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LES MALICES D'ANIMAUX

Vous avez tous eu sous les yeux des exemples de l'ingéniosité des bêtes, ne serait-ce que votre chat ouvrant une porte en s'accrochant au bec-de-cane ; mais peut-être n'avez-vous jamais possédé un chien aussi malin que celui du décrotteur de la rue de Tournon.

Un petit décrotteur qui se tenait devant

la porte de l'hôtel Nivernais, rue de Tournon, avait dressé un ^^ barbet nommé Pataud à se mettre dans la boue, puis à venir ^ salir les chaussures des passants.

Ceux-ci criaient, bien entendu, et lançaient au toutou des coups de pied qu'il évitait adroitement ; mais finalement ils étaient bien obligés de se faire nettoyer, et l'on faisait queue, les jours de pluie, devant la sellette de son maître.

Le jeune décrotteur fit une petite fortune en quelques années, et il.

alla vivre de ses rentes en Auvergne, son pays natal.

Toutes les preuves d'intelligence données par les bêtes ne se manifestent pas dans des circonstances aussi comiques.

L'histoire du chien de Guyon est certainement plus émouvante que celle de Pataud.

En 1842, lors d'un terrible incendie qui ravagea le village de Neuville, dans l'Aube, le chien d'un des incendiés, M. Guyon, s'étant aperçu que les animaux de son maître étaient restés dans une grange en feu d'où ils refusaient de sortir, épouvantés qu'ils étaient par les flammes et la fumée, y pénétra seul et, à force d'aboiements et de morsures, il fit sortir une première fois un cheval, une vache et quelques moutons. Il retourna de nouveau dans la grange, et de la même façon il poussa dehors une vache et encore quelques moutons.

11 voulut rentrer une troisième fois dans la fournaise; mais, dès le seuil, il s'aperçut que les animaux qui étaient restés dans la grange étaient inanimés. Il revint en arrière et, épuisé, se coucha dans un pré, penque la maison achevait de ir.

Devant de pareilles preuves d'infelligence, les hommes ne pouvaient

pas hésiter à chercher à instruire les bêtes et à tirer parti des dons merveilleux qu'ils remarquaient en eux, et c'est ainsi que nous sommes amenés à faire une place importante ici aux « animaux savants ».

Il n'est pas de chiens dont la renommée ait été plus grande que celle du chien Munito, que l'on exhibait à Paris vers 1818.

Prenant dans sa gueule les cartes ou les dominos étalés devant lui, il jouait sans jamais se tromper, exécutant des tours les plus extraordinaires. On apprit très tard que, doué d'une ouïe très fine, il obéissait aux craquements produits par une plume d'oie placée dans la poche de son maître.

iMais depuis on a fait mieux.

Un Anglais, lord Avebury, vient d'apprendre à lire à son chien, et il révèle, dans une revue de Londres, la méthode qu'il employa à cet

effet.

Il avait commencé par prendre deux petits morceaux de carton de dimensions égales ; sur l'un il écrivit le mot manger, il laissa

l'autre sans inscription.

Ceci fait, le premier carton fut placé sur un plat contenant du pain et de la viande, et le second sur un plat vide. Dix jours après, l'intelligent animal réussissait à comprendre lequel des deux cartons avait un sens.

Aussitôt lord Avebury renouvela l'épreuve avec divers cartons sur lesquels il écrivit : boire, eau, os, sortir, etc.

Peu à peu il parvint à se faire apporter le carton indiquant la chose même que l'animal désirait, et il réussit à lui enseigner une centaine de mots.

Aujourd'hui le chien peut, tous les jours, demander ce qui lui plaît le mieux et tenir, avec son maître, une conversation aussi élémentaire qu'alimentaire.

Plus fort encore! Le docteur Rouhet, des environs de Bordeaux, a appris à écrire à son cheval Germinal. ,

« Lorsque j'ai commencé à apprendre à écrire à Germinal, 'raconte le docteur Rouhet, je lui ai mis dans la bouche un porte-plume spécial, bien entendu. C'est une tige de bois aplatie, longue de dix ou douze centimètres et terminée à l'une de ses extrémités par une sorte de tampon gros comme une noix, formé par du linge tressé en boule. En lettres majuscules, mon nom se compose de deux traits verticaux, de quelques transversaux et de quelques lignes courbes. 11 a donc fallu habituer le^ cheval peu à peu à exécuter avec la tête un mouvement circulaire pour la confection des deux lettres les plus difficiles : l'R et l'O. Je lui ai appriâ à se placer bien en face du tableau, à serrer le porte-plume dans les dents, à ne pas trop peser pour ne pas déchirer le papier. Dans les premières leçons, le cheval a été maintenu et guidé par le filet. Au boilt de quelques séances, il est parvenu à assez bien écrire mon nom sur un tableau où j'assujettis, à l'aide de deux tiges de fer serrées par des vis, deux feuilles de papier blanc. »

Attention, jeunes écoliers! si les animaux s'y mettent, vous allez vous laisser devancer.

y Mais, — et cela tout à leur honneur, — ce n'est pas surtout pour des fantaisies qui intéressent le cirque que les bêtes utilisent leurs facultés remarquables : elles appliquent aussi leur intelligence à se rendre des

^ services mutuels, et cela, sans que l'homme intervienne pour faire leur éducation. L'histoire du rat de M. Puddew est là pour le démontrer.

En 1757, M. Puddew, aide-chirurgien à bord du Lancaster, raconte qu'étant couché dans son lit, il assista à ce spectacle:

Deux jeunes rats sortent d'un trou, attirent à eux un vieux rat, et " se mettent à courir de côté et d'autre, recherchant des miettes de

pain qui sont restées sur le parquet à la suite du repas, pour les apporter à manger au vieux rat.

A l'attitude de celui-ci, pleine d'hésitation et de tâtonnements, M. Puddew comprit que le vieux rat était aveugle.

Touchante sollicitude des deux jeunes rats, qui, surpris par un bruit qu'on fait à la porte de la chambre, ne se mirent en sûreté que quand ils eurent fait rentrer le vieux rat dans le trou.

N'est-ce pas vraiment émouvant, et "^ ne convient- il pas de terminer cet ouvrage en l'honneur des bétes par cette si jolie histoire ?

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