UNE VRAIMENT VIEILLE BLAGUE
Après avoir fiévreusement fouillé le sol et l'avoir arrosé des pleurs salés de leur front gris (comme le recommande Baudelaire), les trois compères découvrirent enfin la totalité du précieux caillou. C'était une magnifique stèle funéraire, couverte de curieux hiéroglyphes, que le professeur entreprit de déchiffrer sur-le-champ.
En moins d'une demi-heure, la translation fut terminée, et voici ce que le maître lut à ses disciples après l'avoir consigné sur ses tablettes :
« Ici repose Phra Burra Djih, le bouffon
— dont le crâne avait la forme d'une calebasse, et dont les pieds ressemblaient à ceux du canard. Il savait charmer les sauterelles
— faire chanter les grenouilles — parlait avec son ventre — avait les oreilles mobiles
— et se tenait sur la tète aussi facilement que sur les jambes. — Il naquit près de Pselcis, en Nubie, — et si vous voulez connaître les merveilleuses aventures dont sa vie fut illustrée... »
Lorsqu'il eut traduit ce qu'on vient de lire concernant les stupéfiantes facultés de Phra Burra Djib, Gueny de Mussigrec prit sa loupe et s'agenouilla sur la pierre.
Une ligne restait à déchiffrer, laquelle était légèrement éraillée.
Après un examen qui dura dix minutes environ, ses compagnons le virent soudain se redresser en proie à la plus véhémente hilarité.
— Ha! fit-il, elle est bonne !
— Quoi donc? demanda Trupe.
— Elle est bonne! répéta Gueny, se tordant toujours, — excellemment bonne, mirifiquement excellente, et pyramidalement drôle.
Puis, quand il se fut un peu calmé :
— Trupe, dit-il, à votre humble avis, combien peut peser cette stèle? Parlez sans crainte, Trupe, el dites-moi cela!
Trupe examina le bloc et dit :
— Je veux être la proie des fourmis rouges si elle pèse moins de 5,000 kilos.