‹ A la baie d'Hudson ou Récit de la première visite pastorale de Mgr. N. Z. Lorrain [microforme]Chapitre 6 sur 41 · LAC DES QUINZE, 17 JUIN · texte numérisé non relu

LAC DES QUINZE, 17 JUIN

Mon cher ami,

4 Il est 6 heures du matin. Pendant que notre cuisinier Ë tait rôtir la grillade, qu'Okouchin gomme le canot, que les i autres hommes portagent le reste du bagage, que le soleil réjouit la solitude, que les oiseaux chantent au-dessus de ma tête et que le rapide murmure à mes pieds, assis sur un caillou, je prends ma plume et je vous écris.

Dimanche, 15 juin, à 2 h.p.m. le Mattawan de M. Latour, ; par un dernier coup de sifflet, donnait le signal du départ, î et nous montions à bord au milieu des vœux des RR. Pères, de MM. Rankin et Farr, l’un chief factor et l’autre bourgvois

de l'honorable compagnie, enfin de toute la population réunie sur le rivage,

Au fur et à mesure que vous avancez sur le lac, les côtes s'éloignent, les montagnes s’affaissent, l'œil mesure huit milles d’une rive à l’autre. A la Téte du lac, une vingtaine de familles, sauvages, métisses, anglaises, canadiennes, ont élevé leurs demeures et commencé des défrichements: ce qui donne à l'endroit un petit air de civilisation.

‘“ La civilisa-

tion, la civilisation! qu'est-ce que la civilisation ?” disait un sauvage d’Abbitibi, qui n'était jamais sorti de ses bois épais. Un sauvage de Témiscamingue, fier des progrès de son pays, lui répondit : “ c’est quelque chose comme la Tête du Lac, où l'on voit tant de maisons qu'on ne sait plus comment marcher, ni se comporter.”

À l'embouchure de l'Ottawa, sur un petit promontoire, chez M. McBride, un des plus anciens résidents de l'endroit, tout le peuple des environs, 75 personnes, hommes, femmes et enfants, s’est réuni pour rencontrer Sa Grandeur. Le chemin est balisé du rivage à la maison, un autel a été dressé dans l'appartement principal ; mais il est impossible à Monseigneur de s’y arrèter pour dire la messe le lehdemain, par la raison qu'il veut profiter jusqu’au bout du bateau, qui doit retourner le soir même ; une autre raison encore plus forte, c'est que notre chapelle est rendue à Abbitibi. Presque tous comprennent l'anglais ; Monseigneur leur dit : “ Je suis heureux de voir que vous travaillez à vous créer des chez vous libres et indépendants; avec de la constance et les avantages d’un aussi beau pays, vous réussirez. Mais en travaillant pour le Aome de la terre, n'oubliez pas le home éternel, celui du ciel. Le travail est une source de mérites. Faites-vous une habitude chaque matin d'offrir votre journée à Dieu et de sanctifier vos labeurs par la prière.”

Le bateau nous conduit au pied du premier rapide des Quinze. Nous dimes adieu à M. Latour ; il nous répondit aurevoir. “ Si la chose est possible, dit-il, à votre retour de la baie d'Hudson, je viendrai vous reprendre ici.” La tente est dressée sur la mousse, au pied de la chute écumante, auprès d'une petite nappe d’eau encadrée de verdure. Okouchin, la gomme d’épinette dans une main, un tison enflammé dans l’autre, visite les coutures du bâtiment d’écorce, tiré et renversé sur le rivage ; Monseigneur, assis au pied d'un arbre, récite son bréviaire. La scène parut si belle au Père Paradis, qu'il prit son crayon et la reproduisit sur son cahier, Le Père est un artiste bien connu. Nous rapporterons avec nous les points de vue les plus pittoresques, que la route offrira à notre adiniration. Cette fois-ci, la copie du

paysage est d'une ressemblance parfaite ; le Père n’a oublié d'y peindre qu’une chose, les maringouins.

C'est ici un vaste pays de colonisation, renfermant nonseulement quelques cantons de bonne terre, mais toute une province, tout un royaume. Ordinairement le touriste qui remonte l’Ottawa, voyageant de Pembroke à la Mattawan, entre des masses de granit, de gneiss de formation laurentienne ou huronienne, s'imagine qu'il ne doit y avoir au delà qu'une succession non interrompue de montagnes bouleversées et de rochers dénudés jusqu'au pôle nord. En admirant les points de vue de Témiscamingue, dignes des Alpes et de la Suisse, il ne soupçonne pas qu'à un mille du rivage, quelquefois à cinq arpents, il se trouve un sol uni, aussi ivitile, aussi facile aux travaux de la culture que celui des environs de Montréal.

Depuis le lac des Sept lieues, quise trouve au pied du Long Sault, jusqu'au Pémikan sur le lac Témiscamingue, à cinq milles du rivage, s'étend, du nord-est au sud-ouest, une large lisière de pays, plane, couverte de bois franc, dont le fond est composé tantôt de marne, tantôt de glaise. La rivière de Montréal, le plus grand tributaire du Témiscamingue, qui vient se jeter dans le lac, douze milles plus bas que la mission, sur un parcours de 120 milles, offre en plus d’un endroit, des rivages qui sont loin d’être rebelles au soc de la charrue et aux efforts du laboureur. Le pays, entre la rivière de Montréal et la rivière Blanche, ne présente plus cette monotonie uniforme de roches cristallines, que le voyageur d’abord croirait être la nature générale de la contrée ; les rangées de collines deviennent plus déterminées, les vallées plus larges, et plusieurs d’entre elles ont un fond de glaise cultivable,

Mais l’Eden du Témiscamingue se trouve à la tête du lac; les rives n'ont pas trente pieds de hauteur et la vue ne découvre, au loin et au large, aucune montagne dans l’intérieur. La plaine de glaise, couverte d’érables, de chênes, de noyers et d’ormes, que traverse la rivière Blanche, a plus de 600 milles carrés; elle peut renfermer au moins douze townships de 32,000 acres chacun. Les marais que forment à leur embouchure les sédiments charroyés par la Blanche

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et la Loutre, produisent un foin de qualité supérieure. Si le P. Paradis parvient à baisser le niveau du lac, il surgira en cet endroit du fond des eaux plusieurs cantons qui égaleront, pour la beauté de leurs prairies, les paroisses de Maskinongé et de la Rivière-du-Loup.

La rive est du lac, pour des centaines et des centaines de milles, offre les mêmes avantages à l’agriculture ; £’est là que se trouvent les townships Gruigues et Duhamel, qui sont déjà arpentés. Les obstacles qui s’oppesent à la colonisation immédiate de ce beau pays sont l'éloignement, la difficulté de communications, et surtont les préjugés qui présentent une barrière plus infranchissable que la plus haute chaine de montagnes.

Mais, me direz-vous,le climat n'est-il pas trop rigoureux ? I faut bien remarquer que nous sommes ici plus au sud que le lac Saint-Jean, et qu’en avançant vers l’ouest, la température s’adoucit toujours de plus en plus; le printemps à Témiscamingue commence aussi tôt qu'à Trois-Rivières, et l’antomne finit aussi tard. Du reste l'expérience est toute faite; depuis plus de quinze ans, il y a une vingtr'ne de fermes autour du lac, les Pères ont en cuiture une centine d’acres, et jamais on ne s’est plaint que la gelée ait fait dommage au blé ni aux autres céréales, quand ils sont semés en saison convenable.

Quant au marché, il est plns sûr et mieux payant que celui de Montréal. Les chantiers ne peuvent qu'augmenter sur le lac Témiscamingue et sur les nombreuses rivières qui y portent lears eaux ; les bourgeois préféreront toujours acheter les provisions à leur porte, plutôt que de les faire venir, à grands frais, de Toronto ou d'Ottawa. L'année dernière, le blé se vendait $2.50 le minot, l'avoine $1.00, les patates #1.00 la poche, et le foin $35,09 la tonne. Si jamais dans un avenir éloigné, les chantiers viennent à faire défaut, les colons seront assez nombreux, alors, que le commerce depuis longtemps, aura en intérêt d’y bâtir des chemins de fer, et Témiscamingue aura ses débouchés faciles sur les grands marchés cosmopolites.

Lundi, nous partons de bonne heure, car il s'agit de faire une rude journée : c’est la plus laborieuse du voyage. Le

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Rapide des Quinze peut avoir quatorze milles de long ; quinze fois il nous faut débarquer, décharger sur la grève, porter à bras bagage et canot, puis rembarquer pour aller débarquer de nouveau quelquefois seulement à cinq arpents plus loin, Le plus long de ces portages peut avoir un mille, d'autr:s n’ont guère qu'une centaine de verges. En certains endroits, où le courant le permet, nos hommes, dans leur galanterie sauvage, ne veulent pas nous laisser mettre pied à terre; nous restons tranquillement assis sur nos sièges, et ils nous remorquent à la cordelle au milieu des bouillons. Nous voyageons, comme autrefois la déesse C'ybèle sur son char attelé des six dauphins.

Savez-vous ce que c’est que monter à la cordelle? Nos hommes s’attellent, les uns à la suite des autres, à une longue corde et ils courent sur les grèves, santent de cailloux en cailloux, grimpent par dessus les arbres renversés, passent à travers les broussailles, pendant que deux de leurs compagnons, restés dans l’esquif, avec leurs avirons ou de longues perches, le tiennent droit au milieu du courant et l'empêéchent de se heurter contre les pierres aiguës. Dix fois par jour, ces pauvres gens sont obligés de se jeter à l’eau, quelquefois jusqu’à la ceinture, mais ils n’en font aucun cas ; pourvu que le soir ils aient un bon feu pour faire sècher leurs habits, et une bonne tasse de thé pour donner du ton à leurs nerfs, c'est tout ce qu’ils demandent.

Désirez-vous connaître le nom de ces différents rapides ? voici les principaux : le Pied des Quinze.—Le Rapide de l Aou ette.—Le Kanitawakemanjamong, c'est-à-dire “ l'endroit où il y a un chemin sur les deux côtes.” Pendant que nos hommes préparent le déjeuner, nous allons voir et admirer une belle chute qui tombe de la hauteur d'une quarantaine de jivds, — Le Rapide de l'ile; une petite ile de verdure, longue de cinq arpents, située entre deux courants impétueux qui dévorent ses rivages, ressemble à un grand canot que l'on remorque à la cordelle avec difficulté.—Le Ainebie, “la couleuvre ”— L'Akouanikijikidpi, “le courant ombragé de cèdres,” parce que nombre de cèdres, s’inclinant du rivage, couvrent les eaux de leur ombrage odorant, et même y font boire l'extrémité de leurs branches.—Le Æekek, “ l'épervier,"” où nous sautons

par un portage impossible, à travers les cailloux et les embarras, dans un petit lac en dehors du lit de l'Ottawa,dans lequel nous revenons par un second portage plus impossible encore : ce lac, emprisonné entre de hautes murailles de gneiss, tire son nom d'uu épervier qui y avait bâti son nid, à plusieurs centaines de pieds du sol, dans l’anfractuosité d’un rocher; dans ces dernières années, un corbeau conquérant l’a délogé de ses pénates, et, comme un second Bismarck, il jouit en paix du fruit de ses conquêtes.— Le Æaokikensajemok, “le chemin qui tourne dans les cyprès; en effet, on commence à rencontrer ici des bois de cyprès, si rares dans le bas de l'Ottawa et si communs à la hauteur des terres; et notre : canot, qui voyageait depuis le matin vers le nord-est, se trouve à prendre tout-à-coup sa direction vers le nord.— Les ÆErables, portage qui se fait à travers une belle forêt de merisiers et d'érables ; pour ceux qui viennent de la baie d'Hudson, ces belles essences, en aussi grande quantité et en aussi bonne qualité, sont un spectacle nouveau.—Enfin la Téte des Quinze, et vous arrivez à un beau lac, celui sur les rives duquel je vous écris en ce moment, long de plus de

quarante milles, dont les eaux sont presque de niveau avec celles de Ja hauteur des terres, du moins en cette partie du j |

pays.

Ni les Quinze apportent des fatigues corporelles, en re- |

vanche ils ont, pour le regard et l'esprit, des agréments | toujours renouvelés. Les expressions dont s'est servi M. le juge Routhier pour dépeindre les rapides du Saguenay convien- | nent très bien à ceux de l'Ottawa. “Tantôt,c'est un fleuve qui : court comme un torrent, une énorme masse d'eau qui se | précipite, qui bondit, qui se cabre comme un coursier, qui | tombe en mugissant dans des caves profondes, et qui rejaillit | en gerbes d'écume; tantôt ce sont des courants qui se dé- | chainent, qui se rencontrent, qui se combattent, et les ondes Ï qu'ils charrient se resserrent, s'écrasent, tournent sur ellesmêmes et décrivent des spirales qui attirent comme ces Î gorges sans fond tous les objets passant à la surface ; tantôt ; ce sont des ondulations inégales et pleines d'aspérités, des | crêtes superbes couronnées d’aigrettes blanches, des lames | éperdues se brisant en des millions de gouttelettes qui rejail- |

lissent comme des étincelles : ondes violentes, livrées à tous les caprices de la fureur, bondissant de rochers en rochers comme des bacchantes en furie. Puis la rivière élargit son lit, recueille ses eaux et s'étend paisible entre des bords charmants, pour recommencer un peu plus loin sa course vagabonde et tumultueuse.”

Le lac des Quinze descend dans le lac Témiscamingue par une suite de gradins ; à chaque degré il se repose, forme des étangs paisibles, se divise en mille chenaux divers, fait paresseusement le tour d'iles aux figures les plus fantastiques, se perd dans les baïes profondes, s'endort sous l'ombre des feuillages ; enfin. il se décide à faire un autre saut et à descendre une nouvelle marche de pierre, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il soit arrivé, tout blanc d'écume, au bas de ce vaste amphithéâtre, dont la longueur est de cinq lieues et la hauteur de deux cent cinquante pieds.

Nous ne pouvions nous lasser d'admirer la patience et l'habileté de nos sauvages. Trois d'entre eux, après avoir fait avec leur capot une espèce de coussin qu'ils placent sur leur cou, renversent le canot et le chargent sur leurs épaules; l'embarcation pèse près de cinq cents livres. Deux marchent enavant, un en arrière. Ilss'avancent à travers les arbres, quelquefois dans un chemin étroit, rempli de cailloux et de précipices, montant, descendant, un vrai sentier de chèvre; nous avions peine, avec notre charge comparativement légère, à y transporter nos personnes. Les autres s’attellent au bagage ; ils s'appuient sur le front une large bande en cuir qu'ils appellent leur collier, et, à l'autre extrémité, ils attachent une grosse caisse qu'ils se renvoient sur les reins ; ils jettent sur la caisse un paquet, puis un autre, puis un autre, et, ainsi chargés comme de vrais mulets, ils s'élancent à travers les difficultés du portage, Notre bagage est trop considérable pour qu'ils puissent le porter tout entier d un seul coup, et, à chaque rapide, ils sont obligés de faire un second voyage, Cependant vous les voyez toujours gais, contents, de bonne humeur ; vous n’entendez pas un seul juron, pas un seul mot déplacé. Hélas !il serait à souhaiter que, sous ce rapport, plus d'un blanc de nos grandes villes fût sauvage !

Au portage de la Ainebic, une famille sauvage nous rejoi-

gnit ; ils étaient huit de leur bande, le père, la mère et six enfants. L’'aînée est une fille qui peut avoir dix-huit ans; le bébé, fortement lacé dans son maillot et attaché sur une planche, est âgé de deux ans. Ils ont bonne figure sans toutefois être jolis, ils sont gros et gras. Leur habillement est décent et bien convenable. An fort d'où ils viennent, quatre se sont acheté des chapeaux de paille, dont ils paraissent tout fiers; celui de la grande fille est plns coquet et de diverses couleurs, sans doute parce qu'elle est d'âge à avoir des cavaliers; le père n'a qu'un mouchoir autour de la tête ; deux des enfants n'ont pas de couvre-chef, en revanche leur nuque est hérissée d’une forêt de cheveux, dignes d’un Absalon.

“Nitchi, mon ami, quel est ton nom ?-—Pon Kanijite (Paul Lesecond).--Celui de ta femme ?—Manianne Okikowe (Marianne la femme au Cyprès)—Toi, la fille au beau chapeau ?— Cécine (Cécile).— Et toi ?— Madaneine (Madeleine ).— Et toi ?—Pien ( Pierre }—ÆEt toi ?—Mani Esten (Marie Esther) — Et toi ? — Cathenine (Catherine ).— Et lui, le bébé ? — Mathias.” Il faut savoir que les Algonquins manquent des lettres /,r,fets dans leur alphabet, voilà pourquoi leur prononciation estropie ainsi les saints et leur nom.

“Où demeurez-vous ?—Au grand Lac, à trois cents milles d'ici.—D'où venez-vous ?—-De Témiscamingue.—Pourquoi ? — Pour voir aiumie-ganawabite “le gardien de la prière,” Qui n'admirerait cette foi, qui transporte réellement les montagnes ? En effet, que de montagnes à traverser, que de fatigues à supporter pour venir voir, le temps d'une messe, leur premier pasteur, et recevoir sa bénédiction! En vérité voyons-nous autant de foi en Isrnëél, chez les peuples chrétiens depuis des siècles ? Monseigneur leur dit de bonnes paroles, il leur donna à chacun une médaille : cinq minutes après, ils les avaient tous suspendues au cou. De plus il leur distribua quelques petites donceurs que nous avions dans nos sacs,et eux de dire à plusieurs reprises : migiwelc, migwele, merci, merci,

Je donnai au père trois cigares. De suite il en passa nn gracieusement à sa chère moitié, Avant d'être chrétien, l'aurait-il fait ? je ne le crois pas, les femmes étaient tenues en

on

trop grand mépris,et l’'égoisme naturel lui aurait dit de les garder tons trois pour lui-même. Je demandai aux denx grandes filles et au jeune gars de dix ans: “ Fumez-vous ? £hn, el, répondirent-ils, oui, oui.” Je présentai à chacun un fefebikinikasote nassema, “un tabac roulé,” comme ils s'expriment, et tous se mirent à goûter avec délices les douceurs de la fumée délectable,

Ils ne voulurent pas rester avec nous en dette de reconnaissance, Ils nous suivirent cinq ou six portages ; toute la famille s’attelait au bagage, portant qui un coffre, qui un lit, qui un porte-manteau ; puis, marchant en canards, l’un derrière l’autre, ils s'engageaient dans le sentier; l'enfant de six ans fermait la marche, ayant sur le dos la planche et, dessus attaché, son petit frère,

Ces pauv-:. gens n'ont pour toute fortune qu'un canot, une tente, une chaudière, un fusil, des lignes, et quelques casseaux de bouleau ; cependant, ils ont l’air réjoui, ils paraissent les plus heureux des mortels. Ils ne changeraient certainement pas leur sort pour les honneurs et les inquiétudes de nos premiers hommes d'État. Leur fusil abat le gibier des forêts, leur ligne tire le poisson du lac, et celui qui nourrit les oiseaux de l'air ne les laisse pas mourir de faim.

Nous avons passé la nuit à la tête des Erables. Nous venons de faire ce matin le dernier portage des Quinze, et, dans un quart d'heure, nous naviguerons à grands coups d'aviron sur le lac qui porte le même nom. Adieu! Je vous écrirai d'Abbitibi.

Le lac des Quinze, Un messager de paix. La plusseptentrionale des fermes. Belles apparences agricoles Le Nord, boulevord de la race française en Amérique, — Averses sur le lac Barrière. Une course à l'orignal.— Charmes de la rivière Ennuyante.—Chants pieux.—Le lac Long et le royaume du tremble.-Le lac des Vases et le versant qui incline vers la Baie d'Hudson.—-La rivière Serpent. — La hauteur des Terres et ses “eaux suspendues."— Les montagnes de la Balancoire.=La rivière Abbitibi Le lac Akotegami et l'ile aux Iroquois.—Le portage de Ja danse et une route royale,

ABBITIRI, 20 JUIN 1884.

Mon cher ami,

Nous sommes ici, depuis hier soir, les hôtes de M. Henderson, bourgeois du Fort: ila mis sa maison et sa table à la disposition de l’évêque et de sa suite, avec cette politesse de grand seigneur, qui est de tradition chez les officiers de la compagnie de la baie d'Hudson.

Mardi, le 17, à 8 heures a, m., laissant l'Ottawa sur notre droite, nous entrions dans une baie du lac des Quinze, qui peut avoir quatre lieues de long sur deux de large, avec des rivages à fleur d'eau, un vrai miroir encadré d'azur.

Tout à coup nous apercevons en arrière trois canots, qui nous poursuivent à bride abattue ; nous nous arrétons. Cest Amable Jiwim, “la mouche” avec sa famille. Il ÿ à une quinzaine d'années,il a tué deux hommes, dont l’un était son frère. Aujourd'hui il ne montre pas autant d'audace, c’est à peine s'il peut parler, Il est tout interdit ; sa femme est chligée de lui dire : * Mets-toi donc à genoux... fais le signe ie a croix...dis done oni...dis ton nom.” Monseigneur leur

sibua des objets de piété et les cha rgea de dire aux

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