‹ A la conquête du TchadChapitre 31 sur 33 · ET DE COMMERCE SUR LE NIGER ET L'INCIDENT MIZON · texte numérisé non relu

ET DE COMMERCE SUR LE NIGER ET L'INCIDENT MIZON

A lasuilo (Igs incidents qui sont racontésplushaul,M.FrançoisDeloncle, député, posait, le (î novembre 1890, une question à M. le ministre des affaires étrangères au sujet des entraves apportées à la navigation et au commerce par la Royal Niger Company.

M. Ribot répondait : « 11 n'est pas douteux que TActe général do la Conférence d»; f^LM-lin consacre la liberté pleine et entière de la navigation du Ni^or, et s'il y a lieu, nous prierons TAnglclerre de le rappeler à la Compagnie du Niger ».

A ce momiMit, des négociations furent engagées entre les cabinets «le Londres et dcî Paris. Le public, n'en connaissant pas encore le résultat, M. 1<> prince d'Arenberg, député, a posé le 22 janvier 1891 une nouvelle quc^slion il M. le ministre des affaires étrangères.

Voici, d'après le Journal of/iciel^\e compte rendu in exleyiso de cette partie d<' lu séance.

M. le Pi'ésldsnt. La parole est à M. d'Arenberg, pour adresser à M. le ministn> des affaires étrangères, qui Taccepte, une question sur rinterprélrition de l'Acte de Berlin de 1885, en ce (jui toucbc la liberté (le navigation et d(î commerce sur le Niger et ses affluents.

M. l3 prince d'Arenberg. Messieurs, le G novembre dernier, notre honorai)!»^ coll.'igue M. Deloncle interrogeait M. le ministre des affaires étrangères et lui demandait s'il était intervenu pour faire respecter par les aiitorilés du xNiger la liberté commerciale garantie par l'Acte de Berlin di3 18S3. M. le ministre lui répondait qu'il prendrait des mesures on consécjuence et qu'au besoin il prierait le gouvernement anglais de rappeler à la Compagnie royale du Niger la clause du traité qui avait été violée.

Le fait qui avait' motivé l'intervention diplomatique était le suivant. Je le rappellerai brièvement.

Au mois d'octobre, M. Mizon avait été envoyé par un syndicat de comuier(;ants français dans le nord du Congo. Il emportait avec lui

un certain nombre de ballots de marchandises; il était chargé de faire du commerce le long de la route, de rapporter, en quelque sorte, un catalogue de ce qu'on peut vendre et acquérir dans ces contrées.

M. Mizon prit la route qui lui semblait la plus courte et qu'il croyait, sur la foi des traités, être la plus sûre. 11 n'avait pas quitté Tembouchure du Niger de quelques journées, que son bâtiment était assailli par des indigènes; il recevait deux blessures graves, et l'un de ses compagnons avait le bras coupé. Ce n'est qu'à force de bravoure el d'énergie qu'il parvint à repousser les assaillants. Puis, arrivèrent les agents de la Compagnie anglaise. Ils emmenèrent l'expédition dans un de leurs comptoirs et soignèrent les blessés, mais ils prévinrent en même temps M. Mizon que s'il voulait continuer sa. route il devait en demander la permission aux agents de la Compagnie.

Voici la lettre qui lui fut adressée par l'agent général :

u Monsieur, j'ai l'honneur de porter à votre connaissance que les instructions reçues du conseil de la Compagnie à Londres portent qu*il serait contraire aux lois et règlements de la Compagnie de*vou8 laisser pénétjrer sans son consentement dans les territoires du Niger.

« Je dois aussi vous dire que la navigation de la rivière est libre, mais que, si vous n'êtes pas muni de l'autorisation en question, il me sera impossible de vous laisser toucher terre à aucun endroit dans les territoires. » *

Vous voyez, messieurs, la théorie. On dit aux voyageurs : « Si vous voulez passer, il vous faut demander l'autorisation à la Compagnie ; elle vous l'accordera si c'est son bon plaisir. Si vous ne la demandez pas, vous pouvez continuer, mais nous vous prévenons que vous ne pouvez faire votre commerce qu'au milieu de la rivière, avec défense expresse d'approcher des bords, et si vous avez le malheur d'accosler à l'une des rives, il y a beaucoup de chances pour que vous soyez assassinés. »

C'est une manière comme une autre d'entendre la liberté commerciale! {/lires approbatifs,)

Il scMîiit bniiucoup plus loyal et beaucoup plus franc de dire : <t Nous fi»rmons complètement la route. » En effet, le faible tonnage des bateaux et la rorc(î du courant rendent indispensable un ravitaillement fréquent pour prendre du charbon ou du bois.

Sur quoi donc s'appuie la Compagnie royale du Niger pour afûcher dès prétentions aussi exorbitantes? J'ai sous les yeux l'Acte de Berlin de 1883, et, à chaque ligne, en quelque sorte, je trouve les garanties les plus précises, les plus formelles, assurant la liberté delà navigation à tous les commerçants, de quelque pays qu'ils soient.

Voici l'article 20 :

- M. le prince d^Arenberg. Alors que les peuples de TEurope tout entière ont les yeux tournés vers l'Afrique; alors que, chaque jour, parlent des explorateurs et des commerçants français qui se dirigent versées contrées en poursuivant un but commercial, je vous demande s*il est admissible qu'une Compagnie privée puisse, de sa propre autorité, fermer une des roules les plus courtes qui vonl au centre de l'Afrique. (Très bien! très bien!)

Dans TActe de Berlin, que je rappelais tout à Theure, il a été surtout queslion, pour cette partie de l'Afrique, du bassin du Congo et de celui du Niger.

Les Anglais réclamenl 1res haut la liberté dans le bassin du Congo; mais, si les théories de la Compagnie royale du Niger étaient admises, qui empêcherait l'Etat indépendant du Congo de les admettre aussi à son tour? Et alors, tout d*un coup, seraient interrompus les échanges avec les contrées les plus importantes et les plus productives de rAfri(|ue. (C'est vrai! très bien!) Le jour où Ton interdira le commerce et le négoce, on arrêtera la civilisation elle-même, parce que la civilisation n'a pas d'auxiliaire plus puissant que le commerce. [Très bien!)

Je suis certain que M. le ministre des affaires étrangères, dans sa vigilance, a déjà étudié cette question, et je lui demande de vouloir bien fournir des explications qui me paraissent indispensables, car elles intéressent tous les explorateurs, et tous les commerçants. {App laudissemen t$ . }

M. le président. La parole est à M. le ministre des affaires étrangères.

M. Ribot, ininislre des affaires étrangères. Messieurs, la question que M. le prince d'Arenberg a bien voulu m'adresser est, en effet, très sérieuse et tout ii fait digne de Tintérôt de la Chambre.

L'Acte de Berlin a établi, dans les termes les plus précis, la liberté de navi{;ation du Niger, et la Chambre sait que, déjà en 1888, des difficultés se sont élevées entre l'Allemagne et l'Angleterre à propos de l'exécution de l'article 46 de ce irai té.

La Chambre connaît aussi l'incident malheureux qui s'est produit ù très peu de distance du siège de la Compagnie anglaise du Niger, et dont le lieutenant de vaisseau M. Mizon, qui conduisait une expédition commerciale n'ayant aucun caractère officiel, a été la victime.

Des indigènes ont attaqué le canot à vapeur que montait cet officier; ce dernier a été blessé et quelques hommes de l'équipage ont été grièvement atteints.

A ce moment, nous avons demandé des explications au cabinet anglais, qui ne peut pas décliner la responsabilité des actes émanant de la Compagnie du Niger; car, comme l'a très bien fait observer l'honorable M. d'Arenberg, il possède les moyens et a, par consé-

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