‹ A la brunante [microforme]Chapitre 33 sur 50 · FL FA · texte numérisé non relu

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[TE | — Bah ! major, faites manœuvrer vos pilules

connaît, les Plaines d'Abraham ; j’y étais jadis.

| — Mais savez-vous, général, que vous r’êtes pas | aussi jeune que je le croyais, interrompit i’agaçante Madeleine.

| nl (ll | | __ — Que voulez-vous, mademoiselle, le harnais blan- Hal! chit vite celui qui le porte. Alors, je n’étais que l . capitaine : depuis, pour monter en grade, il m'a bien fallu en voir d’autres,

— Mais, Dieu me pardonne, vous devenez vantard et coquet, général. Quel était l’heureux régiment qui recélait un pareil capitaine, don Juan?

— Le 43ème, mademoiselle. Ah ! c’était un fier régiment, qui n’eut qu’un tort à mes yeux, celui de ne pas s’être rangé sous le drapeau du congrès.

— Mais, mon général, reprit l’intrépide érudit, il me semble que cela aurait été difficile en 1759 ; le congrès dormait alors paisiblement dans le néant, tandis que son père Washington était encore tout engourdi des suites de la capitulation du Fort Nécessité.

— Vous me tenez le langage d’un loyaliste, major, et si vous continuez, cela pourrait finir par une bonne dose d’arrêts de rigueur. Rien de tel pour changer le cours des idées. Quant à vous autres, messieurs, puisque le bal va bientôt s'ouvrir, n'oubliez pas les instructions que le Congrès nous a données. Respectez les croyances religieuses du pays, payez libéralement tous les vivres et les objets qui vous seront indispensables, punissez avec rigueur les soldats qui commettront quelques désordres, poursuivez et harcelez les troupes anglaises ;- mais évitez de vexer le peuple et de rien faire qui puisse le rendre hostile à la cause Américaine.

— Vous êtes bon, général, interrompit Madeleine, et je voudrais que tout Canadien-Français vous entendiît prononcer ces paroles de conciliation.

— Mademoiselle, j'accepte vos compliments, bien que je ne les mérite pas, car je ne connais qu’une

1759, — ce qui commence à se faire loin — je ne songeais guère à écrire des protestations de dévoue- Al ment aux Canadiens-Français. J'étais alors canill tonné dans un petit village de la côte-nord, à St. Joachim, et là ....

| | chose, moi: c’est la consigne. Pour preuve, c’est qu’en | |

— Comment vous êtes allé à St. Joachim, mais, | contez-moi ça général, cela doit être curieux, reprit Madeleine d’une voix légèrement tremblottante:

— Mon Dieu, ce récit ne sera pas long ; et le | petit voyage d’agrément que je fis alors peut se . résumer aussi laconiquement que le tour des Gaules | de César.

| Sur mon passage, j'ai tout brûlé, tout pillé, tout | massacré. Mille tonnerres ! c'était ma consigne qui | le voulait ainsi, et elle me rend furieux ou sentimental à son gré. A preuve, c’est qu'elle faillit me brouiller avec un lieutenant du 78ème Highlander. Ce jeune freluquet s’arrogeait le droit de grâce, et | déjà deux paysans, le père et le fils, s’étaient mis | sous sa haute et puissante protection.

| Ji Il me semble encore les voir, les mains dans leurs

| | poches d’habit tout déchiré, le père avec ses grands {

| cheveux blancs friselants au vent, le fils portant, tête

fi basse, sa tuque rouge, et se faufilant tous deux dans

Liu un champ de blé que mes hommes avaient oublié

| dl de saccager.

| | | | Je tenais à faire un exemple et à montrer au jeune

ME lieutenant Fraser que l’on ne bravait pas impuné- 11 ment les ordres du général Wolfe,

MADELEINE BOUVART. ù 21I

Je fis donc prendre le jeune homme par un sergent de confiance et le fis tuer à coup de tomahawk, sous les yeux paternels.

Puis ce fut le tour du vieux.

Ah! pour celui-là, je fus miséricordieux.

Je me contentai de le faire fusiller, ce qui n’empêcha point mon sous-officier en verve de les scalper tous deux. (1)

Quels temps c'était là! St. Joachim, Ste. Anne, le Château-Richer, l’Ange-Gardien, Montmorency, tous ces villages flambèrent comme s'ils eussent été construits en tondre. (2)

On savait faire la guerre alors! c’étaient le canon, la fusillade, la torche qui commandaient, tandis qu'aujourd'hui il faut y aller prudemment à grands coups de proclamations.

Madeleine n'avait pas entendu ces dernières paroles du général.

Q There were several of the enemy killed, and wounded, and a few prisoners taken, all of whom the barbarous Captain Montomery, who commanded us, ordered to be butchered in a most nhuman and cruel manner; RP two, whom I sent prisoners by a sergeant, after giving them quarter, and en ng that they should not be killed, Were one shot, and the other knocked down with a Tomahawk (a little hatchet) and both scalped in my absence,

Journal of Lieut. Malcolm Fraser, 1769.

@) We burned and St do upwards of 1,400 fine farm houses, for we during the siege where masters of a great part of their country une shore, and parties were almost continually kept out re. me à he country ; so that it will take them half a century to recover the damage.

Journal! of the expedition up fhe river St Lawrence publié dans le New York Mercury du 81 Décembre 1859.

Elle s'était péniblement glissée hors de table, prétextant la fatigue, et avait regagné le fond de ses appartements.

Pourtant qui l’aurait vue se traîner le long du corridor, le front haut, l’œil humide et plein de lueurs fauves, n'aurait guère trouvé l’énervement sur ce visage pâle,

Dans sa pensée, le général Montgomery n’était plus qu’un vil meurtrier, et un étrange frisson passait sur cette frêle charpente de femme.

Deux cadavres muets se dressaient devant elle.

Les deux paysans, qui, sans tombes et sans prières, gisaient enfouis sous les guérets de Saint-Joachim, étaient le père et le frère de Madeleine Bouvart !

Implacables, ils lui montraient qu'avant tout on se devait à la patrie.

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