‹ À la façon de BarbariChapitre 74 sur 80 · UN VRAI PEINTRE DE MARINE · texte numérisé non relu

UN VRAI PEINTRE DE MARINE

Gomme peintre, Floclis n'avait guère plus de talent qu'une limande, et, comme homme d'esprit, il eût été incapable de tenir tête à un cochon d'Inde; mais il avait des cravates si fastueuses, des pardessus d'un si spécial mastic et d'un noisette si délirant, qu'à la fin nous l'avions admis dans notre clan.

Il avait une jolie tète d'Italien nostalgique — de plus, il se faisait casser le col à Londres. Je ne veux pas dire qu'il traversait la Manche dans l'unique but de se faire triturer la figure par les blafardes fripouilles de

Wliite-Gliapel, — mais qu'il poussait l'amour de l'estliétique jusqu'à faire calendrer et ployer dans Ludgate-Hill ses faux-cols ouvrés rue de la Paix.

C'était un vrai dude, comme disent les riverains de l'Hudson, c'est-à-dire un paletot avec rien dedans.

Sa manière était un peu lourde, je vous l'accorde; son dessin était défectueux, c'est possible, et je ne nierai pas qu'il composait comme une brute; mais, vraiment, on ne saurait lui refuser une ciiose : ses natures étaient bien mortes, — définitivement mortes.

Il possédait le sentiment du décédé à un si vertigineux degré qu'il faisait mort-né.

Quand il exécutait le portrait d'un œuf sur le plat, on ne songeait pas à l'enfance de cet œuf — pas plus qu'à l'imminent petit poulet renfermé dans ses flancs. De même, lorsqu'il peignait un lièvre accroché, il était impossible de rêver aux temps bénis où ce doux rongeur avait couru comme vous et moi parmi les betteraves. On se figurait que l'animal

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