PASSIONNETTE I
Je les reverrai souvent, Nos bons pêcheurs à la ligne; Je les reverrai souvent, Héroïques, dans le vent.
Petite folle On te connaît; Ton fin cœur n'est Que faribole.
Il farandole Un tantinet.
Et ton bonnet Au loin s'envole.
Bah ! danse encor A ton fil d'or, Marionnette.
la
Moi, je rirai Tant que j'aurai Ma blondinette.
J'aime ses yeux et j'adore sa bouche.
Sa bouche rose est une fleur de lin;
Ses yeux sont verts comme l'eau du moulin.
D'un vert si tendre, oh I pas du tout farouche.
Elle sourit après qu'elle a dansé; Ses cheveux d'or lui font une auréole.
Un peu perverse, adorablement folle, Elle me rend tout le siècle passé.
Une malice est au coin de ses lèvres, Une fossette à son joli menton, Et je crois voir, gardant son blanc mouton.
Quelque bergère en pâte de vieux Sèvres.
PASSIONNETTE I^f
Mais la bergère a plus d'un amoureux; Son cœur est traître, à la petite masque.
Elle est cruelle, elle est surtout fantasque. Ah! le mouton n'est pas toujours heureux!
C'est madame Pot-au-feu.
Avec ses airs de Pontoise, Sous son petit jersey bleu, L'œil à tout, sournoise un peu.
Elle est bourgeoise, bourgeoise !
C'est madame Jupe-au-vent, Sans peur, merci ni reproche.
Gaillarde après comme avant.
Experte à tout jeu savant.
Elle est gavroche, gavroche.
C'est madame Lucifer,
Aux yeux luisants comme braise;
Le cœur et la jambe en l'air.
Et des mots! Brr. .. brr... L'Enfer!
Elle est mauvaise, mauvaise.
C'est madame nos amours.
Adorable tout de même, La belle aux yeux de velours A qui je reviens toujours; C'est ma mignonne et je l'aime !
O m'amour, ô friandise.
Que veux-tu que je te dise?
Tu ne m'aimes plus, c'est bien.
Je crois que tu n'y peux rien ; Tu n'es vraiment pas méchante.
Ah, Dieu non! Pourvu qu'on chante
PASSIONNETTE l']J
C'est bien tout ce qu'il te faut,
Et ton cœur est sans défaut.
Ton cœur! Sais-tu s'il existe.
Il n'a jamais été triste.
C'est un joli cœur naissant
Qu'on endort en le berçant
Avec un chant de nourrice.
Il n'a pas de cicatrice.
C'est une flûte en roseau,
C'est une plume d'oiseau.
Ta vie est toujours en fête;
Tu n'as pas idée en tête
Qui se tienne un peu debout.
Tu souris et puis c'est tout.
Pourquoi pas? Vive la rose!
Faut-il qu'un pédant morose
Se mêle d'effaroucher
La tendre fleur du pêcher?
Lorsque tout se renouvelle
Et qu'on a dans la cervelle
Le soleil de la saison,
Que sert de parler raison
Aux folâtres églantines?
Garde tes façons mutines,
Ton sourire ensorceleur,
Tes yeux doux, ta bouche en fleur.
Réjouis-toi d'être blonde; Regarde courir le monde, Les pauvres moutons sauter Et les gens se culbuter.
Contemple, toute ravie, La bataille de la vie.
Accueille avec un bouquet Le vainqueur s'il est coquet; Vide devant sa bannière Ta corbeille printanière, Et tant pis pour les blessés Qui râlent dans les fossés !
Table