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Il en serait tout autrement si les grandes écoles d'application se recrutaient librement, admettant jusqu'à rage de vingt-cinq à trente ans des jeunes gens auxquels elles demanderaient deux choses: certains diplômes et un examen d'entrée. Élèves sans nombre fixe, parmi les premiers desquels, aux concours de sortie, l'État choisirait ses propres fonctionnaires. Élèves que leurs origines diverses protégeraient contre Tinfatuation corporative, et chez qui deux années d'études communes développeraient une utile émulation, sans qu'on eût à craindre la camaraderie exclusive, la congrégation laïque.
Ainsi le choix de la profession ne se ferait plus à seize ans, mais après la sortie du collège, aux débuts de la vie libre, alors que s'éveillent les vraies vocations.
Alors nos Facultés des sciences, que quelques additions de chaires techniques mettraient en situation de jouer ce nouveau rôle, se peupleraient de jeunes hommes désireux d'apprendre, assidus au travail, très divers d'aptitudes, d'espérances et de destinées, les uns se préparant au professorat, d'autres aux écoles supérieures, donnant la variété et la vie à un enseignement jusqu'à ce jour trop exclusivement théorique et universitaire. De là un grand et puissant mouvement d'esprit dans la Nation.
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La place me manque pour développer ces idées et aussi pour indiquer les objections. On fera beaucoup valoir les traditions et la volonté de la Convention. La Convention a eu raison de vouloir l'unité de pré^
RECRUTEMENT ET ECOLE POLYTECHNIQUE 3l3
paration et d'origine en 1793, et l'on peut avoir raison en 1884 de vouloir la spécialité. Toutes les conditions sociales, et au premier rang les instruments d'éducation publique, ont changé depuis ce temps. D'ailleurs, je ne serais pas éloigné de dire que, lorsqu'on crée une institution, il faudrait placer dans ses fondations une torpille, avec une mèche destinée à la faire sauter au bout de cinquante ans ; sans quoi, les intérêts se coalisent, la vieille masure reste debout et nul n'ose y toucher. Car peu d'hommes ont repris la fière devise de Voltaire : « J'aime « passionnément à dire des vérités que d'autres < n'osent pas dire et à remplir des devoirs que « d'autres n'osent pas remplir. >
(26;Mml884.)