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le caresser, et comme s'il voulait mourir avec lui. Le duc n'eut que le temps de l'écarter de la main, pour qu'il ne fût pas atteint par les balles.
Ne croyez-vous pas qu'il soit juste de faire entrer dans notre Panthéon quelques chiens encore vivants? Pourquoi n'ouvririons-nous pas toute grande, par exemple, la porte à Tram, qui fut récemment lauréat de la Société protectrice des animaux ?
Tram est un beau saint-bernard, qui, à l'âge de trois ans, sauvait son maître qui se noyait.
Mais voici plus fort : selon les termes mêmes du rapport officiel, ce chien, — d'une probité exemplaire — a maintes fois rapporté des objets perdus : bijoux, billets de banque. Et il faut avouer que la reconnaissance de matières généralement d'une valeur insensible aux toutous indique chez le bon Tram un esprit tout à fait supérieur.
L'homme a fini par comprendre le parti qu'il pouvait tirer de l'intelligence des chiens, et maintenant le chien est devenu un précieux auxiliaire pour la police, il se jette sans crainte sur l'apache armé d'un couteau ou d'un revolver. Il en est déjà qui sont morts victimes de leur courage. D'autres se révèlent comme de dignes émules du fameux détective Sherlock Holmes.
Tel est Trompette, qui appartient à M. Rougeot, de Versailles.
M. Rougeot ne se sépare guère de son chien.
L'autre jour, ils regardaient tous deux les boutiques d'une rue fréquentée, le maître très absorbé, l'épagneul le nez au vent, lorsqu'un Anglais s'approcha.
Trompette n'est sans doute pas partisan de l'entente cordiale, car il
sauta aux jambes du nouveau venu et l'empoigna par le fond de son pantalon.
Excuses de M. Rougeot, salut de l'Anglais, qui refuse de porter plainte et s'éloigne.
Mais Trompette ne l'entendait pas ainsi : il fait un nouveau bond et ressaisit sa victime,... mais pas au collet.
M. Rougeot, de plus en
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gilet, non à voulu
plus confus, allait renouveler ses excuses, quand il s'aperçut que sa montre n'était plus dans la poche de son La lumière se fit dans son esprit : le brave Trompette se livrait une agression, mais à une arrestation. L'Anglais, qui aurait bien s'enfuir, fut en effet trouvé porteur de la montre.
Nous n'en finirions pas si nous voulions vous conter tous les exploits de messieurs les toutous. Nous terminerons donc le chapitre qui leur est consacré par quelques lignes sur le fox-terrier César, illustre en Angleterre. César est le chien de feu Edouard VII.
Quand le roi Edouard venait en France, César
passait avec lui le détroit, et c'était, à l'hôtel Bristol, le roi lui-même qui commandait sa pâtée.
C'est à Carlsbad que le groom chargé de l'ascenseur l'annonçait en ces termes : « Monsieur le Chien royal, et le valet de pied de monsieur le Chien royal. »
D'ailleurs, le bon toutou payait largement son écot, et les repas de monsieur le Chien royal (potage aux biscuits à la viande et os de ragoûts) étaient bien portés sur la note de Sa Majesté à raison de six francs par jour.
Pour l'hiver, César possédait des paletots bleus liserés de rouge, avec dans un coin le chiifre du roi ; mais surtout ses colliers étaient splendides et nombreux. Celui qu'il portait le plus souvent était un cercle d'argent mat, où était gravée cette inscription : « Je suis César, j'appartiens au roi. »
Lorsque Edouard VII tomba malade et s'alita pour ne plus se relever. César, déconcerté et en proie à une sorte d'inquiétude, ne quitta plus la chambre de son maître. Lorsque le roi eut rendu le dernier soupir, César fut emmené; mais c'est en vain qu'on essaya de l'égayer en lui présentant les plus alléchantes friandises : il refusa de prendre toute nourriture. La reine Alexandra elle-même s'intéressa à la peine du pauvre toutou. Elle donna des ordres pour qu'on le sortît, qu'on essayât de le distraire un peu. Rien n'y fit. Le valet de pied qui
en avait la charge eut fort à faire pour l'empêcher de retourner, à chaque instant, dans la chambre où jadis il avait passé avec son maître de si bonnes heures.
C'est aussi d'après un désir de la reine que César, tenu en laisse par son Écossais en grand costume, suivit le cercueil de son maître. Et parmi la cavalcade étincelante d'empereurs, de rois et d'ambassadeurs, on put voir, trottant derrière le char funèbre, la tête basse, un nœud de crêpe à son collier, le terrier favori d'Edouard Vil, qui marchait en tête du cortège, auprès du cheval d'armes du roi, avant les souverains et les princes.
S'il est une bête de laquelle il semble que l'on puisse tout attendre, sauf un acte de bonté, c'est bien de cette terrible et horrible bête que l'on nomme orang-outang, qui passe pour être particulièrement féroce. Eh bien! avant de quitter l'Angleterre, vous allez apprendre, par l'exemple de l'orang-outang de Fitz-Gerald, combien les apparences sont trompeuses. Voici comment un de nos confrères conte cette impressionnante histoire :
Fitz-Gerald, duc de Leicester, marquis de Kildare, était le dernier descendant du fameux Bryen Boirive, lequel, au xi' siècle, avait chassé d'Irlande les Danois et les Norvégiens.
Les six premiers enfants ayant été des filles, ce fut longtemps une désolation générale dans le pays ; car la tradition superstitieuse disait que si la famille venait k s'éteindre faute d'héritier, la contrée serait dévastée par toutes les calamités. Enfin, au bout de longues années, le noble seigneur eut la joie d'avoir un fils. Des fêtes magnifiques signalèrent cet heureux événement.
Or il y avait dans le château un grand orang-outang domestiqué, qui, à la naissance de l'enfant, prit, comme tout le monde, sa part des
L'orans-oiitans de Fitz-Gerald.
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plaisirs. Quand il vit que l'on caressait le nouveau-né, il le caressa aussi, mais avec de telles précautions, qu'on en demeurait dans l'admiration. Entendait-il le bébé pleurer, il allait aussitôt le bercer.
Le petit Fitz-Gerald grandit, et le singe devint son meilleur ami. C'étaient deux inséparables; l'animal amusait son petit maître, le caressait, le soignait comme une nourrice, grimpait aux arbres pour lui cueillir des fruits. Même quand le jeune seigneur avait commis quelque faute et mérité une punition, il n'avait qu'à se réfugier près de son singe et de lui dire : « Défends-moi! » Celui-ci se mettait en si menaçante posture, que personne n'osait approcher.
Tout le monde était donc fort heureux, le duc d'avoir un fils, la population de n'être plus menacée de désastres, le fils d'avoir un singe, et le singe d'avoir un jeune maître.
Une nuit, ce bonheur devait être sinistrement troublé.
La cloche d'alarme s'étant mise à sonner à grandes volées, le peuple s'éveilla et, se levant, vit des tourbillons de fumée et le ciel rouge du reflet des flammes. Le château était en feu. Tout le monde vole au secours des châtelains; on veut enlever Fitz-Gerald. On se précipite dans la chambre de l'enfant : on n'y trouve que la malheureuse mère, étendue évanouie à côté du lit vide de son fils. On l'emporte, on cherche l'enfant, on' ne le trouve pas.
En vain des paysans déploient le courage le plus intrépide, le château s'écroule, ensevelissant sans doute le dernier descendant de la race si précieuse et si aimée.
Le désespoir déchirait tous les cœurs, lorsque soudain un cri aigu se fait entendre, et l'on aperçoit avec stupéfaction le singe avec Fitz- Gerald dans ses bras.
Le premier, l'animal s'était rendu compte de l'incendie. Escaladant les murs, s'accrochant à tout, il avait atteint la fenêtre de la chambre
de son maître. Briser un carreau, pénétrer auprès du lit, prendre l'enfant endormi, le transporter de toit en toit du côté opposé aux flammes, n'avait été qu'un jeu pour l'intelligent animal. Maintenant il rapportait l'enfant. On ne savait lequel des deux fêter le plus.
Depuis ce jour, le singe tint la première place dans l'écusson des Fitz-Gerald, ducs de Leicester.
Décidément, les annales de la vie des bétes semblent plus riches en belles actions que les annales de la vie des hommes. Tout au moins n'y trouverait-on pas autant d'actes répréhensibles et condamnables.
Il nous faudrait encore de longues pages pour épuiser ce sujet, que la chronique augmente chaque jour de faits nouveaux.
Mais il convient de s'arrêter,... non sans vous avoir dit pourtant la jolie anecdote de M""' d'Helvétius et d'un moineau.
En 1789, pendant l'hiver. M"'' d'Helvétius, la femme du fermier général, se trouvait sur son balcon, où elle donnait à manger à des pierrots.
L'un d'eux, plus hardi et plus familier que les autres, monte sur ses épaules et la béquette.
Le lendemain, ce même moineau revient. Il a un petit sac attaché autour de son cou. M"' d'Helvétius prend le sac, l'ouvre et y trouve un billet ainsi conçu : « D'honnêtes gens de votre voisinage languissent dans le besoin. Ferez-vous moins pour eux que pour les nombreuses familles d'oiseaux qu'on vous voit secourir tous les matins ? »
M""" d'Helvétius prend un billet de six cents livres, le met dans le sac et donne la liberté au moineau.
Le lendemain, le moineau revient se poser sur son épaule; il a toujours un petit sac au cou. M™' d'Helvétius l'ouvre et y trouve un nouveau billet ainsi conçu : « Vous avez sauvé un artiste estimable et sa nombreuse
^■^ famille, les six cents livres vous seront remises au printemps prochain. »
L'oiseau repart, et M"' d'Helvétius n'entend plus parler de lui.
Mais, au mois de juillet suivant, comme elle se promenait sur la terrasse, voilà qu'un pierrot se pose familièrement sur son épaule, et, comme il a un petit sac, elle n'hésite pas à le reconnaître.
Elle ouvre donc le sac, et elle y trouve un billet de six cents livres et quelques lignes de profonde gratitude.
Quand elle lève la tête, le moineau était reparti.
Cette fois, elle ne le revit plus. Ne dirait-on pas un conte de fée?
Il en est qui prétendent que les bêtes sont devenues méchantes par suite des mauvais traitements que nos ancêtres leur ont fait subir. Les bêtes sont-elles donc devenues méchantes? Ceux qui en étaient convaincus en douteront après nous avoir lu, et ceux qui estiment qu'il est exagéré de croire à l'intelligence des animaux changeront peut-être d'avis lorsqu'ils auront parcouru notre quatrième et dernier chapitre, consacré aux malices des animaux.