PRIÈRE DU CHEVAL
« fe te soumets, maître, ma prière. Nourris -moi et calme ma soif. Après le travail et la peine de la journée, donne-moi asile dans une écurie propre. Parle-moi , car la voix est plus efficace que les rênes et le
fouet; caresse-moi et apprends-moi à travailler avec bonne volonté Ne me frappe pas dans les montées, et ne tire pas sur les rênes dans les descentes. Si je ne te comprends pas tout de suite, ne te hâte pas de saisir le fouet; mais vérifie plutôt les rênes pour voir si elles ne sont pas emmêlées, regarde si le fer fie blesse pas mon pied. Si je parais dédaigner le fourrage, examine mes dents. Ne coupe pas les crins de ma queue, c'est ma seule défense contre les mouches qui m'agacent et me tourmentent. Enfin, mon cher maître, lorsque l'âge m'aura rendu faible ou invalide, ne me condamne pas à la mort par la faim; juge-moi et tue-moi toi-même, pour que je ne souffre pas inutilement. »
Et cette émouvante prière donne, paraît-il, les meilleurs résultats,
même parmi les cochers les moins sensibles. N'esl-ce pas qu'elle sérail utile à propager?
Autre anecdote non moins touchante.
Les moineaux et les ramiers de Paris ont un grand ami, célèbre dans toute la capitale, M. Pot, que les friquets entourent dès qu'il apparaît aux Tuileries, se posant sur ses épaules, sur son chapeau, sur ses mains, venant cueillir les miettes de pain jusque sur ses lèvres. Chaciui a son nom et répond par un petit cri quand M. Pot rappelle : celui-ci, c'est Barnabe; celui-là, Berlandaud; puis voici Benjamiii, Coralief... Or l'an dernier, sur les pelouses des Tuileries, eut lieu, à Paris, le réveillon des petits oiseaux. Une charmante Parisienne, la comtesse de W..., avait, en effet, eu la jolie pensée d'envoyer une brioche colossale à M. Pot, l'ami des moineaux de Paris que vous connaissez bien, avec, sur sa carte, cette inscription : « Poiir vos petits oiseaux. »
M. Pot descendit donc, le matin de Noël, aux Tuileries avec sa grosse brioche, et je n'ai pas besoin de vous dire s'il fut tout de suite entouré de centaines de pierrots, voletant et piaillant. Les gros pigeons pat tus voltigeaient, eux aussi, autour de lui, tout frémissants de gourmandise.
Et là, sous la bise glaciale, pendant une longue heure, Barnabe, Coralie, Berlandaud, Benjamin; bref, tous les petits convives habituels et exceptionnels de M. Pot goûtèrent avec délices ce repas inattendu et succulent, au milieu d'uti vaste cercle de badauds que ce spectacle tenait attentifs.
Puis, lorsqu'ils furent rassasiés, ils prirent leur vol vers les arbres d'alentour, saluant de petits cris joyeux leur père nourricier et leur bienfaiteur inconnu.
Voilà donc qu'on sHntéresse aux bêtes, quon se met à les aimer, à les secourir, à les défendre. N'est-ce pas que notre album arrive à son heure, puisque, racontant les hauts faits , les belles actions, les actes de courage, d'intelligence, de dévoueme?it d'animaux dont les noms sont passés à la postérité, il répandra l'amour de ceux que l'on a appelés si joliment « nos frères inférieurs »?
Les oies du Capitule.