‹ A la bonne franquetteChapitre 1 sur 15 · POESIES · texte numérisé non relu

POESIES

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'I\>us droits réserves.

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ALPHONSE LEMERRK, BDIIHUR

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Vingt-cinq Ballades

kA François Coppée.

Dïs Muses, sur le mont Hymette, Je ne fus jamais nourrisson; Pour Jeanne, Lise ou Cuîllemette Je chante clair comme pinson, Et tout franc, voilà ma façon!

Si je marque une préférence, C'est pour la fillette au cresson.

Je suis un oisillon de France.

Le berger des troupeaux d'Adméte Ne m'aura pas pour échanson.

Il me suffit qu'on me permette De voleter au vert buisson;

J'annonce de loin la moisson,

Je parle aux humbles d'espérance.

Naïf, à peine polisson.

Je suis un oisillon de France.

Mon cœur flambe comme allumette Pour qui veut me prendre à rançon.

C'est la plus charmante flammette.

J'ai, sur l'arbre de Robinson, Dégoisé plus d'une chanson.

Ma foi, vive l'intempérance.

Le vin clairet, le saucisson!

Je suis un oisillon de France

ENVOI

Prince, écoutez un bon garçon.

Très goûté d'Anatole France, Et retenez bien ma leçon :

Je suis un oisillon de France.

BIEN qu'aujourd'hui Rose Ait un chapeau bleu, Ce temps est morose Comme un vieil Hébreu.

Le fesse-mathieu Qui toujours tracasse, Jacasse, fricasse!

Rions donc un peu !

Mon Dieu, que de prose!

Que d'eau, sàcrebleu !

Chlorose ou névrosé.

Et pas de milieu.

Comme Richelieu On a Germain Casse.

En fait de Boccace...

Rions donc un peu!

A LA BONNE FRANQUETTE y

En bas de la Croze, Sous mon Ambérieu, J'ai vu le ciel rose Et la plaine en feu.

Ici, mon neveu.

Chacun avocasse En vrai Madécasse.

Rions donc un peu!

ENVOI

La vie est cocasse; Pauvre, pauvre jeu!

Et Rose est bécasse.

Rions donc un peu!

SUR la littérature Il souffle un mauvais vent.

Tous les gens d'écriture Ont la tête à l'évent.

Moi, comme en son couvent Un cordelier modeste, Je rêvasse en buvant.

Je me fiche du reste.

Près d'une créature, Dès le soleil levant.

Manger une friture Sous un petit auvent, N'est-ce pas émouvant ?

Si j'ai la jambe leste.

Je suis assez savant.

Je me fiche du reste.

L'ambition torture.

L'amour est décevant.

Par bonheur la nature Est toujours là, rêvant, Et je suis son fervent.

Ses yeux d'un bleu céleste M'ont ébloui souvent.

Je me fiche du reste.

ENVOI

Prince de Bénévent, Ce monde est une peste.

Bah I je suis bon vivant.

Je me fiche du reste.

AU long des sentiers fleuris, Avec ma petite muse, J'aime aller loin de Paris Essayer ma cornemuse.

Je paresse, flâne et muse, Bavardant, philosophant, La moindre chose m'amuse.

Le poète est un enfant.

Que vaudrait aux colibris D'avoir la science infuse?

Nul besoin, pour être gris, De vieux vin de Syracuse.

Si l'on veut que j'arquebuse Ou sonne de l'olifant.

Non, messieurs; je me récuse.

Le poète est un enfant.

Mais quel est ce malappris?

Ce monstre à face camuse, Qui me lorgne avec mépris ?

Le monde? — Ah bah ! Je l'excuse.

J'aime à voir ses yeux de buse, Ses larges pieds d'éléphant; Je ris de sa grosse ruse.

Le poète est un enfant.

ENVOI

Prince, si je ne m'abuse, Béhémoth est triomphant.

Allons quand même à Vaucluse.

Le poète est un enfant.

lO A LA BONNE FRANQUETTE

QUAND je me trouvai tout à coup, L'autre soir, en face de Rose, Je ne fus pas ému beaucoup.

Et pourtant cette bouche rose...

Ne rien dire eût été morose, Ne rien tenter, le fait d'un loup.

Que demandai-je? — Oh ! pas grand'chose.

Une fleurette, et voilà tout!

Hélas! je n'ai pas grand bagout; Je suis modeste... un peu pour cause.

Philosopher n'est pas mon goût.

Je n'entends rien au grandiose.

Quand je veux aller à Formose, Toujours je m'arrête à Saint-Cloud.

Que me faut-il ? — A peine éclose Une fleurette, et voilà tout !

Je ne serai pas marabout, Je ne verrai pas le Potose.

Ma petite veine est à bout; Il me faudrait écrire en prose, Et c'est réservé, je suppose, Aux héritiers d'Edmond About.

Toucher au laurier ? — Non, je n'ose.

Une fleurette, et voilà tout!

ENVOI

Je renonce à l'apothéose.

Mais qu'on me donne, au soleil d'août, Pourvu qu'un papillon s'y pose, Une fleurette, et voilà tout !

IL a vraiment bien prêché, Le bon père Malebranche, Et j'en ai le cœur touché.

Arrive ça, ma pervenche, Et réponds, surtout sois franche.

Dis,- veux-tu qu'à Montfermeil Nous allions faire, dimanche.

Un déjeuner de soleil ?

C'est toi mon joli péché.

Ma défaite et ma revanche.

Tu vois en moi, tout craché.

Don Quichotte de la Manche.

Que de bon pain sûr la planche!

Dors : sur ton léger sommeil Mon léger désir se penche, Un déjeuner de soleil !*

Hélas ! j'en suis bien fâché,

Un beau jour tout se démanche.

L'amour vite effarouché

Fuit aux bois et s'y retranche.

Amis, gare à l'avalanche!

La jeunesse, à son éveil.

N'est que l'oiseau sur la branche,

Un déjeuner de soleil.

ENVOI

Qu'est-ce donc ta gorge blanche, Princesse au corps nompareil.

Et tes cheveux sur la hanche ?

Un déjeuner de soleil.

PARMI les faux semblants, Dans la mêlée humaine, Je m'en vais, bras ballants, Où l'amour me promène.

Parfois fou de Germaine Et quelquefois un peu Féru de Philomène; A la grâce de Dieu !

Quand je vois les bas blancs D'une fillette amène.

Il me vient des élans D'ardent catéchumène.

Et, toute une semaine, Je m'amuse à ce jeu.

Bizarre phénomène!

A la grâce de Dieul

A LA BONNE FRANQUETTE If

Qu'on se batte les flancs Pour conquérir Chimène, Tû tes us excellents, O poularde du Maine, Ma cousine germaine.

Un pré sous le ciel bleu, Voilà mon vrai domaine.

A la grâce de Dieu !

ENVOI

Toi, grande Melpomène, Ecoute cet aveu .

J'ai l'âme peu romaine.

A la grâce de Dieu !

l6 A LA BONNE FRANQUETTE

vm

Qu I rend l'âme franche Et le cœur content ?

Sur la verte branche Qui va voletant, Sautelant, chantant Toute la nuitée ?

N'est-ce pas pourtant L'oiselle enchantée?

Sur la plaine blanche, Au ciel éclatant, La lune se penche; On la voit flottant Du bois à l'étang.

Le bel Aristée Rêve en écoutant L'oiselle enchantée.

Crincrins du dimanche, Vite, on vous attend :

Voici la Revanche.

Gai! Tambour battant!

Plus un impotent, Plus une édentée, Sitôt qu'on entend L'oiselle enchantée.

ENVOI

Vous que j'aime tant, Princesse futée, L'aurai-je un instant..

L'oiselle enchantée ?

l8 A LA BONNE FRANQUETTE

UNE rose à son bavolet, Quelques lilas emmi la tresse, La dame du Rossignolet Vient d'arriver à Bourg-en-Bresse, Ht soudain, sans qu'il y paraisse, Tout fleurit. 11 n'est cœur si las Qui ne se rouvre à la tendresse.

Vive la Rose et le Lilas!

« Dame, écoutez votre valet.

Souffrez un peu qu'on vous caresse, »

Dit Gaspard, le beau marjolet, A Marion qui se redresse.

Et Lise n'est plus si tigresse.

Elle a vu le grand Nicolas; Son air de langueur l'intéresse.

Vive la Rose et le Lilas!

Jeannot qui s'en allait seulet, Tout pleurant, le cœur en détresse, Joue aujourd'hui du flageolet En l'honneur de l'enchanteresse.

Diantre ! C'est l'heure d'allégresse.

Voici le moment des galas Et des propos de haute graisse; Vive la Rose et le Lilas!

ENVOI

Qu'on m'aille quérir ma maîtresse; Et pas besoin de falbalas.

Dites-lui surtout que ça presse.

Vive la Rose et le Lilas!

IL est venu pour me voir Trois messieurs du ministère.

Ils auraient voulu savoir...

Mais chut, chut! Motus! Mystère!

Dieu merci, je sais me taire.

Je leur dis d'un ton poli :

« Que vous êtes terre à terre!

Allons vite au bois joli ! »

On ne saurait tout avoir Et j'ai peu de caractère.

Il n'est pas en mon pouvoir D'être un monsieur trop austère.

Lorsque sur un commentaire On a longuement pâli.

Ça ne vaut pas un clystère.

Allons vite au bois joli !

Du moindre bateau-lavoir Je ne suis commanditaire.

Je bois au vieil abreuvoir.

Ah ! pauvre célibataire!

Mes amis, mon inventaire Sera bientôt établi :

Trois chapeaux à la patère.

Allons vite au bois joli !

ENVOI

Qu'en dit monsieur de Voltaire ?

Moi, je me sens démoli.

Tant jacasser vous altère; Allons vite au bois joli?

LA douce nuit vient d'étendre Sur les bois son bleu manteau.

Ma jolie, allons entendre, Assis au pied du coteau, Les rossignols du château.

Vois donc : La lune se lève; Nous nous aimerons tantôt.

Embarquons-nous pour le rêve.

Notre jeunesse, à tout prendre, Ressemble à ce vin nouveau Dont nul ne se peut défendre, Tant il vous monte au cerveau.

Et nous buvons au cuveau.

Mais la fête un jour s'achève; 11 faut pleurer comme un veau.

Embarquons-nous pour le rêve.

Qu'elles étaient d'un vert tendre,

Les feuilles de l'arbrisseau !

Qu'il faisait bon voir descendre

Le joli petit vaisseau!

La vie est comme un ruisseau,

Si limoneuse et si brève I

La tombe touche au berceau.

Embarquons-nous pour le rêve.

ENVOI

Aussi frêle qu'un roseau, Près d'Adam, notre mère Eve File encor son blanc fuseau.

Embarquons-nous pour le rêve.

LE soleil a secoué Ses beaux cheveux sur le monde, Et voici, Dieu soit loué I Toute fraîche, rose et blonde.

Ma gentille Rosemonde.

Ainsi qu'un manteau de cour Sa chevelure l'inonde.

Entrons au jardin d'amour !

J'aime son air enjoué, Sa perversité profonde.

Oui, j'en suis tout engoué.

Moi, moi, l'énorme Burgonde A la face rubiconde.

— Mon petit, bonjour, bonjour, C'est l'instant, c'est la seconde.

Entrons au jardin d'amour I

Je t'en prie, assez joué, Chère belle, ou bien... je gronde.

Mon cœur est si peu roué !

Si Ton veut que je réponde, 11 faut bien qu'on me seconde.

Entends battre le tambour.

Là-bas, là-bas, vers Golconde.

Entrons au jardin d*amour !

ENVOI

Princesse de Trébizonde, Trois saluts, un petit tour.

Entrons vite dans la ronde, Entrons au jardin d'amour!

PAUVRE homme champêtre, Au bord du Lignon, J'ai trop mené paître Mon troupeau mignon.

Jésus! Quel guignon!

Ma petite Hélène M'a fait plus d'un gnon.

Baise-moi, vilaine I

Si j'ai pu paraître Un peu... Collignon, Mon cœur n'est pas traître, A peine grognon.

Mon gentil trognon, J'ai la bouche pleine Quand je dis ton nom.

Baise-moi, vilaine I

Demain je suis maître D'un joli pognon.

Nous irons... peut-être Dîner chez Bignon, Puis à Montlignon Courir par la plaine.

Défais ton chignon, Baise-moi, vilaine!

ENVOI

Je suis compagnon De la Marjolaine, Et franc Bourguignon, Baise-moi, vilaine î

NOTRE vieil univers, Décidément c'est triste, A la tête à l'envers.

11 devient pessimiste Et même un peu banquiste.

Bah 1 je sais, près d'Auvers, Un très bon aubergiste...

Faisons de jolis vers.

La belle aux yeux pervers.

Aux grands yeux d'améthyste.

Dont trois ou quatre hivers Je fus le guitariste, M'a rayé de sa liste.

Ondoyant et divers Ton petit cœur, fleuriste...

Faisons de jolis vers.

En dépit des revers De récriture artiste, Les bois sont encor verts Et la gaîté persiste.

Me ferai-je trappiste? Non, non. C'est mon travers De rire en bon fumiste.

Faisons de jolis vers.

ENVOI

Au couvent symboliste Je ne suis pas convers.

Prince, Dieu nous assiste!

Faisons de jolis vers.

AU royaume de beauté Plus d'une aimable folie Vous tient longtemps arrêté.

OEillet, muguet, ancolie, Pourpre, tendre, un peu pâlie, Chaque fleur a son galant.

De toutes la plus jolie.

C'est la rose au rosier blanc.

Dans l'ardeur du vent d'été L'une, en riant, vous supplie, Au cœur de l'autre est resté Un brin de mélancolie.

Mais la merveille accomplie Qu'on ne baise qu'en tremblant Et que jamais on n'oublie.

C'est la rose au rosier blanc.

Son insolente fierté

De si haut vous humilie!

Elle a le signe enchanté

Qui lie, hélas! et délie.

Jamais ne se mésallie

La reine au parfum troublant.

Sa gloire est bien établie;

C'est la rose au rosier blanc.

ENVOI

A la princesse Aurélie J'adresse d'un cœur dolent Cette amoureuse homélie.

C'est la rose au rosier blanc.

LES papillons du matin S'en vont sur la mer qui brille.

Sur les flots de vert satin Leur essaim bleu s'éparpille.

Puis la troupe entre en bisbille Et c'est comme un tourbillon.

Va réveiller la jonquille; Vole, vole, papillon!

Te voici, mon gai lutin.

Ma mignonne, ma gentille.

J'entends ton rire argentin Qui me trouble et m'émoustille.

Avec mon cœur qui frétille J'ai mis dans ton corbillon Les grands biens de ma famille.

Vole, vole, papillon!

Oh ! Dieu ! le joli tétin, Le tétinet qui pointillé!

Il me faut le picotin Qu'on doit à tout joyeux drille; En place pour le quadrille.

Le vent de ton cotillon M'arrive à peine, et je grille.

Vole, vole, papillon!

ENVOI

Mais tu ris, méchante fille; C'est un blond chef de rayon Qui, le soir, te déshabille.

Vole, vole, papillon !

C'est ma mignonne, ma mie.

Sachez qu'elle a débuté Sous l'œil plein de bonhomie Du gênV d'ia Liberté, Elle a jadis hérité (C'est là tout son patrimoine) D'un joli fonds de gaîté.

Elle est du faubourg Antoine.

Jamais n'est trop endormie Sa charmante vanité.

Mais elle n'offusque mie.

Même dans l'intimité Elle a plus d'un bon côté.

C'est une fleur de pivoine; Oh! triple!... une rareté!

Elle est du faubourg Antoine.

Il n'est pas de Jérémie Qui n'admirât sa beauté...

Au moins une heure et demie.

Ses yeux ont tant de clarté 1 Je l'aime en âne bâté Et mangerais de l'avoine Pour l'avoir tout un été.

Elle est du faubourg Antoine.

ENVOI

Pas trop de sévérité.

Prince, écoutez un bon moine

Qui ne dit que vérité.

Elle est du faubourg Antoine.

TARTUFFE, l'excellent homme Qui fut tant considéré ici comme en cour de Rome, Vous le pensiez enterré.

Allons donc! Assez pleuré.

Il était à Cracovie, Mais, hier il est rentré.

Tartuffe est encore en vie.

Sage, prudent, économe Et soumis à son curé, En tous lieux on le renomme.

Partout il est vénéré.

Après qu'il a bien bâfré.

Sa benoîte âme est ravie Au fond du ciel azuré.

Tartuffe est encore en vie.

Au reste grassouillet comme

Un petit abbé mitré,

Rose et frais comme une pomme,

De toute vertu paré.

Son pain est toujours beurré,

Sa table amplement servie.

Dieu le veut. C'est donc sacré.

Tartuffe est encore en vie.

ENVOI

Vous, maudit, pestiféré, Si vous en avez envie.

Empiffrez-vous de poiré.

Tartuffe est encore en vie.

UN soir de l'autre semaine Que j'étais presque éméché, Je vis la belle Germaine Triste comme le péché.

Oh ! ce que j'en fus touché!

<c Qu'est-ce donc qui vous afflige Et pourquoi cet œil fâché?

— Anatole me néglige.

— Mon Dieu! quelle âme inhumaine, Anatole! un débauché,

Ou bien quelque énergumène!

— Lui, c'est le parfait miche.

Jamais il n'a découché.

— Tu veux pas que je te bige?

— Non, j'ai le cœur empêché; Anatole me néglige.

— Alors c'est un phénomène, Il ne t'est guère attaché.

— Qu'y faire? L'amour nous mène Quand on s'est amouraché.

— Qu'à son tour il soit lâché !

Calmez, calmez-vous, » lui dis-je.

Elle a toujours pleurniché :

a Anatole me néglige. »

ENVOI

Prince, si j'ai l'air penché Comme un lys blanc sur sa tige, N'en soyez effarouché :

Anatole me néglige.

J'ai rame tendre et simplette Et ne suis pas trop fendant.

Par le monde, à l'aveuglette, Humble, je m'en vais rôdant.

Nulle épate. — Et cependant Si je pouvais être mage Comme le Sâr Péladan I Pas moyen? — Ah ! c'est dommage!

Que ne suis-je Décadent!

Quand Rose est à sa toilette Elle plaît, c'est évident.

Un bouton de violette ; Oui, mais rien de transcendant.

Je reste, en la regardant, Aussi sage qu'une image.

Ah ! Dieu, le buisson ardent, Papus, la Môme-Fromage !

Que ne suis-je décadent !

Pâturer sous la houlette Du gros berger de Médan, Mieux vaudrait la ciboulette Qu'on mangeait au temps d'Adam.

Quant au Parnasse, oh! tordant!

Regardez-moi ce plumage.

Le bon vieux n'a qu'une dent.

Et quelle voix, quel ramage !

Que ne suis-je décadent!

ENVOI

Prince, la fleur de cet âge, O mirifique pédant!

Souriez à mon hommage.

Que ne suis-je décadent!

ENNEMI de toute satire Et vieux pécheur impénitent, Quand il s'agirait d'un empire, On me verrait encor chantant.

Mais quoi ? N'est-ce pas irritant D'avoir ainsi le diable en croupe?

Quel compagnon peu ragoûtant!

Toujours un cheveu dans la soupe!

La belle aux yeux qu'on ne peut dire, La belle aux yeux qu'on aime tant, Un matin, s'est mise à sourire; On se sent le cœur tout content.

Tandis qu'à genoux on l'attend.

Monseigneur Riquet à la Houppe.

Vous l'enlève tambour battant.

Toujours un cheveu dans la soupe!

A LA BONNE FRANQUtTTE 43

Ces goujons qu'on ne saurait frire, On les a pêches à l'instant.

Ce mâcon, qui n'est pas du pire, Est natif de Ménilmontant; Ce roquefort est bien tentant :

Mettez-y seulement la loupe.

Il aura plus d'un habitant.

Toujours un cheveu dans la soupe!

ENVOI

Vous riez, mon prince, et pourtant On vous a fait sauter la coupe.

Avouez que c'est embêtant.

Toujours un cheveu dans la soupe !

Au bord de l'Yvette ou de l'Oise, On aime entendre, en s'endormant, La fauvette qui vous dégoise Joliment son léger tourment.

Le moineau, c'est un garnement, La bergeronnette est touchante.

Oui, mais quel ensorcellement Tandis que le rossignol chante!

Dans la grande paix villageoise, L'amante vient avec l'amant.

L'une a des lèvres de framboise, L'autre un cœur qui jamais ne ment; Tous deux s'adorent tendrement.

Quelle belle serait méchante Sous la splendeur du firmament.

Tandis que le rossignol chante!

A LA BONNE FRANQUETTE 4f

Fût-ce un notaire de Pontoise, Venu pour faire un testament; Fût-ce une dame très bourgeoise, Unie, ohl par le sacrement!

Avec tout l'enregistrement.

En cette nuit qui nous enchante Qui donc n'aurait le cœur aimant, Tandis que le rossignol chante!

ENVOI

Les ans s'écoulent. Tristement L'eau s'en va de l'urne penchante.

Aimons-nous encore un moment, Tandis que le rossignol chante!

PLUS capiteuse que le vin, Tumultueuse comme l'onde, La femme est le trésor divin.

Mais, brunette, châtaine ou blonde, Qu'elle débarque de Golconde, De Samarcande ou du Japon, Son cœur ne bat qu'une seconde, Ron, ron, ron, petit patapon.

Hélas! on interroge en vain

L'âme légère et vagabonde.

Personne encor, pas un devin

N'a su lire aux yeux de Joconde.

On cherche, on crie, on pleure, on gronde.

Il suffit d'un minois fripon

Pour que le sage se morfonde,

Ron, ron ron, petit patapon.

Et toujours, au pays silvain, Tourne, tourne la folle ronde.

Au creux du céleste ravin Toujours croît la fleur inféconde.

Il semble que la joie abonde.

Ah! L'amour quel joli poupon!

Mais croyez-vous qu'il vous réponde?

Ron, ron, ron, petit patapon.

ENVOI

Chaque heure passe comme aronde, Passe en levant son blanc jupon.

Prince, ainsi passera le monde. Ron, ron, ron, petit patapon !

POURQUOI donc, ma petite amie, Me faire si vilain accueil?

Pourquoi donc, ma belle endormie, T'agiter comme un écureuil?

Est-ce que j'ai le mauvais œil?

— Fi ! Qu'as-tu fait avec Constance, Dimanche, au moulin de Bonneuil?

— La chose n'a pas d'importance.

Vis-tu jamais cette momie Boileau, dans son jardin d'Auteuil?

As-tu de notre Académie Seulement contemplé le seuil?

Je sais, là-bas, certain fauteuil Que l'on guigne avec insistance.

Ah ! mon Dieu ! le risible orgueil !

La chose n'a pas d'importance.

Qu'on soit professeur de chimie Ou gai chanteur comme bouvreuil, Crasseux ou plein de bonhomie, Habitant de Brive ou d'Arcueil, Tous, on se butte au même écueil.

Pierrot finit par la potence Et Socrate... par le cerfeuil.

La chose n'a pas d'importance.

ENVOI

Je meurs. Amis, sur mon cercueil Sifflez l'air de la reine Hortense.

Surtout ne prenez pas le deuil, La chose n'a pas d'importance.

fO A LA BONNE FRANQUETTE

J'ai beau, dès le petit matin, Mettre le nez à ma fenêtre...

Personne à Thorizon lointain.

Que la gloire est lente à paraître !

Bah ! Suis-je fait pour la connaître.

Quelque jour je m'endormirai Comme Tityre au pied d'un hêtre...

Quand on m'aura bien enterré!

J'y perds, ma foi, tout mon latin.

Si ma route ainsi s'enchevêtre.

C'est, bien sûr, la faute au destin.

Et me voici presque un ancêtre.

Humble desservant, pauvre prêtre.

Qui ne pouvais passer curé, Quel bon évêque je vais être Quand on m'aura bien enterré!

A LA BONNE FRANQUETTE fl

Pour le moindre petit trottin

Mon cœur flamba comme salpêtre;

Je m'affolai d'un diablotin

Qui plus d'un soir m'envoya paître.

On me trouvait par trop champêtre

Et j'étais peu considéré.

Que de cœurs dont je serai maître

Quand on m'aura bien enterré !

ENVOI

Douce maîtresse au cœur si traître, O toi qui n'as jamais pleuré, Qui sait? Tu m'aimeras peut-être Q;jand on m'aura bien enterré!

Visite après boire

xA Jules Truffier

VISITE c4TT{ÈS ^OI\E

J'ai défoncé d'un coup de poing Un caquillon de vieux gravelle.

Un rayon d'or en ma cervelle S'est introduit, je suis à point.

Devant l'armoire aux confitures Ma table s'est mise à valser; Mon lit demande à m'embrasser.

Seigneur Jésus, que d'aventures I

Et les bouteilles au long cou Me contemplent d'un air si tendre!

Je ne me lasse pas d'entendre Les cascades de mon coucou.

f6 A LA BONNE FRANQUETTE

Ma foi, tant mieux! Vive la joie!

Et je souris béatement.

Vous croiriez voir un garnement Qui s'attable en face d'une oie.

D'un rayon d'or je suis féru.

Je ris, je ris; j'en deviens bête.

Et voilà qu'en tournant la tête, Quelque chose m'est apparu.

C'est comme un bateau qui chavire Comme un prunier qui va branlant, C'est rose et bleu, c'est noir, c'est blanc.

Ça tourne, tourne, et vire, vire.

Tiens, une femme!... Eh oui, ma foi, Même une assez belle gaillarde; Voyez-la donc qui me regarde Et se gaudit, Dieu sait pourquoi.

Ses larges mains sont assez blanches.

Et son visage! un vrai soleil!

Des yeux noirs, un teint plus vermeil Que le jour au milieu des branches.

VISITE* APRÈS BOIRE f7

Pas du tout fière avec cela; Ce n'est pas une mijaurée.

Au pavillon de la marée On connaît de ces beautés-là.

«Ah! dis- je, quel est ce mystère Et pourquoi me fixer ainsi?

Ne savez-vous pas que voici Un vertueux célibataire? »

ce Turlututu, chapeau pointu, Rassure-toi, fait la donzelle.

Comme toi je suis demoiselle; Je n'en veux pas à ta vertu.

Je suis la muse peu sévère Que nos vieux pères aimaient tant, La muse qui laisse, en chantant, Tomber des roses dans son verre.

Marot et le pauvre Villon M'ont fait courir la prétantaine; Sur les genoux de La Fontaine J'ai retroussé mon cotillon.

f8 A LA BONNE FRANQUETTE

Molière aux fers d'une inhumaine Oubliait tout en mon retrait; La bonne vieille Laforêt Était ma cousine germaine.

Despréaux voulut m'en conter, Mais ce n'était que radotage.

Régnier me plaisait davantage; 11 fallait l'entendre chanter!

Et Voltaire! La bonne pièce!

Quelle malice I Avons-nous ri!

Ce fut mon singe favori; Mais je n'aimais pas trop sa nièce.

Ah! Vive Dieu! que de galants M'ont adorée à mon aurore!

Ne suis-je pas plaisante encore?

Je n'ai pas même deux mille ans! »

« Deux mille ans et si peu chenue!

Dis-je, vraiment vous m'étonnez. »

Mais elle fait un pied de nez, Tire la langue et continue :

VISITE APRÈS BOIRE fÇ

« Hélas! nous étions si contents!

Vêtu de rose et d'émeraude, On s'en allait à la maraude Au jardin de Roger Bontemps.

Mais la gaîté n'est plus de mode.

Mettre son cœur à l'abandon, Jouer, folâtrer, allons donc!

C'était bon sous le vieil Hérode!

J'ai vu le temps où nos Français, La tête au vent comme raquette.

Aimaient à la bonne franquette, Sans autre forme de procès.

Ils poursuivaient la fantaisie Au clair soleil, par les prés verts; Toujours leur cervelle à l'envers Gardait un grain de poésie.

Aujourd'hui, quel monde assommant!

Plus de jeunesse! on parle en prose.

Le chardon vient après la rose; Après le bal, l'enterrement.

6o A LA BONNE FRANQUETTE

Le rire plein, large et sonore, Le franc rire de nos aïeux Ne s'envole plus vers les cieux; C'est à jurer qu'il déshonore!

Et le bon vin qui fait loucher.

Le vin gaillard, fils de nos vignes, Où sont les vaillants qui soient dignes, Ah ! seulement d'en approcher ?

Tandis qu'en mon verre il rougeoie, Plus d'un se râpe le palais Avec l'aie ou le gin anglais.

Ils ont l'ivresse, non la joie.

D'aucuns en pays allemand Vont se griser de lourde bière; Autant vaudrait se mettre en bière Pour attendre le jugement.

D'autres, que Dieu les récompense, Boivent dans un pot à pisser Quelque chose qu'on voit mousser; Le cœur me lève quand j'y pense.

On a beau dire, on a beau faire :

Il faut coqueter; c'est la loi.

On n'est pas belle que pour soi, Et Tamour est la grande affaire.

Quoil Plus même un pauvre bouquet Noué d'un bout de favjeur bleue!

Pas un pompon rose à la queue De Sans-Souci, mon bourriquet!

Puisque le monde m'abandonne, Moi qui l'avais tant diverti, Je te prendrai comme apprenti.

Malgré ton ventre qui bedonne.

Tu ne semblés pas très malin; Je te dégourdirai, peut-être.

J'ai bien mené les vaches paître.

Au temps jadis, avec Colin.

Nous irons au soleil de France Voir reverdir les églantiers. »

Et j'ai répondu : a Volontiers !

Grand merci de la préférence.

VISitE APRÈS BOIRE 6]

Que je voudrais vous consoler!

Je vous aime tant ! C'est merveille.

Et voici qu'en mon cœur s'éveille Un merle prêt à s'envoler.

Mais je n'ai jamais eu de vice.

J'ai peur de re,ster en défaut.

Saurai-je faire ce qu'il faut?

M'allez-vous pas trouver novice? »

« Sois donc tranquille, mon garçon; Je t'apprendrai mes ritournelles.

Nous chanterons sous les tonnelles Le vin, l'amour, à l'unisson,

Et nous ferons tant de tapage

Que les gens nous entendront bien.

Tu porteras mon petit chien,

Tu seras mon nègre et mon page. »

« Belle dame, excusez du peu!

Et que de grâces à vous rendre! Mais, dites-moi, ne peut-on prendre Un baiser... pour l'amour de Dieu ? »

Là-dessus, tout plein de cautèle, Je m'approche. Mais en riant :

« Ah ! fi, fi I Le petit friand !

C'est qu'il aime la bagatelle!

Plus tard, plus tard, gros étourdi; Fais d'abord ton apprentissage.

A bas les mains! Voyons, sois sage!

Nous verrons ça l'autre mardi. »

Et tout à coup, par la croisée, La belle s'enfuit prestement.

C'est un vrai tour d'enchantement; Psit, psit! Plus rien : une fusée!

J'ai beau m'écarquiller les yeux.

Rassembler mes pauvres idées.

Rien que les bouteilles vidées Qui s'affalent à qui mieux mieux.

Et je l'avais là tout à l'heure.

Et son sourire était si frais!

Ah ! pour deux sous je pleurerais Si je savais comment on pleure.

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