‹ A la brunante [microforme]Chapitre 3 sur 50 · RARE · texte numérisé non relu

RARE

RUE Se TRE EE NE D SA re ME

De

Le

D cer ét ue" re RES AM PTE LR TETE

i SÈRS de

SR ren dre

RS

Re à 1 PA PT Tree SE

Pendant deux ans, on n’entendit plus parler de lui; mais un matin, le voisin d’Alice était revenu, à l’ébahissement de tout le monde, décoré et capitaine de lanciers.

Ce fut un jour de fête au village.

La mère embrassait son fils avec orgueil. Alice qui aimait éperdûment la nouveauté, voyait revenir un brave camarade d'enfance, et comme les larmes des autres la faisaient facilement pleurer, elle se promet ‘it Lien d’user de toute son influence de fille d’'Eve, pt . épargner une douleur à la famille du voisin, e prolongeant indéfiniment le congé d’Edouard.

Il est assez difficile pour un militaire de se départir d'aucune des vieilles habitudes qu’il contracte au régiment.

Edouard avait conservé celle de faire de longues promenades sans but, rêvant il ne savait à quoi, et bien souvent dans ses excursions à travers le parc de la villa, il apercevait le chapeau de paille qui cachait la tête de linote d'Alice, se mouvant gracieusement sous les feuillées de son jardinet,

Ce morceau de paille d’Italie eut le privilége de fixer un instant ses rêveries. Il se prit à pencer qu'il pourrait trouver là-dessous, ce qu’il avait vu chercher vainement à bien d’autres—la véritable pierre philosophale du siècle—une bonne femme aimant bien son mari; et il se promit de saisir l’occasion aux cheveux—bien qu’on prétende qu’elle est chauve--et d'étudier de près sa brunette de voisine,

On se brûle souvent les doigts à ces études-là.

Edouard le savait par expérience, car son premier amour avait été pour une pâle Anglaise, qu’il avait regardée de trop près, et qui, dans un jour de déception, avait offert son cœur à Dieu ; aussi jura-t-il de ne pas s'approcher avant de bien connaître le terrain.

Alice, de son côté, était trop femme pour ne pas s'apercevoir de l’impression qu’elle produisait sur son voisin ; et, fière de sa nouvelle conquête, elle le laissa tranquillement entrer dans la collection de papillons qu'elle se formait, se disant bien qu'une fois là, elle l’y retiendrait à loisir, et qu’elle pourrait se passer le mignon caprice de lui enfoncer comme aux autres, entre les deux ailes, son épingle de naturaliste — l'amour.

Pendant un mois, Edouard fit ce que font tous les amoureux ; il se contenta d’airner Alice de toute son âme de poète, se figurant qu’il était impossible pour elle d’en aimer un autre.

MM. Meunier et Darlington, les deux autres prétendants, en croyaient autant, et Alice était on ne peut plus heureuse de les aimer à son aise tous les trois, car — toujours confidentiellement — elle les aimait éperdûment, tant qu’elle les voyait assis près d’elle et lui contant fleurette, mais il ne fallait pas s’en aller. Autrement le vilain petit dieu de la fable courait au plus pressé, et décochait aussitôt sa flèche la plus aiguë à l’heureux remplaçant.

Presque chaque jour, après-diner, Edouard venait causer avec Alice. Ce qui au commencement n'avait

été qu’une distraction était devenu un besoin pour lui ; car un jour, ayant voulu connaître par luimême, jusqu’à quel point l'amour peut faire tourner la tête, il s'était privé de converser avec sa voisine pendant deux journées, et il avait failli se fondre d'ennui et de migraine.

Ce fut bien pis lorsque, dans un moment de retour sur lui-même, il s’aperçut que MM. Meunier et Darlington étaient aimés autant que lui. Il essaya pendant deux heures de se persuader le contraire. Inutile ; la triste réalité se dressait là devant lui. Il tenait d’un autre ami que M. Darlington était le fiancé de la voisine, et qu’en attendant, comme elle était bien convaincue qu’il serait son mari, Alice se permettait de lui préférer, pour le quartd'heure, M. Meunier.

Pendant quarante-huit heures, Edouard se figura que l’amour d'Alice lui était chose parfaitement indifférente ; mais, hélas ! un soir le pauvre garçon se prit à sangloter, car il se sentait un immense besoin d'affection, et le lendemain Alice recevait la note laconique suivante :

‘ Vous croyez-vous le courage de m'aimer un jour, Alice? Pour vous entendre dire ‘‘oui” je renoncerai à tout, carrière, honneurs, épée. ‘Non ” me ferait reprendre demain mon bâton de voyage et retourner tristement sur le chemin où, depuis deux ans, je marche sans amitiés comme sans affections.

Page 1