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GLOIRES MILITAIRES

La vie des animaux contient d'admirables exemples de courage, de dévouement, d'attachement. Dans l'histoire militaire de tous les pays, on a consacré des pages éloquentes aux actes d'héroïsme accomplis par les bêtes. Des temps les plus lointains jusqu'à nos jours, les anecdotes abondent.

Hier encore ne fêtait-on pas à Hyères, au 22' colonial, un brave chien nommé Bataillon, qui arrivait du Maroc, où il avait été fait sergent, après avoir assisté aux obsèques de son frère Pompon, tué sur le champ de bataille, le 22 février 191 2, près de Casablanca? Il y a plus de deux mille ans, c'était un éléphant qu'Alexandre récompensait magnifiquement pour son admirable conduite à la bataille d'Hydaspe.

A la bataille d'Hydaspe (328 avant J.-C), Porus, vaincu par Alexandre, s'enfuyait, monté sur un éléphant. Bien qu'il fût couvert de blessures, Porus avait encore la force de lancer des traits contre ceux qui s'acharnaient à sa poursuite.

il iussit ainsi à les distancer; mais, épuisé de fatigue et de douleur, i! va tomber, lorsque l'éléphant, à qui l'état de son maître n'a pas écharpé, s'arrête, s'agenouille et le dépose doucement à terre.

Puis, prenant avec sa trompe les flèches dont le corps de Porus était couvert, il les arrache les unes après les autres avec d'infinies précautions.

Cependant Alexandre suppose que Porus est mort. Il envoie des soldats à la recherche de son cadavre, avec permission de le dépouiller.

Ceux-ci, n'ignorant pas que Porus était revêtu d'une cuirasse d'or, se mettent à sa recherche, le découvrent enfin et veulent lui enlever l'objet précieux.

Mais l'éléphant s'est relevé, il défend son maître, tient tête aux assaillants jusqu'au moment où il tombe lui-même, dangereusement atteint, victime de son dévouement.

Porus, placé dans un chariot, est conduit devant Alexandre.

« Comment veux- tu que je te traite ? demande le grand capitaine.

— En roi, » répond le vaincu.

Cette fiére réponse émut Alexandre, qui laissa à son ennemi ses' armes et le gouvernement de son État. Mais il exigea qu'on lui remît l'éléphant, auquel il donna le nom d'Ajax et qu'il consacra au Soleil.

Ajax fut revêtu d'ornements magnifiques, et sa consécration au temple du Soleil fut gravée sur ses défenses.

Il ne faudrait pas s'imaginer que les animaux ne sont mêlés aux faits héroïques de la vie du soldat que parce qu'ils y sont amenés obligatoirement par le service qu'on leur impose. Certaines bêtes ont, pourrait-on dire, véritablement par nature « l'esprit militaire ».

Nous le verrons bientôt lorsque nous aurons à parler de l'illustre Moustache. Mais nous en trouvons un exemple extraordinaire chez un animal bien injustement décrié, complètement disqualifié au point d^ vue de l'intelligence. Vous avez deviné qu'il s'agit d'une oie.

Dans la ville d'Esslingen, en Wurtemberg, vivait en i833, chez un boulanger, une oie. Elle avait, comme ses compagnes, un plumage gris et blanc recouvrant un fin duvet, une marche dodelinante et le cou tendu en avant.

Or cette dame l'oie savait être sensible à certaines beautés : l'uniforme éclatant des carabiniers, dont la caserne dominait la demeure de son maître, l'avait éblouie, captivée, au point qu'elle prit bientôt l'habitude de partager la faction de la sentinelle.

Elle suivait ce soldat pas à pas, faisant de son bec une arme toujours levée. Puis, quand elle voyait, le soir, se fermer grille du quartier, elle prenait son élan, volait par-dessus le mur et rejoignait ainsi ses amis de faction.

Une si manifeste sympathie pour les défenseurs du pays toucha le capitaine, qui acheta cette patriotique emplumée et la déclara « oie du régiment ».

La bête voulut être à la hauteur de sa nouvelle dignité, et c'était par des coups de bec vigoureux qu'elle éloignait tous ceux qui tentaient de s'approcher de la sentinelle, et par des cris significatifs qu'elle aver- ' tissait celle-ci de la venue des rondes

~^^ ou des patrouilles.

^' Lorsque le régiment changeait

Lr^ de garnison, l'oie prenait la tête, marchant en avant des trompettes, et, au besoin, accompagnant f h' leurs sonneries de ses cris stri-

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Jamais sa fidélité ne se trouva en défaut.

Ce ne fut qu'avec la vie que cessèrent les bons offices du vaillant éclaireur, qui ne comptait pas moins, lorsqu'il mourut, de vingt années de service militaire!

L'Allemagne compte un autre animal qui se rendit célèbre en jouant aussi, dans un moment critique, un rôle de sentinelle. C'est un chien. 11 est enterré au château de Sans-Souci.

Il s'appelait Gengisk et appartenait au Grand Frédéric.

Gengisk était un superbe danois, pour lequel Frédéric II avait le plus vif attachement.

Or, un jour, c'était pendant la guerre de Sept ans, Frédéric II, faisant une ronde nocturne, s'était doucement éloigné de son camp pour tâcher de se

rendre compte des travaux de l'armée

ennemie. Gengisk seul l'accompagnait

et trottait en avant.

Tout à coup le chien

revient sur ses pas, lair

inquiet. Il s'agite,

sans aboyer, même g*"""

sans -t

Le lévrier Mustapha A Fontenoy.

fait tous ses efforts pour empêcher le roi d'avancer. Frédéric s'arrête, écoute, et perçoit le bruit d'une patrouille qui s'avance.

Il n'a que le temps de se jeter sous l'arche d'un pont. Gengisk se glisse près de lui. Ils attendent tous les deux avec anxiété... Mais les pas s'éloignent, ils sont sauvés.

Sans Gengisk, Frédéric II était fait prisonnier par les Polonais.

Mais les deux véritables chiens soldats sont sans conteste Mustapha et Moustache.

Mustapha était un lévrier, et il appartenait a un canonnier

anglais.

A la bataille de Fontenoy, Mustapha, qui se tenait aux côtés de son maître, le vit tomber dans une charge furieuse des Français au moment où il allait mettre le feu à la pièce qu'il servait.

Mustapha n'a pas une seconde d'hésitation. II ne songe pas à pleurer son maître, mais à le venger. Il saisit dans sa gueule la mèche que le canonnier a laissé tomber et met le feu au canon.

Le coup, dit-on, renversa soixante-dix hommes. Le roi d'Angleterre Georges II fit entrer Mustapha aux Invalides.

Moustache, lui, est une gloire purement française. Ce fut un grognard de la Grande Armée, et ses états de service sont aussi pittoresques qu'admirables.

Moustache vit le jour dans une ferme de Normandie, près de Caen, en 1799. Il s'appelait tout simplement Pataud. Un jour, voyant passer un régiment de grenadiers, il le suivit et fut adopté par lui. On l'appela Moustache, et on lui apprit l'exercice.

Pour ses débuts à la Grande Armée, il passa le mont Saint-Ber-

nard à la suite de Bonaparte, et vint camper avec son régiment sous Alexandrie, en Piémont.

Une nuit, Moustache va faire dans la campagne une petite promenade : il découvre un parti d'Autrichiens qui s'avance prudemment dans la vallée du Balbo, tandis que dans le camp français on est sans défiance. Moustache reconnaît l'ennemi, donne l'alarme.

Les Autrichiens battent en retraite, et, le lendemain, le colonel ordonne que notre toutou soit inscrit sur les cadres du régiment et touche la demi-ration d'un grenadier.

Quelques jours plus tard, Moustache, infatigable maraudeur, découvre un cheval penché sur le corps d'un officier autrichien tué. 11 prend la bride de l'animal et l'amène au camp.

A Marengo, Moustache, qui marche en tête du régiment, se bat contre un énorme dogue qui appartient aux Autrichiens. Rude

combat qui aurait pu mal tourner pour notre héros, si une balle n'était venue frapper au front son adversaire.

Quelques instants plus tard. Moustache lui-même était blessé

d'une balle qui lui emportait l'oreille et lui entrait dans l'épaule. Soigné à l'infirmerie, il était guéri au bout de quinze jours et recevait la faveur de pouvoir assister officiellement à toutes les revues.

La campagne d'Italie devait se terminer moins brillamment pour le chien des grenadiers. Mis à la chaîne pour avoir mordu aux mollets un important personnage italien, Moustache brisa son attache et s'enfuit chez les chasseurs, qui l'accueillirent avec enthousiasme.

Nous voici, cinq ans plus tard, à Austerlitz.

Au cœur de la bataille, le porte-drapeau du régiment, entouré d'ennemis, va succomber. Il plante son ^^^#.. ^ drapeau près de lui et se défend en faisant le mouli- ^ net. Mais la résistance est inutile.

Il crie d'une voix déses-

peree :

« Au drapeau ! au drapeau ! »

...u, -v-w. - .^,^ Personne n'entend. Personne,

r^ôS^îlC'^ "^'^ -- . sauf Moustache. Le chien s'é-

yjZ.^IT"; '"" lance. Le porte-drapeau tombe,

mais il tient toujours l'étendard.

Moustache se jette

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entre lui et l'ennemi. Il va être lardé de coups de baïonnettes, quand une décharge de mitraille fait reculer les assaillants.

Moustache profite de

.^ ce moment de répit. Il constate que

le défenseur du drapeau est mort en serrant la hampe dans ses bras.

Ne pouvant arracher cette hampe, d'un "coup de dent il déchire l'étoffe, et, le glorieux trophée dans la gueule, il s'enfuit.

-"~^'''' Il va rejoindre son régiment, lorsqu'une balle l'arrête

:."1 et lui brise une patte. 11 tombe, à demi mort, et ce

n'est que deux heures après qu'on le retrouve, à la même place, sans force, mais les dents serrées, tenant toujours l'étoffe aux trois couleurs.

Ce-jour là. Moustache vit son collier remplacé, sur l'ordre de Lannes, par un ruban tricolore et une médaille d'argent.

Sur une des faces de la médaille étaient gravés ces mots :

moustache, chien français

qu'il soit toujours respecté

comme un brave

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Moustache présente à l'Empereur.

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