croissant, Ceg établissements sont disséminés sur toute la surfaM de la France, et bientôt chaque département i

Alors, à quoi bon cette centralisation de 875 jeûnai filles, venues de tous les points de la France î QuaJ avantage y peut-on bien trouver ?

Donnez à un légionnaire père de famille, oflîciafï en activité de service ou surtout officier en retraite,! habitant Bordeaux, Montpellier, Greiio bie,

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donnez-lui à choisir entre Tun de ces deux partis à prendre : ou bien envoyer sa fille bien loin de chez lui, la perdre de vue pendant six ou sept années, sauf quelques semaines de vacances pendant lesquelles il n'aura que le temps de refaire connaissance avec elle, sans pouvoir influer sur son éducation et la formation de son esprit ; ou bien la garder près de lui, au foyer maternel, au moyen d'une bourse de famille, s'il a la bonne fortune de vivre dans une ville où soit établi un collège de TÉtat ; ou tout au moins ne l'envoyer qu'à quelques lieues de distance, avec communications faciles et conservation de cette influence morale dont il doit être jaloux, de ces relations fréquentes qui doivent lui être si chères. La réponse ne sera pas douteuse.

Je suis certain que si Ton consultait les légionnaires qui ont des filles à placer dans les maisons de la Légion d'honneur, et peut-être ceux-là mêmes dont les filles y sont déjà pensionnaires, la grande majorité dirait : Donnez-moi une bourse d'Etat et laissez-moi ma fille auprès de moi.

Je sais bien — et je m'en réjouis — que la plupart des collèges et lycées de filles n'ont pas d'internat en charge de l'État, Comment feront, m'a-t-on objecté, les légionnaires qui n'habiteront pas la ville où se trouve la maison d'éducation ? Mais comme font aujourd'hui les pères de famille non légionnaires. Des pensionnats laïques existent ou se fondent ; de respectables dames rassemblent autour d'elles de petits groupes de jeunes filles qu'elles logent et nourrissent» et auxquelles elles donnent

cette part de l'éducation qu'il me paraît bien difficile de donner au nom et sous la responsabilité de l'État; ou encore le père de famille confie son enfant à un parent, à un ami habitant la ville. Et tout ce monde d'élèves va suivre à titre d'externes les cours de l'établissement public.

Ainsi feront les fliles des légionnaires. Et ce ne sera pas un bénéfice moral et matériel k négliger que cet afflux d'un millier de jeunes fliles, bien élevées déjà, appartenant à de bonnes familles, dans nos lycées etcoUègesde l'État.

L'institution des maisons de la Légion d'honneur présente, en outre delà centralisation excessive, d'autres inconvénients.

Malgré les efforts de riliustre grand-chancelier Faidherbe, les anciennes habitudes aux trois quarts séculaires, ou, pour mieux dire, les anciens abus n'ont pas entièrement disparu. Peut-être même ne peuvent-ils disparaître, car ils sont le vestige de la conception primitive.

Tout d'abord, le prix de revient est, par élève, singulièrement élevé. Il est, tout compte fait, et pour l'ensemble des trois établissements, de 1,259 francs. Si .je compare ce prix à celui des bourses pour le collège d'Auxerre, par exemple, qui est de 000 francs pour les bourses d'internat et de 400 francs pour les bourses fauiilialos. je trouve une différence énorme. Un pourrait, au prix des établissemcnl.i de province, augmenter d'un tiers au moins le nombre

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des jeunes filles qui profitent ainsi des libéralités de TÉtat.

Une conséquence très fâcheuse de ce haut prix de la pension et aussi de runiformité nécessaire dans chaque établissement doit être ici signalée. Les nouvelles élèves ne sont plus admises quand elles ont passé Tâge de onze ans. Cela est fort bien imaginé pour diminuer le nombre des légionnaires qui demandent à placer -leurs filles dans les maisons de la Légion d'honneur. C'est, en effet, le plus souvent, après cet âge que le père de famille sent la nécessité de faire donner à son enfant une instruction plus complète. Souvent aussi les jeunes filles ont plus de onze ans quand le père quitte le service actif, et c'est à ce moment que le besoin d'avoir recours à l'État se fait pour lui sentir. Mais 11 est trop tard. Or, une bourse lui permettrait d'obtenir ce qu'on lui refuse aujourd'hui.

Mais le plus grave défaut des maisons de la Légion d'honneur, c'est leur organisation aristocratique. A Saint-Denis, dit le règlement (art. 7), sont reçues les filles d'officiers généraux et supérieurs et de capitaines ; à Écouen, les filles de lieutenants et souslieutenants ; aux Loges, celles de sous-offlciers et de soldats. On classe ainsi ces enfants de la manière la plus fâcheuse en trois catégories, en trois castes.

Puis, à chacune d'elles on donne une instruction différente. A Saint-Denis, la préparation au brevet supérieur ; à Écouen, le brevet simple ; aux Loges, l'enseignement professionnel. Il peut y avoir quelques exceptions, mais c'est la règle officielle. Quoi

ISS EDUCATION PUBLiyUE

de plus étrange et de plus faux ? Et quel effet dans notre société démocratique produit ce legs du

La suppression dans le délai d'un an des trois maisons de la Légion d'honneur, comme le démandait M. Audiffred, m'a paru présenter des inconvénients. Beaucoup de parents préféreraient sans doute que les habitudes actuelles ne fussent pas aussi brusquement transformées. On a parlé à ce propos d' * orphelinat», et l'on a exagéré beaucoup la portée de cet argument; mais enfin il y a deux cents orphelines sur huit cent soixante-quinze élèves, et il pourrait être embarrassant de savoir qu'en faire.

J'ai mieux aimé demander le transfert au ministère de l'instruction publique. En théorie, la mesure est excellente, car tout ce qui est enseignement général et sans attache professionnelle doit ressortir à ce ministère. En pratique, le ministre de TinstructioE publique peut seul tenir compte de toutes les difficultés, s'entendre avec les parents pour la transformation de la pension en bourse, fusionner progreslivement les trois établissements de plus en plus réduits.

En faisant ce que j'ai proposé, ou mettrait fin à des catégorisations fâcheuses, en même temps qu'on donnerait satisfaction à un bien plus grand nombre d'intérêts.

(17 Décembre 1884.)

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