UN SALOMON NORMAND
alentours du terrain où s'élève ledit abricotier ; attendu que le sieur Ducroccf , accusé du méfait en question, ne nie j^as l'avoir commis, — concluons qu'il est coupable et le condamnons, pour ce motif, à dix francs d'amende et douze francs de dommages-intérêts.
Le Prévenu. — Pardon, monsieurlejuge, ça ne marche plus tout droit comme ci !
Le Juge. — Qu'y a-t-il? Avez-vous, oui ou non, arrosé l'arbre de vitriol ?
Le Prévenu. — Sans doute, monsieur le
juge...
Le Juge. — Eh bien, alors? Qu'est-ce que vous réclamez ?
Le Prévenu. — J' réclame rien; seulement, la vérité avant tout, n'est-ce pas, monsieur le juge? et j'crois ben qu'y a une petite erreur...
Le Juge. — Où ça?
Le Prévenu. — Combien donc que vous dites que j'en ons acheté, du vitriol?
Le Juge. — Un litre.
Le Prévenu. — Eh bien, sauf vot'respect, monsieur le juge, c'est point vrai. J'ons
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p'-tèt' ben versé du vitriol, comme vous dites, — rapport aux misères qu'on nous a faites — mais pour un litre, non ! c'est pas un litre ! J'en ons acheté et j'en ons épanché qu'un' chopine! — ça, s'est sûr!
Le Juge, sévèrement. — Une chopine?
Le Prévenu. — Oui, monsieur le juge, aussi vrai qu' me v'ià, là, tout d'suite !
Le Juge. — Jurez-le !
Le Prévenu. — Jel'jure devant Dieu, et devant les hommes, pareillement, monsieur le juge!
Le Juge. — C'est bon! {Fsiisant signe au greffier.) Attendu que le sieur Ducrocq a versé sur l'abricotier de maître Lefoulon, non pas un litre, mais un demi-litre d'acide sulfurique, et que le délit se trouve amoindri d'autant, réduisons de moitié la peine à lui infligée primitivement — et le condamnons à cinq francs d'amende et six francs de dommasfes -intérêts.