‹ À la façon de BarbariChapitre 62 sur 80 · GRACE A LA MAMAN · texte numérisé non relu

GRACE A LA MAMAN

TOUT s'arrange

M. Billy Stevenson, qui m'avait engagé en qualité de sténographe pour toute la durée du Congrès de Boulogne, me reçut dans son cabinet de travail. Sans me donner le temps de prendre un siège, il me tendit un verre de porto et but cordialement à ma santé.

Il me déclara ensuite qu'il ne doutait pas de mes talents, qu'il avait entendu faire mon éloge maintes et maintes fois, mais que malgré cela il désirait me faire passer une sorte de petit examen — « car, ajouta-t-il en riant, un Anglais qui parle le langage français,

244 V L\ FAÇON DE BARBARf

voilà une chose qui est beaucoup difficult pour sténographier.» !

Or, voici la petite histoire qu'il me conta à titre d'épreuve, et que j'ai fidèlement notée :

A Manchester, une fois, il y a une jeune petite monsieur — vingt-quatre, vingt-cinq années d'âge — très gentil et tout à fait bien édiouqué, et un jour, il vient dans le study, ou si vous aime mieux, dans le cabinette de son papa.

— Papa (il dit loui), je voudrais marier moi.

— Vous voulez marier? dit le père.

— Oui, je veux.

— Eh bien, mon garçonne, c'est un bon idée que vous a ! Voilà que vous êtes vingtcinq années, vioux, bientôt, • — c'est le temps pour vous marier. Avez-vous pensé quelqu'un déjà — oui?

— Papa, dit le garçonne, je crois que oui. J'aime bien miss Penguin, c'est celui-là que je veux marier.

GRACE ,V L.V M\M\N, TOUT s'aRRANGE 245

— Miss Peuguin, il fait le vioux, ça il est impossible?

— Impossible ?

— Yes!

— Et pourquoi, il est impossible ? C'est une fille d'un bon famille, et respectable je crois, et vioux amis à vous, et toute comme il faut ! Vous va chez eux beaucoup de fois, souvente, et j'ai pensé que vous êtes bien content si je la marie...

— Pas du toute, — je vous dis qu'il est impossible !

— Mais pourquoi ce?

— Vous voulez que je le dis?

— Oui!

— Eh bien, mon garçonne, vous ne pouvez pas, parce que cette fille il est votre sœur. Vous comprenez?

Le jeune monsieur aperçut bien alors que cette chose était tout à fait impossible, si son papa était le père d'elle, et aussitôt il cherche pour une autre fille d'un autre côté. Et après un mois peut-être (ou mois et demi), il dit à

246 A L\ FAÇON DE P.ARBARI

son père qu'il a trouvé une autre, très jolie, et qu'il voudrait bien marier elle.

Mais quand il dit son nom, le père répond encore qu'il n'est pas possible, et pour le même raison — exactement le même :

— Elle est votre sœur.

Le jeune gentleman, sur cette parole, pensa dans loui-même que son père il blaguait avec loui, et qu'il serait mioux de parler avec son mère. Et il va trouver elle, et il dit qu'il veut marier.

Le mère dit :

— Vous êtes droit ! mon garçonne, c'est le temps pour vous de prendre un femme. Avezvous pensé quelqu'un ?

— Oui, il répond, et c'est pour cela justement que je veux à vous parler. J'ai pensé pour miss Penguin, mais mon père m'a dit qu'elle est ma sœur.

— Papa vous a dit ça ?

— Oui. Et aj^rès ça j'ai dit loui que j'ai trouvé une autre jeune fille, miss Robinson — et il me dit que elle est mon sœur aussi !

Page 1