‹ A la bonne franquetteChapitre 2 sur 15 · VISITE APRÈS BOIRE · texte numérisé non relu

VISITE APRÈS BOIRE

Amour, gaîté, tout est fourbu, Et maintenant, ma foi, j'hésite.

Est-ce bien vrai, cette visite? Qui peut savoir? J'avais tant bul

A Narcisse Quellien

q4 3^q4T{CISSE QUELLIEV^

LES bardes d'Armorique étaient de bonnes gens Et qui regardaient tout d'un œil pas trop sévère. Ils avaient un grand cœur, ils avaient un grand verre ; Ils buvaient sec et ferme, étant intelligents.

D'ailleurs, très attentifs à l'Angelus qui sonne, Ils s'appuyaient au mur quand ils avaient trop bu. Leur Pégase breton ne fut jamais fourbu ; Nul d'entre eux n'a jamais fait de mal à personne.

Le sire Du Guesclin, bien qu'il fût des plus laids. Était aussi des bons, si j'en crois la légende, Et ne boudait pas plus, tant sa soif était grande. Devant un muid de vin que devant un Anglais.

yO A LA BONNE FRANQUETTE

Quant aux saints de Bretagne, oh ! les saints que j'adore ! Toujours prêts à lever le coude et volontiers. Leur humble sanctuaire est fleuri d'églantiers, Leur cloche toujours tinte au lever de l'aurore.

Narcisse, mon ami, que le jus du raisin Nous réjouisse. Hélas! c'est le sang de la race. Titubons, s'il te plaît, mais comme saint Pancrace. Un petit plumet? Oui, mais comme Taliésin.

Sonnets

1 %aoul Tonchon

O délectable Ami Ponchon, Vois ce cruchon :

De l'or potable !

On est à table, Dans ce bouchon, Comme un cochon Dans son étable.

Un autre rôt, Un autre pot; Je bois, j'enfourne.

Mon Dieu, merci !

La terre tourne, Je tourne aussi.

^-^iSS^

TRE homme de guerre

Et grand avocat, Dire à tous : raca, C'est bon pour Laguerre.

Quel homme vulgaire!

Boire du muscat Est plus délicat Et ne coûte guère.

Un coup de vin vieux Nous rend tout joyeux :

Vidons la feuillette.

Chut ! Deux jolis yeux Valent encor mieux :

Baisons la fillette.

SONNETS 7f

AIMEZ-VOUS beaucoup La littérature?

Moi, de la lecture J'en ai jusqu'au cou.

Que dit le coucou? Amour et friture.

Assez d'écriture; Il faut boire un coup.

Le soleil se mouille Et va dans l'étang Finir en Gribouille.

Au bouchon, pourtant.

Avec une andouille, Margot nous attend.

j6 A LA BONNE FRANQUETTE

Hélas! plus de foie Ni de pied farci !

Par bonheur voici Qu'on apporte Toie.

Tiens, mon nez rougeoie Et le tien aussi.

Buvons sans souci, Et vive la joie!

O divin moment!

Un mot seulement Au cruchon ds fine.

Et, digue, din, don!

Partons, Joséphine, Pour le rigodon.

Marguerite des bois

c/i Fernand l'oinglois.

^c4T{GUEVJTE VES "BOIS

MARGUERITE dcS bois, Vous souvient-il encore, Marguerite des bois, Du soleil d'autrefois?

Et du matin chantant Et de la fraîche aurore, Et du matin chantant Où je vous aimais tant.

On m'a parlé de vous Chez Marthe, la voisine, On m'a parlé de vous.

Mon fin petit cœur doux.

8o A LA BONNE FRANQUETTE

Je sais que vous pleurez, Le soir, à la cuisine, Je sais que vous pleurez Sur vos souliers dorés.

Vous aviez rarement Gentillesse à me dire, Vous aviez rarement Pitié de^votre amant.

Vous m'avez désolé Avec votre sourire.

Vous m'avez désolé Et je m'en suis allé.

Vous chasse qui voudra, O folles alouettes, Vous chasse qui voudra, Il s'en repentira.

Moi, je vais en forêt Cueillir les violettes.

Moi, je vais en forêt Attraper le furet.

MARGUERITE DES BOIS 8l

Mes nippes à mon cou, Je fais mon tour de France, Mes nippes à mon cou.

Je m'en vais. Dieu sait où.

Tous les chemins sont verts.

Et vive l'espérance!

Tous les chemins sont verts.

Dans le vaste univers.

J'ai couché quatre nuits En plein château des belles.

J'ai couché quatre nuits.

Sans perdre mes ennuis.

Et je reviens encor Avec les hirondelles.

Et je reviens encor Où sont les boutons d'or.

Rien n'est aussi charmant Que nos filles de Bresse, Rien n'est aussi charmant Que leur habillement.

Au petit jour, leurs yeux Sont remplis de tendresse, Au petit jour, leurs yeux Ont la couleur des cieux.

Marguerite des prés.

Quand le soleil vous dore, Marguerite des prés.

Jamais vous ne pleurez.

Marguerite des bois, Vous souvient-il encore, Marguerite des bois.

Du soleil d'autrefois?

Lettre d'amour

xA Charles Le Goffic.

LETTT{E VQ4mOU\

AhI sûrement Vous allez rire.

Je viens d'écrire A mon amant :

<£ Beau capitaine Sans foi ni loi, Tu cours sans moi La prétantaine.

a Et cependant, Joli Bobèche, On se dessèche En t' attendant.

« Vrai ! tout m'assomme ; Je ne veux rien Que toi, mon chien, Mon petit homme.

« J'ai pris le deuil.

Adieu toilette!

Je vis seulette, La larme à l'œil.

« Crois-moi, je t'aime D'un amour pur; Je suis, bien sûr, Toujours la même. »

Et puis, tenez, Sera-t-il aise ?

Crac, je le baise Au bout du nez.

Dieu! que c'est drôle 1 Pauvre chrétien !

Ai-je assez bien Joué mon rôle ?

LETTRE d'amour 87

C'est trop d'ennui Qu'il ose dire Qu'on ne respire Qu'auprès de lui.

J'aime les hommes Pour m'en moquer; Je veux croquer Toutes les pommes.

J'aime à changer, A l'aveuglette, Et la houlette Et le berger.

Qui cherche à plaire Me fait la cour.

Vogue l'amour Sur la galère !

Quand l'églantier Rit et verdoie, Il fait la joie Du monde entier.

La rose s'ouvre ; Son cœur naissant Est au passant Qui la découvre.

Pauvre cadet!

Tra la la 1ère...

Quelle colère S'il m'entendait!

« Morbleu, gredine, Assez juré; Je te tuerai Avant qu'on dîne.

« Je suis à bout, Mauvaise bête! »

C'est la tempête.

Il brise tout.

Mais je ne risque Pas un cheveu.

Ah ! ah ! Quel jeu !

Et comme il bisque !

LETTRE d'amour 89

Ai-je rempli Toute la lettre?

Non, j'y veux mettre Mon cœur joli,

Mon cœur de blonde, En bel argent, Le plus changeant Qui soit au monde.

Et puis voilà Toute l'affaire !

Qu'il s'aille faire...

Tra la la la I

Rosette en Paradis

c4 Tony %évillon

JOSETTE £^^C 'Pc4'Ro4VIS

OSETTE de Paris, Chausse tes souliers gris.

Passe la robe à traîne Dont Gaspard eut Tétrenne,

Ta robe à falbalas Mauve tendre ou lilas.

Emporte aussi, Rosette, Ta fine chemisette.

Ton éventail poudré, Ton corset mordoré.

Tes blondes et tes ruches, Toutes tes fanfreluches;

Rosette de Paris, Allons en Paradis.

Hélas! le bon saint Pierre, Le concierge des cieux.

Hélas! le bon saint Pierre N'est pas trop gracieux.

Pour admettre Rosette, Rosette et ses chansons.

Pour admettre Rosette, Il a fait des façons.

« D'où venez-vous, la belle Au collier de corail?

D'où venez-vous, la belle.

En si fol attirail?

ROSETTE EN PARADIS Çf

— A Paris, la grand'ville, Saint Pierre, mon cousin, A Paris, la grand'ville, J'étais en magasin.

A Paris, dans la rue De l'ancien Doyenné, A Paris, dans la rue.

J'ai pas mal gamine.

— Ah ! cet endroit, ma fille.

Est bien mal fréquenté,

Ah ! cet endroit, ma fille.

Manque de sainteté.

— Oui, mais comme on s'amuse.

Saint Pierre, mon ami !

Oui, mais comme on s'amuse!

On n'est pas endormi.

On babille, on s'habille.

On est toujours courant; On babille, on s'habille.

Et le mal n'est pas grand.

— Mais comment, ma petite, Serviez-vous Jésus-Christ? Mais comment, ma petite. . .

— J'avais beaucoup d'esprit.

J'étais la plus jolie, Je savais bien danser; J'étais la plus jolie Qui se fît embrasser. »

Saint Pierre a fait trois fois, En secouant ses manches, Saint Pierre a fait trois fois Le signe de la croix.

« Vous avez l'œil trop doux, Et vos mains sont trop blanches.

Vous avez l'œil trop doux Pour habiter chez nous.

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