‹ À la façon de BarbariChapitre 75 sur 80 · UN VRAI PEINTRE DE MARINE · texte numérisé non relu

UN VRAI PEINTRE DE MARINE

était venu au monde comme cela, les yeux troubles, la tête en bas, suspendu à une patère.

C'est grâce à ces aptitudes exceptionnelles que Floclis fut un jour nommé peintre du ministère de la marine, — métier plein de charmes, qui n'oblige son homme qu'à prendre, de loin en loin, quelques petits croquis de warfs en de vagues madagascars.

Lorsque le canot des officiers amena Flochs à bord du Volubilis, il avait le costume le plus inattendu qu'on pût souhaiter.

N'ayant pu recueillir aucun document précis sur l'accoutrement officiel des peintres de la marine, il en avait inventé un.

Sa casquette à galons d'or était ornée d'une ancre derrière laquelle on apercevait une palette brodée; et sur cette palette, des soies artistement disposées figuraient les couleurs de l'arc-en-ciel.

Le même attribut ornait les revers de sa longue redingote, et, dans la poche latérale d'icelle, un siffiet, un album et un crayon

étaient retenus captifs au moyen d'une triple chaîne d'argent.

.... Le vaisseau parti, on vit Flochs arpenter le pont en tous sens, confiant aux brises marines les mille parfums dont son mouchoir était imprégné. Parfois, il regardait l'horizon avec cet air pénétrant que prennent les juges d'instruction lorsqu'ils demandent :

— Que faisiez-vous, telle nuit, à telle heure?

D'autres l'ois, la tète mélancoliquement penchée, il observait, dans le double miroir de ses bottes vernies, la fuite aventureuse des nuages.

Il se livrait précisément à ce passe-temps captivant, lorsque, un matin, le commandant le fit appeler chez lui.

— On m'a signalé, lui dit-il, la présence à bord d'un peintre attaché au ministère de la marine...

— C'est moi, mon commandant.

— Votre nom est Phoque, n'est-ce pas?

— Flochs, mon commandant.

Page 1