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CHAPITRE VII

De l'état actuel de la démocratie française.

Je prendrai la défense de la société, non pas seulement contre les sophistes qui l'insultent et qui la déchirent, mais aussi contre la société même. Modestie ou ignorance de soi, je ne trouve pas qu'au milieu des attaques iniques dont elle est poursuivie, elle sente assez vivement tout ce qu'elle vaut. Sans doute, il est bon de voir surtout de quelles qualités on manque, afin de les acquérir; mais il convient aussi de reconnaître celles que l'on possède, surtout quand d'autres le nient impudemment. C'est le moyen de se rassurer soi-même contre les accusations dont parfois on pourrait se laisser ébranler.

Disons-le donc bien haut : cette société, que l'on calomnie quand on ne peut l'attaquer à force ouverte, est la moins imparfaite et la plus équitable que l'histoire ait jamais connue. Ce n'est pas en vain qu'au dernier siècle, elle a proclamé les Droits de l'homme; elle les a réalisés autant qu'elle l'a pu dans ses lois, dans ses mœurs; elle les développe chaque jour; et il n'est g-uère de nations au monde où ils soient en général mieux compris et plus respectés.

Pourtant, depuis soixante années tout à l'heure, cette grande nation cherche la forme de gouvernement qui lui convient et ne la trouve pas. Pendant cet intervalle, les institutions sociales n'ont pas changé dans ce qu'elles ont d'essentiel. Les immenses bienfaits de 89 n'ont point été un seul instant compromis. Bien plus, ils se sont étendus et consolidés par les tentatives passagères qu'on a faites pour les restreindre. Mais les formes politiques, durant le même temps, ont été cinq ou six fois brisées. Repu-

— isri —

blique, monarchie du génie, monarchie absolue restaurée, monarchie constitutionnelle, tout a été essayé, tout a été malheureux ou impuissant. La République est morte par l'anarchie; l'Empire est tombé sous les coups des étrangers victorieux par ses excès ; la Restauration a péri sous un parjure; et le dernier règne sous son propre affaissement.

Politiquement, la nation est encore en révolution. Socialement, ses principes sont désormais établis, et malgré les attaques les plus furieuses, ils sont immuables. On les discute avec une sorte de frénésie, et pourtant on ne les ébranle point. On leur livrait naguère à main armée un assaut formidable; ils en ont triomphé, pour sortir du combat plus invincibles et plus évidents. La propriété, la famille, telles qu'elles sont constituées par nos codes, sont des conquêtes définitives, que la violence ou la ruse des plus odieux démagog'ues ne pourra faire remettre en question.

A ces premiers éléments d'ordre, s'en joint un autre dont on ne tient pas assez décompte, et qui est presque aussi puissant, je veux dire cette organisation administrative, qu'a rég'ularisée le génie d'un grand homme, et qui est la portion la plus pratique et la plus solide de sa gloire. Grâce à cette organisation, le pays a pu changer de g'ouvernement sans être bouleversé; et les régimes politiques qui se sont succédé ont dû se servir d'un instrument qu'avait employé le vaincu, et qui n'en était pas moins efficace entre les mains du vainqueur. C'est que l'administration a su établir entre les citoyens et l'Etat des liens presque aussi énergiques et constants que ceux qui unissent les citoyens entre eux. Au milieu de toutes ces commotions politiques, elle a subsisté comme la société même, qu'elle doit toujours servir, indispensable à tous les gouvernements, et plus solide qu'aucun d'eux. On a pu voir récemment tout ce que ce mécanisme, qui s'étend sur le pays entier et qui pé-

nètre jusque dans ses moindres artères, avait de souplesse et d'utilité. Une révolution a pu s'installer en un seul jour, universellement maîtresse, régulière et calme, si les passions de quelques esprits ég*arés ne fussent venues en troubler le cours. Croit-on que le torrent eût pu si aisément s'écouler, s'il n'avait rencontré un lit tout préparé pour le recevoir, comme il avait été préparé pour bien d'autres?

La société assise sur des principes empruntés à la justice, à la raison, à la pliilosophie, et servie dans ses intérêts de chaque jour par cette administration dont nous sommes fiers à juste titre, a pu traverser les crises les plus redoutables sans y recevoir des blessures trop profondes. Ce qui le prouve bien, c'est qu'au milieu même de ces agitations et depuis le commencement du siècle, la prospérité matérielle, sauf des intermittences qui n'ont jamais été bien longues, s'est immensément accrue. Je ne nie pas

que la misère ne fasse encore bien des ravages

dans les grandes villes, malgré les efforts d'une charité intelligente et infatigable. Mais on peut affirmer que l'aisance générale s'est augmentée constamment, et que ce progrès n'est pas près de cesser. Ce n'est pas le plus important sans doute; mais c'est un heureux présage, et ce progrès ne peut se produire sans en impliquer bien d'autres plus précieux que lui.

Ainsi, la société dans ce qui dépend d'elle, codes, administration, travail, n'a point de reproches sérieux à se faire depuis 1789 ; et elle peut se rendre cette justice sans bleeser en rien la modestie.

Mais dans l'intérêt même de cette société, de sa bonne conduite et de son bonheur, ce que le pouvoir doit rechercher avant tout, c'est d'être resi)ecté ; et le seul moyen de l'être, c'est de le mériter. « Le respect s'en va, » ont dit quelques voix chagrines. Mais il faut bien le savoir : le respect ne peut s'attacher qu'à ce qui est respectable. Le pouvoir doit toujours s'effor-

cer de conquérir la confiance des citoyens, qui facilite tant de choses et prévient tant de dangers. Mais de nos jours encore plus que jamais, il est manifeste que la force des gouvernements est une force purement morale. Gagner les esprits, gagner les cœurs, voilà le point capital ; tout le reste n'est rien; de mémorables catastrophes nous l'ont assez montré.

Depuis plus de trente ans, le pouvoir a déserté, pour des causes diverses, la direction des intelligences. C'est son devoir de la ressaisir; car c'est là qu'est tout le mal. La nation n'a pas su se défendre à elle seule des passions corruptrices qui lui étaient soufflées de tant de côtés. Sous l'Empire, la littérature était peu brillante, mais elle était honnête ; sous la Restauration, elle a eu quelque temps un véritable éclat, qui contribuera beaucoup à la gloire du pays. Mais dans les dernières années déjà, elle commençait à se corrompre ; et depuis lors ses excès

n'ont pas connu de bornes. J'excepte, bien en-

tendu, les œuvres sérieuses, en très-petit nombre, qui feront l'honneur de notre temps; celles-là ne s'adressent qu'à une élite, qui n'a pas besoin d'être dirigée, et que préserve naturellement un goût délicat et solide. Mais ces ouvrages à peu près innombrables, journaux, pamphlets, brochures, drames, romans, qui chaque jour inondent la société et parlent au vulgaire, quel mal ne lui font-ils pas? Les théories les plus fausses, les espérances les plus chimériques, les passions les plus perverses s'y étalent sans mesure et sans honte; parfois elles circulent sous le couvert et l'appât du talent. C'est à des classes généralement peu éclairées que tant d'auteurs sans scrupules s'adressent; et comme le nombre des lecteurs s'accroît avec les progrès mêmes de la démocratie et de la civilisation, les écrivains se multiplient et se dépravent par le succès et les bénéfices de leurs œuvres pernicieuses.

11 faut qu'à tout prix la société apporte de

prompts obstacles à ce mal qui peut à lui seul la dévorer. Il faut qu'elle fasse reculer ce torrent qui la dévaste, ou pour mieux dire, qu'elle en tarisse les déplorables sources. Les classes moyennes, qui forment presque toute la nation, en favorisant de leur approbation, ou même de leur silence, ces œuvres détestables, préparent contre la société, c'est-à-dire contre elles-mêmes, ces attaques forcenées, qui nonseulement peuvent la perdre en un jour, mais qui entretiennent dans son sein le poison de la haine et de la crainte. Dans une société où toutes les fortunes, presque san^ exception, sont médiocres; où l'aisance ne résulte pour chacun que du travail et d'une très-modeste propriété; où les trois quarts au moins des citoyens possèdent; où la fraternité est sincère et plus largement développée que partout ailleurs au monde, d'abominables doctrines ont pu cependant faire germer au fond des âmes des jalousies et des fureurs qu'on ne connaît point, même dans

les oligarchies les plus oppressives. On a répété aux ouvriers que leurs maîtres étaient des ennemis qu'il fallait au besoin dépouiller par la force; et la révolte d'une part, l'épouvante de l'autre, ont desséché presque subitement tous les canaux de la richesse nationale. Mais il faut bien que les classes moyennes se le disent : Il y a vingt ans et plus que ce mal s'est formé dans l'ombre; il a fait de sourds progrès; et comme les feux souterrains d'un volcan, il a couvé longtemps avant l'effroyable explosion qui l'a révélé. Si les classes moyennes, c'està-dire les classes éclairées, eussent été plus prudentes, elles auraient prévenu cet incendie. C'est de leur sein que sont sortis tous ces novateurs qui devaient ensanglanter la société, et la bouleverser dans ses fondements. Leurs théories, accueillies d'abord par une curiosité trop peu intelhgente, dédaignées ensuite comme absurdes, n'en ont pas moins fait leur chemin ; des esprits à qui elles s'adressaient au début, et qui

pouvaient les juger et les proscrire, elles sont descendues à d'autres esprits, où l'ignorance, aidée des suggestions mauvaises de la misère, les a facilement propagées, en attendant qu'on essayât de les mettre en pratique.

La démocratie a donc fait une faute qui est de nature à compromettre sa prospérité et même son existence, en n'arrêtant point, quand elle le pouvait, ces théories affreuses. Elle avait assez de lumières pour les combattre et les détruire; mais elle a manqué de prudence. Et pourtant la prudence lui était facile ; car elle remplit généreusement tous les devoirs de la charité sociale; elle pouvait éloigner ces hideux conseils du cœur de ceux qui souffrent, d'autant plus aisément qu'elle est toujours prête au sacrifice et à l'abnégation pour soulager leurs maux.

Ainsi, le pouvoir, maître de l'éducation du peuple et disposant de ressources de tout ordre, doit unir sa prudence et sa force avec celle des classes moyennes, pour éteindre ces fatals en-

seigTiemeuts, qui n'ont eu tant d'échos que parce qu'on ne leur répondait pas. Diriger vers la vérité et vers le bien ces innombrables citoyens nés tout à coup à la vie de l'intelligence, et s'y égarant à leurs premiers pas, c'est une œuvre immense et minutieuse, que la démocratie ne peut oublier un instant sans s'exposer ellemême à de constants et mortels dangers.

Il faut aussi qu'à la prudence sociale les classes moyennes joignent un courage plus actif et plus sûr de lui-même. C'est une chose fort étrange et que l'histoire ne croira pas sans quelque peine ! Voilà toute une nation armée ; elle compte plus de trois millions de citoyens pouvant aller au combat et ayant des armes pour le soutenir. Tl semblerait que l'ordre public dût être dans ce pays inébranlablement garanti ; et cependant, il suffit quelquefois, pour le troubler et pour mettre la société tout entière sur le bord de l'abîme, de quelques sophistes criminels, qui poussent à la lutte une poignée

d'hommes égarés. Évidemment, ces tentatives parricides seraient impuissantes, si tous les bons citoyens étaient résolus à courir sans retard au secours de la justice et des lois indignement violées. Il faut qu'ils aient en eux-mêmes une foi plus énergique, et qu'ils sachent bien que le droit est avec eux. Ce courage là, en sauvant la société, vaudrait mieux encore que la clémence; car, devant cette barrière d'une conviction unanime et irrésistible, l'anarchie renoncerait à des luttes impies, qui seraient étouffées sur-le-champ et que désavouent déjà dans leur conscience la plupart de ceux qui s'y laissent entraîner.

Mais si la prudence et le courage sont nécessaires à notre démocratie, la tempérance le lui est encore bien davantage. La tempérance que je lui conseille est de deux sortes, dont l'une lui sera facile, et dont l'autre fera sa gloire et sa puissance, parce qu'elle est pleine de difficultés et de bienfaits.

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On a beaucoup reproché à notre société ce besoin des jouissances matérielles dont elle est travaillée; on lui a reproché aussi d'en faire une trop haute estime. L'avertissement est très-sag*e; mais je ne crois pas que la critique soit fort juste. Il est certain que, pendant dixhuit ans,, on a prêché à cette nation des doctrines peu relevées et peu honorables. Sous toutes les formes, on lui a dit : « Enrichissez -vous, jouis- « sez : voilà toute la vie des nations; c'est toute ■X la vie des individus. » Mais la nation ne l'a pas cru, parce que ces honteux conseils étaient combattus par les conseils meilleurs d'une philosophie spiritualiste , et que de plus ils étaient profondément antipathiques à la pensée nationale. Il est possible que quelques individus se soient laissé g-agner par la contag-ion; mais au fond elle a fait très-peu de victimes; et, selon toute apparence, un mal aussi bas n'est pas à craindre pour notre peuple. Néanmoins, il est toujours bon de se tenir sur ses g^ardes, et de

ne pas donner aux biens très-secondaires de la fortune une préférence que méritent seuls des biens supérieurs et plus sûrs. Mais la position générale de notre nation la porte presque inévitablement à la modération. Tl y a bien longtemps qu'Aristote l'a dit : « La classe la plus « propre à la démocratie est celle des labou- « reurs ; aussi la démocratie s'établit sans peine « partout où la majorité vit de l'agriculture. « Comme elle n'est pas fort riche, elle travaille « sans cesse, et ne peut s'assembler que rare- « ment pour les réunions politiques. De plus, « comme elle ne possède pas le nécessaire, elle « s'applique aux travaux qui la nourrissent et «f n'envie' pas d'autres biens que ceux-là. Tra- « vailler vaut mieux encore que gouverner et « commander, là où l'exercice du pouvoir ne « procure pas de grands profits ' . »

On peut donc être rassuré sur ce point ; la cause profonde qui , depuis plus de mille

» P()Jififl>'r, livre Vil. eh. u, § 1

ans, a fait naître et grandir la démocratie parmi nous, la préservera facilement de ces abus de la richesse qui ont perdu tant de monarchies et d'aristocraties. La division extrême des biens, la médiocrité générale des fortunes, et la vie des champs, nous garantissent les goiits modérés et simples dans la masse de la nation.

Mais la tempérance qu'on pourrait appeler politique, nous sera bien autrement difficile; et cependant pour le repos de la société, elle est bien autrement importante. Après des siècles de lutte, la démocratie est aujourd'hui pleinement victorieuse. Toutes les barrières sont abaissées. La démocratie n'aura de limites que celles qu'elle saura s'imposer à elle-même. Quand le monarque, ou le corps aristocratique, chargé du gouvernement, commet des fautes et des excès, il y a toujours près de lui, à ses côtés, la nation qui peut arrêter le mal dont elle souffre, et rétablir, même par la force, l'équilibre rompu.

Mais chez une nation souveraine, maîtresse absolue de la toute-puissance, n'ayant plus qu'ellemême pour sauvegarde et pour guide, toutes les fautes sont possibles, et elles sont irréparables, en ce sens qu'elles ne peuvent être réparées que par celui même qui les a commises, et que l'on se corrige bien difficilement soi-même. C'est donc ici qu'apparaîtra la sagesse ou l'imprudence de notre démocratie. Si elle ne sait pas tempérer son propre mouvement ; si, par de fortes institutions, elle ne sait pas se donner d'infrancbissables bornes, elle court risque d'aller à l'abîme et de se perdre, comme se perdent les despotes et même les rois, par l'excès de son pouvoir. Comme eux encore, la démocratie a ses flatteurs, qui sont les démagogues, l'aveuglant par leurs lâches adulations, et lui persuadant que tout lui est permis parce que tout lui est possible. Ce sont là les vrais ennemis de la démocratie, de même que ses amis véritables seront ses conseillers les plus graves.

Or, il n'y a qu'un moyen de tempérer le pouvoir, c'est de le diviser. Plus les pouvoirs politiques sont élevés et forts, plus cette maxime leur est applicable. Par suite, ce dont la démocratie doit surtout se défendre, c'est d'accorder une autorité sans contre-poids au corps législatif, qui représente sa volonté ; tant que ce point capital n'est pas sagement réglé, le gouvernement démocratique est bien près de se corrompre etde faillir, parce qu'alors il est toujours à la merci d'un décret, qui n'est souvent qu'un caprice ou une erreur de la foule. Mais aussi la tempérance politique ne peut pas remporter de victoire plus féconde que celle-là; c'est à cette question suprême que doit s'attacher surtout la sagesse des législateurs chargés de la résoudre, parce qu'elle comprend et tranche toutes les autres.

Un dernier conseil de tempérance politique qu'on doit adresser à la démocratie, c'est de ne pas conserver, contre les pouvoirs qu'elle crée

et qu'elle peut toujours changer, cet esprit d'hostilité qui, dans le passé, a trop souvent provoqué leurs fautes. On comprenait jusqu'à un certain point cette opposition et cette résistance malveillantes sous les régimes antérieurs. Aujourd'hui rien ne les justifie; ou pour mieux dire, tout les repousse. Il faut que les citoyens obéissent avec soumission non-seulement à la loi, mais encore aux magistrats qui l'appliquent. Les magistrats, de leur côté, en face d'une démocratie vigilante et des répressions de toute sorte dont elle dispose, ne seront guère tentés d'abuser d'un pouvoir toujours responsable, et dont ils connaissent trop bien la véritable source. L'obéissance et l'autorité dans l'association civile sont un intérêt commun dont chacun profite , et dont personne ne peut être blessé , sous un gouvernement dont chaque citoyen a sa part. « L'autorité et « l'obéissance, comme le dit Avistote, ne

« sont pas seulement choses néce.^saires, elles

« sont, de plus, choses éminemment utiles ' . » Ainsi, pouvoir divisé à la tête de l'État, exercice bienveillant de l'autorité, que les citoyens respectent, modération générale des particuliers, voilà ce que la tempérance exige de notre démocratie, et ce que notre démocratie lui devra nécessairement accorder, si elle tient à son propre bonheur et à sa durée pacifique et prospère.

Quant à la justice, elle a beaucoup moins à exiger de nous. Il n'y a guère de peuple, ni de nos jours ni dans l'histoire, qui ait mieux compris les devoirs que la justice impose aux hommes. J'en ai pour garant notre grande révolution de 1789, nos codes, et par-dessus tout l'excellence même de notre société, qui n'est aussi forte que parce qu'elle est juste. Or, la justice est la première vertu sociale; et sans croire que nous ayons fait tout ce qu'elle demande et que le progrès nous soit interdit dé-

' J'iilil iqi'c. livre I, cli. v, § 2.

sormais, on peut dire que ce noble culte est sincèrement pratiqué paruii nous, et que nous sommes tout prêts à le pratiquer plus saintement encore en nous améliorant sans cesse.

Enfin, pour dire un mot de la dernière partie de la vertu, la relig'ion n'a certainement point à se plaindre de la démocratie française. Le grand mouvement de rénovation religieuse commencé voilà près d'un demi-siècle, dirigé d'abord par un o'rand homme, organisateur . pacifique de la société après la tourmente révolutionnaire, secondé par la littérature, affermi par la philosophie, s'est continué dans ce qu'il a de légitime et d'utile. Les derniers événements lui ont même donné quelque chose de plus solennel et de plus sincère ; et la piété, dont Platon fait une nécessité aux Etats aussi bien qu'aux individus, devra s'accroître à mesure que notre démocratie deviendra plus sage, plus vertueuse.

Mais, je le répète, le devoir le plus pénible

pour notre démocratie, et le plus urgent tout ensemble, c'est de se tempérer elle-même. Il faut qu'elle modère à tout prix des emportements (|ui, parfois, ont dépassé la mesure, et qui, tournés désormais contre la nation qui se les permettrait, favoriseraient une incurable anarchie et seraient une sorte de suicide.

Mais déjà, si le patriotisme ne m'abuse, je crois apercevoir l'aurore d'un temps nouveau; et cette grande épreuve du suffrage universel, traversée si pacifiquement par huit millions de citoyens, peut donner une juste espérance, même à la philosophie la plus exigeante.

CHAl'ITKE VIII.

('ondusion.

Je veux couclure en quelques mots.

Grâce à Dieu, les principes sont parfaitement clairs; ils sont incontestables.

Il n'y a de salut pour les États et pour les citoyens que dans la pratique de la vertu, éclairée de plus en plus par la science; pénétrant et circulant dans tous les rameaux de la vie sociale, qu'elle soutient et qu'elle fortifie; donnant, avec la prudence, qui prévoit les choses de loin et les fait durer, le courage qui les exécute avec énergie; la tempérance, qui les modère; la justice, qui les ordonne et les règle; la liberté, qui les rend dignes de l'homme;

l'ég-alité, qui garantit ses droits; la fraternité, que réclame son cœur fait pour aimer; la piété enfin, qui place et unit les hommes sous l'œil et la conduite de leur Père commun.

Voilà le principe dans toute sa grandeur et sa simplicité.

Heureux les peuples et les individus qui le comprennent ! Plus heureux encore ceux qui le réalisent et l'appliquent, accomplissant tout h la fois la loi divine de riiumanité, et s'assurant à eux-mêmes la véritable paix, la puissance et la durable félicité !

'Ih (lécoml)f(' I84S.

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