PIANOS A BORD
— Tu as raison, murmura-t-il, et, transfiguré déjà, il me suivit docilement au salon.
Là, — nul clavecin.
<( Afin de ne pas importuner les voyageurs
92 A LA FAÇON DE BARBARl
recueillis, pensai-je, on a logé ces instruments sonores en une autre salle ! » — et, d'une main fébrile, je happai le contrôleur qui passait :
— Pardon, capitaine, fis-je, où sont donc les pianos, s. v. p. ?
L'homme me fixa avec un œil de volaille interloquée.
— Où sont les pianos ? répétai-je.
Le galonné personnage promena son regard stupide de mes bottes à mon couvre-chef, puis, avec un grossier ricanement :
— Vous n'êtes pas un peu louphe? dit-il.
— Si je suis louphoque, nul règlement ne m'oblige à vous le confier. Par contre, vous êtes tenu, vous, d'être poli. Tâchez de l'être ! Au moyen d'un écriteau gigantesque, vous affirmez qu'il y a des pianos abord. Montrezmoi ces pianos, — c'est tout ce que je vous demande. Car si je n'ai pas la berlue, ces mots sont bien réellement peints sur vos flancs, ou du moins sur ceux de votre bâtiment : Pianos A Bord.