HANNETON, VOLE, VOLE, VOLE
— Je pense que ralcoolisme détient le record!
— Bon. Et parmi les liqueurs en question, l'absintlie n'est-elle pas la plus pernicieuse ?
— Si...
— Très bien. Puisque l'absinthe engendre la folie — et puisque nous comparons volontiers le mécanisme cérébral à celui d'un réveille-matin que la moindre bestiole arrête ou affole, — on peut donc dire, sans crainte, que l'absinthe fait naître dans le cerveau de l'ivrogne un hanneton qui, pour être fictif, n'en est pas moins redoutable...
— Je n'y vois pas d'inconvénient, et, de plus, je vous autorise à remplacer cerveau par cafetière : c'est plus pittoresque.
— Parfait ! Eh bien, sachez maintenant, monsieur, que le hanneton, le vrai, le hanneton en chair et en os, le melolontha vulgaris qui dévore la feuille du hêtre, de la betterave et de mille autres végétaux innocents — est particulièrement friand d'absinthe.
A tel point qu'une colonie de hannetons dévaste une plantation d'absinthe en moins de temps qu'il n'en faut au buveur pour préparer ce qu'il appelle cyniquement « sa purée ».
J'ai donc mille fois raison de me réjouir, d'illuminer et de danser la gigue lorsque le Triple Liégeois annonce une année abondante en hannetons.
Je trouve même que le bon Belge devrait arborer cet exergue en tète de son joli mois de mai :
Bonne année de Hannetons, Mauvaise pour Charenton.
Car, s'il y a beaucoup de hannetons, — suivez-moi bien, monsieur, suivez-moi bien — la récolte d'absinthe ne vaut pas un clou. Il en résulte forcément que la production des distilleries diminue, — et, ]mêmement, le nombre des déséquilibrés.
En un mot, il y a moins de hannetons dans les cafetières.