‹ À la façon de BarbariChapitre 48 sur 80 · HANNETON, VOLE, VOLE, VOLE · texte numérisé non relu

HANNETON, VOLE, VOLE, VOLE

Gomme je me promenais, l'autre matin, — hé ! hé ! voilà les marronniers qui reverdissent ! — je fis la rencontre d'un sémillant petit homme chauve qui me demanda du feu.

« Avec plaisir! » fis-je. Et pour me récompenser, cet homme me fit part d'une bonne nouvelle.

— Monsieur, me dit-il, je reconnais à certains signes que l'année sera bonne pour les hannetons, et vous m'en voyez joyeux, — tel un canard à jeun qui trouverait sur son chemin les tripes de son père.

— • Votre révélation m'ébourilie quelque

peu, répoûdis-je, car, justement, vous vous réjouissez de ce qui, le plus souvent, désole le commun des mortels. D'où vous vient, s'il vous plaît, ce grand amour pour les hannetons?

Le petit homme chauve se mit à rire mystérieusement, et; plantant, si j'ai bonne mémoire, son index entre ma troisième et ma quatrième côte :

— La place du hanneton, prononça-t-il, est aux champs et non dans la cervelle des hommes! C'est son métier à lui, de battre la campagne, et non le nôtre.

— Haï ha ! ricanai-je, vous faites allusion à la fameuse expression populaire... On dit, en effet, des insanes et louphoques qu'ils ont <( un hanneton dans la cafetière ». Mais c'est une simple métaphore, il me semble...

— C'est une métaphore qu'il faut savourer, répondit le petit homme chauve, et dont j e vais sans plus tarder vous démontrer la j ustesse. Voyons! quel est, à votre humble avis, la principale cause de folie actuellement?

Page 1