CAMPAGNE DE
Les opérations de 1889-90 permettaient de prévoir ais* ment quelles seraient celles de 1890-91 : l'occupation ^
236 A LA COxNQUÊTE DU TCHAD.
était confié au lieutenant Valentin, ayant sous ses ordres ui sous-lieutenant commandant un détachement de quarant tirailleurs (dont neuf blessés laissés par la colonne), un mé decin de la marine, deux sous-officiers européens et quatr artilleurs. L armement se composait de deux pièces de quatre Trois cents auxiliaires khassonkés complétaient la garnison mais ces troupes auxiliaires sont des plus médiocres.
Le tata, en forme de quadrilatère flanqué de tours, qr occupait le centre du village, avait été mis en état de sérieux défense. Des provisions de toute nature y avaient été réc nies et les cases abandonnées qui entouraient le fort avaien été livrées aux flammes afln de dégager les abords.
Dès le commencement de juillet, Ahmadou avait com mencé à réunir ses contingents et à faire des distribution de poudre. 11 arrivait lui-même, vers la fin du mois, dans 1 Diafounou, et s'installait, le 20 août, à Kolomé, à 3 kilomè très de Koniakary. C est là qu'il resta pendant toute la duré de Tattaque, avec une centaine de Sofas et les membres de s famille, moins Bassirou, son frère, qui commandait Tarméc
C est le 8 septembre que les défenseurs de Koniakary après plusieurs alertes, virent Tennemi, en colonnes prc fondes, se diriger vers la ville. On distinguait de nombreu porteurs d'échelles destinées à escalader les murs. Au signî donné par le iaba/a (tambour de guerre), toute cette foule évaluée à 12000 hommes et que le feu de Tartillerie avai déjà fortement éprouvée, se précipite en poussant des cri sauvages sur le lata. Sous un feu meurtrier, les assaillant portent leurs échelles à trente mètres des murs, et planten leurs pavillons au pied même du tata. Mais la fusillade et le boîtes à mitraille découragent leur ardeur; ils se cacher dans la brousse où les poursuivent des feux de salve bie ajustés. Le combat avait commencé à six heures du matin; neuf heures la pluie commence à tomber. C'est un vrai délug: Les Toucouleurs en profilent pour venir ramasser leurs morl Quoiqu'ils en enlèvent une certaine quantité, les cadavc
Combat de Korigué, — Le 30, arrivée à trois kilomètres Korigué, dans un pays coupé de fondrières et de ravins, all^ nant avec une plaine de sable aride et rocailleuse, notre avaH garde aperçut les Toucouleurs qui, massés sur les hauteu au nombre de huit mille environ, se préparaient à livrer im: bataille décisive. Ils occupaient une position assez foi^ à droite de la route, sur la crête d'une colline dont les flazi étaient défendus par des retranchements en terre et par c/é terrains marécageux.
A neuf heures du matin, les cavaliers toucouleurs essayèrent de tourner notre colonne et attaquèrent les auxiliaires, qui se défendirent mollement.
A midi, le colonel Archinard fit monter à Tassaut de \\ colline une compagnie de tirailleurs sénégalais, pendant qu< deux autres compagnies, conduites par le capitaine Huguen et le lieutenant Morin, attaquaient à droite et à gauche 1: position défendue par Ahmadou.
La compagnie de tète enleva rapidement toutes les posi tions ennemies. Le feu de Tartillerie empêcha le ralliemen des Toucouleurs et précipita leur déroute. L'ennemi perdi 400 hommes et de nombreux chevaux.
Nos pertes dans la journée de Korigué furent : un spah auxiliaire indigène tué, trois spahis réguliers indigènes et si: tirailleurs auxiliaires blessés, deux Européens touchés légè rement. Les partisans indigènes qui marchaient avec non: eurent cinquante tués.
Le colonel Archinard poursuivit aussitôt sa marche sui Katia, où il arriva pendant la nuit. Les fuyards tentèrent d< s'y rallier, mais quelques feux de mousqueterie et d'artillerie notamment des obus à la mélinite, suffirent à les chasser.
Ahmadou, qui était resté à Fossé, à dix kilomètres e arrière du lieu du combat, s enfuit en entendant la canom nade. Il s enferma dans Nioro, d'où il partit à la dérobé* pendant la nuit, avec une centaine de fidèles.
Le colonel Archinard passa la journée du 31 décembre -g
Kcilia, OÙ commencèrent à arriver de nombreuses soumis-
A Nioro. — Le colonel Archinard entra donc à Nioro le i*"'' janvier 1891, comme il Tavait annoncé.
La prise de Nioro faisait tomber entre nos mains la der-
aière des places fortes de Tempire toucouleur, fondé par El-
/Jîîdj Omar. Celui-ci, fils d'un marabout du Fouta séné-
gr^^ais, après avoir fait à travers tout le Soudante pèlerinage
(l ^^ la Mecque, avait réussi, on se le rappelle, à fanatiser
à grouper sous son autorité toutes les populations mu-
ilmanes de rimmense triangle compris entre le Sénégal
le Haut-Niger, triangle dont la base serait une ligne
rée du Fouta-Diallon au Cayor, parallèlement à la côte,
le sommet Hamdallahi, capitale du Macina. Procédant par
sanglantes conquêtes, massacrant les hommes valides
<î tous les villages qui tombaient entre ses mains, rédui-
* ^:^nt en captivité les femmes et les enfants, il avait tra-
^ ^rsé successivement le Cayor, le Oualo, le Dinguiray,
uis le Kaarta, le royaume de Ségou-Sikoro et le Macina.
est vers 1847 que se place son entrée à Nioro, que les
iambaras lui avaient remis sans résistance, ce qui n'avait
I>as empêché d'ailleurs le conquérant toucouleur de faire mets-
sacrer quelques jours après par ses talibés tous ceux qui,
Confiants en sa parole, étaient restés enfermés dans la ville.
^es égorgements en masse reviennent d'ailleurs h chaque
P<ige dans le récit des conquêtes de El-Hadj Omar ou des
SUerres de son successeur. On comprend qu'après trente
*^iis d'un semblable régime, les pays autrefois riches et
Peuplés qu'il a soumis aient été réduits à l'état de véritables
déserts.
Mage, dans le remarquable récit qu'il a publié de son ^o^age à Ségou et à Nioro (en 1863-1866), raconte qu'en *"^ venant de Ségou il traversa le village de Toumboula, par *^quel il avait passé deux ans auparavant. (( Je fus, dit-il, effrayé littéralement. Les cinq sixièmes de la population
avaient disparu. On ne voyait presque plus d'enfants hommes avaient des figures décharnées. La misère était tout. »
C'est dans Mage aussi qu'il faut chercher des rensei ments précis sur Nioro : « Il y a dans cette ville deux ties distinctes, la ville fortifiée et la maison d'El-Hadj ville est entourée d'une muraille irrégulière, ayant plusi portes de divers côtés, mais ce n'est pas là ce qui fa défense. Ce qui la met à l'abri d'une attaque, c'est la ma d'El-Hadj. Cette forteresse est un vaste carré de deux cinquante pas de côté, construite régulièrement en pie maçonnées avec de la terre. Les montagnes peu élevées environnent Nioro ont fourni des matériaux tout taillés i plupart de ces pierres affectent une forme rectangulaire quia permis de construire sans les tailler. Elles sont po aplat; la muraille a environ deux mètres cinquante d'éf seur ; aux quatre angles sont des tours rondes et le tout a ou douze mètres de haut. Je suis sûr que sur le faite le m encore au moins un mètre cinquante d'épaisseur. C'est t lement imprenable sans artillerie. »
Combat de Youri, — Pour les combats et incidents ont, suivi immédiatement la prise de Nioro, je ne puis m: faire que de reproduire le rapport envoyé par le coh Archinard :
« Nioro, Je 7 janvier 1891.
« En quittant Nioro le 30 décembre, après la défaite de armée à Korigué et h Katia, Ahmadou se sauva dans le ^ jusqu'à la mare de Korogodio. Une fois là, soit qu'il ait cette direction pour nous tromper, soit qu'il ait eu j d'être arrêté par la colonne du lieutenant Marchand, il re à une trentaine de kilomètres au sud de Nioro en évi Kolomina. Ali-Bouri, qui avait eu son cheval tué à Kolom le rejoignit. 11 lui représenta qu'il avait encore assez de ces avec lui pour essayer de nouveau de nous résister i
Ce
chance de succès; qu'il ne pouvait fuir ainsi alors que son
frère Mantaga s'était fait sauter dans le Nioro; que d'ailleurs,
il serait infailliblement pris pendant sa fuite vers le Sud ;
que nous étions restés à Katia affaiblis par nos victoires et
que le mieux à faire pour lui était de rentrer à Nioro et de
ûoas y attendre. Ali-Bouri et Madani vinrertt en reconnais-
^^nce avec une centaine de cavaliers pour vérifier si Nioro
était toujours inoccupé.
« Ils arrivèrent juste au moment où nous placions le dra-
P^an français au-dessus de la porte d'entrée et où nous le
•^^luions de vingt et un coups de canon. Au bruit du canon
'-'^^ firent demi-tour. Mais les Toucouleurs conservèrent Tes-
^c:^ir d'une revanche et essayèrent de reformer une armée.
^^ partis le 3 janvier au matin, ne laissant qu'une compagnie
la garde du tata de Nioro et emmenant un convoi de cent
'^ mx voitures me permettant de tenir la campagne aussi long-
mps que l'exigeraient les événements. En route pour Kolo-
ina, j'appris qu'Ahmadou était arrivé pendant la soirée du
fc à Youri avec ses femmes, des troupeaux, les familles et
-^3us les biens de ses partisans. Les gens du Toro s'étaient
^fugiés de ce côté près de leurs villages, après les combats
e Korigùé. Ahmadou voulait les décider à tenter encore le
ort des armes et grossir ainsi les contingents qu'il avait
«trouvés à Kolomina et qu'il ramenait avec lui. Je changeai
Ussitôt de route et me dirigeai vers l'Ouest, pensant enfin
ï^ouvoir surprendre Ahmadou. Nous arrivâmes vers quatre
■^^ures au grand village de Youri ; je fis prévenir ce village
^U'il n'avait pas à se mêler a la lutte ; les habitants saraco-
'^^ts ne bougèrent pas. Mais dès notre passage à Amoudal-
'^^ï, il huit kilomètres avant d'arriver à Youri, les coups de
*Usil des sentinelles placées par Ahmadou l'avaient averti de
^olre arrivée. On venait de décider qu'on nous attaquerait
^a.iis le Nioro le surlendemain. Le palabre finissait à peine.
-ahmadou occupait Leva à six kilomètres de Youri; il se mit
'uî-xnême à la tête des guerriers et ne s'esquiva qu'après les
avoir entratnés vers Icndroit choisi pour nous barrer roule. Ali-Bouri prit le commandement de l'armée et vii nous offrir le combat entre Leva et Youri, à moitié roui dans une plaine couverte de petites broussailles; Tarmi dWhmadou se retrancha dans le lit desséché d un petit cou d'eau et en arrière, et attendit. Je la fis canonner pendai quelque temps par deux sections de 80 et une section de 9 mais nous avions affaire à des désespérés qui, sous le cano se groupaient autour de leur drapeau blanc brodé de se verte, le dra|)eau d'Ahmadou. Nous n'avions plus que tn quarts d'heure de jour, et il fallait profiter de ce que nous avio surpris notre ennemi. Je laissai le convoi à la garde deux compagnies déployées et Tinfanterie de marine en i serve près des pièces de 80, qui suivaient. A la marc en avant, une partie des Toucouleurs mit genou en terre attendit pour tirer ; l'autre se précipita sur nous, le porl drapeau courant en avant avec quelques hommes et quelqu cavaliers qui l'entouraient, l'espace entre deux compagni voisines s'élant exagéré par suite des difficultés de terrai ils essayèrent de franchir notre ligne sur cet intervalle.
« L'infanterie de marine combla le vide aussitôt, penda que je rappelais en soutien la compagnie de tirailleurs qi ù gauche, n'était pas encore engagée. Nos tirailleurs i sont pas très adroits, et, malgré leurs feux de salve, ci quanlc Toucouleurs purent venir ainsi tomber presque ; bout du canon de nos fusils ; l'infanterie de marine, q s est particulièrement distinguée, s'empara du drapeau. ] déroute fut complète ;les feux de salve et les coups de can< poursuivirent les fuyards, puis les spahis nettoyère la plaine, allèrent incendier Leva et poursuivirent à 5 < 6 kilomètres plus loin pour envoyer encore dans la m quelques feux de suive sur larrière de la colonne. Tout débanda; nous revînmes à Youri h la lueur de l'incendie < Leva. Parmi les morts, on en a reconnu une vingtain tous talibés du Fouta. Le lendemain, les troupeaux, les ch
vaux abandonnés erraient de tous côté^ ; plus de 1500 prisonniers, parmi lesquels les femmes d'Ahmadou, de Bassif'on, etc., furent groupés près du camp. La victoire nous a.^vait coûté neuf blessés : le lieutenant Valentin, déjà touché atma combat de Korigué, sept tirailleurs et un spahi auxit sauce; trois tirailleurs indigènes étaient seuls blessés griève-
ent.
«Lecarré futformé pour la nuit noire, deux faces seulement xotégées par les voitures. Les troupes avaient marché et «mbattu depuis le matin; il faisait grand froid, je me suis ^cidé à ne pas faire sonner Textinction des feux pour per- *
ettre de faire la cuisine et de se chauffer. Vers onze heures 11 soir, Ali-Bouri, avec 200 ou 300 Toucouleurs, essaya de I^^aétrer dans le carré qu'il attaqua par une des faces sans ^^oitures.
« Aux premières balles qui tombèrent au milieu du carré,
^ous nos feux furent éteints; les petits postes que l'ennemi
^vait pu éviter rentrèrent et nous pûmes riposter par une
Centaine de coups de fusil; les ennemis n'étaient indiqués
^Ue par les coups de fusil qu'ils tiraient sur nous ; quelques-
^Us vinrent bousculer la face du carré, et le lieutenant Morin
^eçut un grand coup de sabre qui lui tailla la figure. Je fis
Renforcer la face attaquée par Tinfanterie de marine, et tout
^*entra bientôt dans le silence. Trois ennemis seulement, Tou-
<^ouleurs du Rora, furent tués; ils tombèrent près de notre
{>i:*emière ligne de faisceaux. Cette échaufîourée de nuit nous
<^c>ùta trois blessés; personne ne le fut grièvement. Le lende-
Qctain, je levai le camp à deux heures pour revenir camper
^"v-ec tout le butin à Amoudallaï, et nous rentrâmes le 5 jan-
^^îcriNioro.
« Après la victoire. — Cette fois, je crois que la toute-puis- ^o.nce d'Ahmadou est vaincue; dès le début de l'action, ^'^fcmadou s'est sauvé vers le Nord ; tout me porte à croire ^^'il est entré dans le désert entre Katia et Korigué, mais je ^ '*^î pu savoir s'il va se diriger vers le Fouta pour aller re-
244 A LA COQl'ÈTE DU TCHAD.
trouver Abdoul-Roubakar comme le lui couseillait Ali-Bouri, ou s'il essayera de gagner le Macina.
« Son armée est en fuite dans toutes les directions .
« La dispersion a été complète. Seydou-Dieyla, secrétaire et conseiller intime, s'est perdu et n'a pu suivre Ahmadou ; Diaminatou, la grande favorite dont Ahmadou ne s est jamais séparé, est dans le même cas. Les soumissions sont arrivées nombreuses aujourd^mi ; lesplus intimes partisans d'Ahmadou et les plus iniluents se sont présentés eux-mêmes. Les Toucouleurs, les FVulhs, les Saracolets duKaarta, du Kaarta Biné, du Dianghirlé, etc., sont venus faire leur soumission. Les hommes de Ségou, les anciens sofas de Maataga, de Koniakary et d'Ahmadou sont venus par groupes. Je crois ces soumissions sincères, car, d'après ce qu'on me dit aujourd'hui, les pertes de l'ennemi dans les trois derniers combats auraient été considérables et 'bien supérieures à ce que je déclarais dans mes rapports. Nous avions déjà toutes les autres provinces; si les derniers soumis nous sont fidèles, le pays peut être regardé comme pacifié. Mes conditions semblent êlre acceptées avec satisfaction. Je ne laisse de Toucouleurs que dans le kingui, où ils se grouperont dans des villages au sud et à l'ouest de Nioro, les uns avec une partie des Boundoukés, sous les ordres de- Malick Samba, fils de Samba Toumane, ancien chef de Somson-Tata; les autres libres de nommer un almamy que j'aurais à agréer. Les Wolofs doivent se grouper à Nioro même, ainsi que les Saracolets, les Maures et les Bambaras. Le Kaarta Biné et le Dianghirlé seront rendus au vieux Dama, chef des Manassi.
« Ahmadou allait manquer de poudre; une vingtaine de tonnes peut-être sont ici en magasin. Tous ses papiers ont été retrouvés chez Sevdou-Dievla; les lettres d'Abdoul sont nombreuses. Je n'ai pu encore les faire traduire. Des caravanes de gomme me sont annoncées et les Maures de Tichit et de -^ Oualata installés ici vont les chercher avec dés saufs-conduits^=^ que je leur donne. Je devrai rester encore quelque temps
tu A LA CONQUÊTE DU TCHAD.
probablement de renverser et de remplacer son frère Mounirou.
l^ur le Niger. — Tandis que le colonel Arcljînard poursuivait ces brillantes opérations dans le Kaarta, la situation né laissait pas d'être assez grave sur le Niger. Cinq ou
six mille hommes, dirigés par des sofas de Samory, résistaient dans le tata fortifié de Kinian, aux efforts combinés de Tieba, fama du Kénédougou, et de Bodian,- fama installé par nous à Ségou. Plusieurs officiers, quelques tirailleurs et un canon avaient été envoyés au secours des assiégeants. Mais, d'autre part, le Baninko se révoltait et les sofas de Samory cherchaient à étendre le mouvement. Cela pouvait devenir un gros danger.
Aussi le colonel Archinard se mit-il immédiatement en marche vers le Niger, laissant à la garde de Niorô une compagnie de tirailleurs, cinq pièces de canon avec leurs approvisionnements et une vingtaine de spahis. Une partie de la colonne du Kaarta rentra à Kayes, l'autre, sous les ordres du commandant supérieur lui-même arriva le 7 février à Guigué, le 13 à Banamba. Le 18 elle atteignait Nyamina sur le Niger.
Kinian n'était pas encore pris et les fanatiques du Ségou et du Baninko profitaient de ce que les princes étaient retenus devant cette place pour se révolter. La situation de nos résidents devenait assez dangereuse. Déjà l'enseigne de vaisseau Hourst, ayant voulu barrer la route aux insurgés .sur le Mayel Balévcl, avait dû combattre puis s'enfermer dans un des tatas de Dienna, à la tête de quelques tirailleurs. Les révoltés, au nombre de seize cents environ, occupaient les trois
autres tatas.
Dès que la colonne^ fut arrivée on vue de Dienna, les tatas ennemis furent environnés et, par les quatre brèéhes ouvertes, les tirailleurs, enlevés par leurs officiers, montèrent à l'assaut. L'afl^aire fut chaude. Les Bambaras du Baninko sont des chasseurs émérites et se servent bien de leur fusil*
entrèrent sans coup férir à Bissandougou^ capitale des Étal de lalmamy. Samory, pour protéger sa fuite, avait dû fair donner sa garde personnelle, armée de fusils à tir rapide Ces engagements coûtèrent la vie au lieutenant Orsat, déj blessé à Dienna.
Le commandant supérieur laissa à Kankan deux compî gnies avec quatre canons et reprit la route de Siguiri.
On a beaucoup reproché au colonel Archinard cette can pagne contre Samory, suivant de si près la campagne enti Ahmadou. J'avais, je dois le dire, les mêmes prévention! mais lorsque j ai été mieux informé, il ne m'a pas paru qi la guerre contre Samory fût si facile à éviter. Ce qu'on poi vail justement contester c'était l'opportunité des expéditior de Ségou et de Nioro. Mais dès qu'elles étaient décidées, h autres opérations étaient à prévoir. En effet, tandis que 1 colonne se dirigeait vers Nioro, que Tieba, Bodian et 1 capitaine Quiquandon étaient immobilisés devant Kinian, 1 Baninko se soulevait et Samory se préparait à passer le Nige: Le résident de Ségou et le lieutenant Hourst étaient menace à la fois; ce dernier se trouvait même dans une positic critique. Les . marches rapides de la colonne, vraimei remarquables au point de vue militaire, ont tout sauvé.
Ce qu'on peut discuter, je le répèle, c'est le point de dépar Mais une fois le plan admis, l'exécution est assurément ai dessus de toute critique et si le colonel Archinard est blâm* ce ne sera point par ceux qui ont étudié de près les dernièn campagnes. En revanche, c'est ici le lieu de regretter une fo de plus le système du commandement biennal. Si l'on vei continuer la marche en avant, dont je demeure partisan, faut au moins assurer les derrières, les bases d'opérations i pour cela il n'est qu'un moyen efficace, c'est la mise en vî leur des territoires compris entre le Niger et la côte. Ma quel commandant supérieur aura assez d'esprit d'abnégatio pour se consacrer à celte œuvre de paix, qui ne le couvrit point d'une gloire éclatante?
En France, nous souffrons toujours du défaut d'informations rapides et précises : on s attend à certaines choses, annoncées à Tavance; celles-ci, on les accepte, mais s'il se produit le moindre incident inopiné, de quelque gravité, imori édiatement Topinion s'affole et se prononce sans attendre d ^étre informée.
Après la prise de Ségou, tous les Français qui s'intéressent ^-Vix questions d'Afrique s'attendaient à la campagne de -^^i^ ioro. Aussi les rapides succès du colonel Archinard ont-ils té fort admirés. Mais la campagne était finie ; nul ne s'attendit à voir recommencer une nouvelle action militaire. Et *^ici qu'on apprend la prise de Dienna, l'occupation de Kanan? A quoi songe donc le colonel Archinard? L'habileté et énergie de sa campagne disparaissent ; on ne songe qu'à lui ^procher de « faire la guerre ». Devait-il laisser prendre . Hourst et le docteur Grall et Samory se porter au secours e Kinian ?
J'ai reçu du Soudan des renseignements précis sur l'œuvre u colonel Archinard. Je déclare qu'elle est des plus remarquables. Je souhaite que le rapport adressé par le comman- «lant supérieur au commandant du cercle de Nioro soit publié. On jugera si le colonel n'est point en même temps ^(l'un habile et énergique soldat, un administrateur de mérite.
Mais ce qui est particulièrement digne d'être signalé, c'est Îb. méthode employée par le colonel Archinard pour maintenir dans le devoir les populations nouvellement placées sous i^otre protectorat; il a employé là une méthode dont on pourra, je crois, tirer grand profit : elle consiste à installer ^o pouvoir, des chefs qui nous soient absolument dévoués, ^ux lieu et place de nos ennemis renversés.
A Ségou, en 1890, le colonel Archinard avait remplacé
^Amadou en fuite par le fama Bodian. A Nioro, il a em-
P'oyé cette année la même tactique. De plus, le Ségou étant
^^^itablement trop étendu pour un seul prince noir, le colonel
Archinard a eu la pensée de le diviser en deux et de placer les territoires de lia rive gauche et trois provinces de la rive droite, sous le commandement dun nouveau roi, avec Sansanding pour capitale.
La chose difficile était de trouver un personnage assez intelligent, assez instruit, assez dévoué à nos intérêts pour ' qu'on put lui confier le nouveau royaume; pour qu'il pût travailler d'une façon utile à l'extension de notre influence et au développement de notre commerce/Le colonel Archinard songea i\ Mademba, qui depuis 1880 est mêlé à toutes les affaires politiques du Soudan et qui depuis la mort d'Alassane en avait été presque uniquement chargé par le • colonel Gallieni.
L'année dernière, les événements de Ségou avaient achevé de faire de >fademba l'un des principaux instruments de notre domination sur le Niger. Il a rempli, soit comme envoyé, soit comme chef do troupes auxiliaires, des missions de la plus haute importance. Né à Saint-Louis et Toucouleur du Fouta, Mademba connaît aujourd'hui dans leurs moindres détails les intrigues des diverses races, des diverses familles, la situation respective de tous les partis et de tous les personnages du Fouta, du Kaarta, du Ségou et du Macina. Durant deux années il a donné l'hospitalité à Mounirou, foi actuel de ce dernier pays. Mademba est un homme actif, instruit, encore jeune. Pendant* plus d'un an, de 1870 à 1871, il a été commandant et administrateur du cercle de Bétel dans le Bas-Fleuve.
La conquête du Kaarta a permis de faire de Mademba un souverain qui sera immédiatement accepté par les noirs. , Après la fuite d'Ahmadou, tous les captifs, guerriers, Ics-jk sofas de Kolimodi (ex-chef de Koniakary) de Mantaga, de^ Bassirou et d'Ahmadou vinrent trouver le commandant supé— rieur et lui demander un nouveau maître. Il ne faut pas tro] s'étonner de cette versatilité : presque tous sont des Bambi ras servant à la façon des anciens mercenaires. Le colon(
« !• Sur les territoires de la rive gauche du Niger qui font actuellement partie de Ségou et ne sont pas compris dans le cercle de Uammako (nomenclature des villages frontières sera établie par le résident de Ségou) ;
a 2° Sur ceux du Sarrau ;
« 3" Sur ceux du Monimpé;
« 4* Sur les villes de Sansanding et de Sokolo.
« Vous avez pris, vis-à-vis de moi, et par conséquent vis-à-vis de la France rengagement de gouverner ces provinces comme les noirs aiment à être gouvernés, mais avec un esprit de justice, d'humanité, de désintéressement qui place le bonheur des peuples au-dessus des satisfactions personnelles de ceux qui gouvernent.
« Les cnvpyés de ces provinces et le chef guerrier de la rive gauche du Niger ont semblé voir avec plaisir que je les mettais sous votre domination. Toutes ces populations espèrent voir venir avec vous et Tappui de la France, une ère de paix et de richesses fermée pour elles depuis bien longtemps.
« Confiant dans votre passé et dans le dévouement que vous avez montré jusqu'à ce jour à la France, j'ai mis entre vos mains les ressources dont j'ai pu disposer après la soumission du Kaarta et vous commandez déjà une puissante armée à laquelle vont s'ajouter les contingents fournis par les pays de la rive* gauche du Niger.
« Vous prenez l'engagement de travailler de toutes vos forces au développement dans les pays noirs de l'influence française, de nos idées de civilisation et de notre commerce. En retour de la puissance, des ressources et de l'appui qui vous sont donnés, vous prenez aussi l'engagement de reconnaître toujours la suzeraineté de la France sur les pays que vous commanderez et j d'entretenir en vivres du pays (viande, mil, riz, sel, lait, pois — son, etc.), les garnisons que la France pourrait avoir intérêt^:? à entretenir sur les territoires qui relèveront de vous, de fair»élever et maintenir en bon état les constructions qui seraien»^ nécessaires au logement de ces garnisons, de fournir lés courriel nécessaires au service postal, enfin, de remettre chaque année commandant supérieur du Soudan français vingt botis chevai propres à un service de guerre.
« A ces conditions, toutes les redevances que vous foumin les provinces et les villes vous restent acquises et la convenl passée l'année dernière avec la ville de Sansanding devient nu?
avez toujours recours auprès du commandant supérieur lui-même.
« Vous devez éviter, par-dessus to|it, le désaccord avec le fama Bodian et Tiéba. Toute hostilité, toute rivalité, toute démarche faite à votre avantage et au détriment de Tun d'eux serait une transgression à la loi qui vous est d'abord imposée de faire passer les intérêts de la France avant les vôtres mêmes.
« D*une façon générale, les populations doivent être laissées libres d'aller habiter où bon leur semble. Il est du devoir, cependant, de ceux qui gouvernent, de s'opposer à Témigration hors de leurs États de gens qui n'y ont pas, ni eux, ni leurs parents, été amenés de force, mais qui peuvent être regardés comme originaires de ces États. Aucune action ne doit venir de vous ou des vôtres ayant pour but de grossir le nombre de vos administrés au détriment de Tiéba ou de Bodian.
« Le résident de S^ou peut seul, dans ce cas, faire une enquête et prononcer.
« Vous aurez sur les Somonos et Bosos établis chez vous, les mêmes droits que sur les autres populations qui vous sont soumises, mais le résident de Ségou aura à prendre des arrêtés auxquels vous devrez vous conformer s'il arrivait que des Somonos ou des Bosos ayant un même chef soient établis le» uns sur votre territoire, les autres sur celui de Ségou.
« Vous forez rendre la justice entre indigènes quels qu'ils soient sous la réserve que les jugements pourront être, par l'intermédiaire du résident de Ségou, soumis au commandant du cercle auquel appartient une des parties intéressées, si l'une de ces parties relève de nos cercles.
« S'il y avait divergence entre vos jugenie^ts et celui du commandant du cercle, l'affaire serait envoyée au commandant supérieur.
« Vous n'aurez aucun droit de justice sur les Européens qui^ pourront s'établir, voyager ou commercer dans vos Etats. Si vo^< sujets avaient quelque dommage à subir de leurs actions, vour^ devriez cependant prendre les précautions nécessaires pour qu^^;:^ le résident du Ségou puisse intervenir en temps utile.
« Il ne m'appartient pas de parler des ayants droit & voti succession, le gouvernement français pouvant prononcer sar^ mon intermédiaire en temps utile, mais je fais des vœux po que le gouvernement vous accorde le pouvoir transmissible d père en fils avec agrément spécial pour chacun de vos desc^^n dants qui serait appelé à vous succéder.
« Je fais des vœux pour que l'un ou plusieurs de vos fils soient envoyés en France afin de pmivoir vous succéder plus tard, en faisant toujours progresser nos idées de civilisation et je demanderai au gouvernement de vous venir en aide pour cela, s'il en est besoin. »
J'ai dit plus haut mon opinion sur Tœuvre du colonel Archinard. Elle est favorable. On peut discuter le plan d'ensemble de ses campagnes. Je n'oserais pas dire qu'il était le meilleur qu'on pût adopter. Mais il faut louer sans réserve la façon dont le commandant supérieur l'a exécuté, son activité, son énergie, sa prodigieuse force morale. Qu'on songe que durant toute la campagne sur le Niger, le colonel Archinard était porté sur une civière, terrassé matériellement parla maladie, mais poursuivant son dessein avec une
t.énacité extraordinaire, sans souci de son existence
Pour être tout à fait juste, je dois dire que la situation cjui attend le successeur et le camarade du colonel Archinard !« colonel Humbert, est grave et difficile. Samory, loin de ^e reconnaître vaihcu, fait de grands préparatifs pour recommencer la lutte. Il a acheté à Sierra-Leone, aux traitants anglais, des armes perfectionnées et il prétend nous chasser du Niger. Il parait douteux qu'on puisse traiter ^vec lui et éviter une nouvelle lutte qui devra nécessaireïDent être décisive. Eût-il la plus grande envie de négocier ^ue le colonel Humbert ne trouvera vraisemblablement pas Samory disposé à entrer dans cette voie. Cependant n'a-t-on pas le devoir de l'essayer ?
En tout cas, quoi que les circonstances décidant, si le Colonel Humbert résout d'une manière ou de l'autre la Question Samory, il me permettra de le convier à ouvrir ensuite l'ère dp la paix et du repeuplement des territoires d^Speuplés par la barbarie des grands chefs indigènes. C'est ^ mon sens l'œuvre la plus glorieuse et la plus utile que ''on puisse actuellement entreprendre au Soudan.
L'as|>e(;t général de notre conquête du Soudan se dégage Je pense, assez nettement des pages qui précèdent.
Depuis dix ans la marche en avant se poursuit suivant la ligne qui joint Saint-Louis du Sénégal à Ségou-Sikoro et dont le prolongement atteindra prochainement, il faut Tespé— rer, Say sur le Niger, que la convention passée en 1890 avec TAngleterre a placée dans le rayonnement de notre influence et qui sert en même temps de limite à cette influence. De cette nouvelle base d opérations future, nous repartirons pour la pénétration vers le Tchad, au nord de l'empire du Sokoto, placé dans la zone d*influence anglaise. Comme ils Font fait dans le passé, les commandants supérieurs du Soudan lanceront, en avant du gros de leurs forces et sur les flancs, des éclaireurs qui prépareront ou élargiront notre action.
En même temps, des essais de pénétration isolés de la côte vers rintérieur se poursuivront, par les Rivières du Sud, la côte dlvoire et le Dahomey, de façon à réunir dans un seul tenant toutes nos possessions du Nord-Ouest africain.
Cette œuvre d'ensemble, que j'ai particulièrement étudiée est conduite, je dois le constater en toute indépendance, avec décision et clairvoyance par M. Etienne et par. ses principaux collaborateurs, MM. llaussmann et Jean-Louis Deloncle. Je ne crois pas que jamais ministre français ait fait preuve d'un tel discernement, ait mieux compris l'importance des^. questions africaines et apporté plus d'activité aies résoudra*^ y. au profil de Tinlluence française, en favorisant, à côté de ir^ y puissante action officielle, les initiatives des particuliers.
Mais quoi! dira-t-on, que sont les maigres ressources d< particuliers à côté du prodigieux effort réalisé par les coi mandants supérieurs du Soudan, avec les ressources ► ^^ TÉtal?
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