PASSIONNETTE I
Quand reverdira La saison des roses, Que de tendres choses Mon cœur te dira, Que de tendres choses.
Au milieu des roses !
Donne tes yeux bleus Pour que je les baise.
Ta bouche de fraise.
Ton corps onduleux; Donne que je baise Ta bouche de fraise.
Comme sur un pré L'alouette folle, Ta gaîté s'envole Dans le soir doré, Et, comme toi folle.
Mon âme s'envole.
Ma mie aux doux yeux, Ne sois plus méchante ; Entends ce que chante L'arbre merveilleux :
Entends donc, méchante. L'oiselet qui chante.
Si Clodion t'avait connue, Rose et fraîche comme une infante, Oh 1 quelle chose ébouriffante Il eût faite avec ta chair nue!
Si Greuze t'avait rencontrée Folâtrant sur les bords de l'Oise, Quelle piquante villageoise Le bon peintre nous eût montrée !
Si Fragonard t'avait surprise En quelque forêt d'Arcadie, Qu'il eût fait d'une main hardie Voler tes jupes dans la brise!
PASSIONNETTE I ^ l
Si Parny t'avait bien aimée, Follement comme il faut qu'on t'aime, Quel interminable poème Dirait ta nuque parfumée !
Mais assez de batifolage.
Tu n'as pas eu cette fortune, Et je suis seul, au clair de lune, A célébrer ton cœur volage.
Et nous avons eu vraiment Tout là-bas, dans la province.
Et nous avons eu vraiment Beaucoup, beaucoup d'agrément.
Oui, ma foi, je fus heureux.
Comment dire? Comme un prince; Oui, ma foi, je fus heureux Puisque j'étais amoureux.
Nous allions cueillir des fleurs Au marais, dans la prairie ; Nous allions cueillir des fleurs Moins fraîches que ses couleurs.
Nous dormions au fond des bois Non sans quelque effronterie; Nous dormions au fond des bois, Pas toujours, mais quelquefois.
Et, le soir, comme on dînait Dans notre petite auberge !
Et, le soir, comme on dînait !
C'est l'amour qui cuisinait.
La rivière clapotait, Gaîment, entre chaque berge.
La rivière clapotait ; Notre cœur, à nous, chantait.
Des taquineurs de goujons On voyait la troupe insigne; Des taquineurs de goujons S'espaçaient parmi les joncs.