VA, MON DESTIN
Va, mon destin, marche en avant, Je te suis toujours sans murmure; Ou je me plains moins, je t'assure, Qu'une girouette au grand vent.
Et Dieu sait aux jours des rafales Ce qu'elle dit en tournoyant.
Eh I bien, j'affirme en la voyant Que nos tourmentes sont égales.
Ne te gêne en nulle façon, Tourne, retourne-moi, fais rage !
Je tiens de toi cet avantage D'en rire en faisant ma chanson.
La passe est pourtant souvent dure !
Trop souvent... Mais je me tiens coi.
J'en vois tant d'autres comme moi, Et qui font plus triste figure.
Avec un droit comme le tien, 'Destin, ce n1est pas difficile De ne jamais laisser tranquille Un pauvre diable qui n'a rien.
Au fait, si j'avais? que ferais-je
Contre un destin malencontreux?
— Bah ! ceux qui n'ont rien sont heureux,
Et ce fait même les protège.
C'est, du moins, ce que me disait Quelqu'un qui se plaignait sans cesse, A moi, de sa grande richesse, Des soumis qu'elle lui causait.
Profitant de cette ouverture, Je trouvais un arrangement...
Quand j'aperçus en ce moment Se décomposer sa figure 1
C'est ainsi. — Cela prouve bien Qu'au mieux possible on trouve à dire.
Les destins entr'eux doivent rire...
Et, ma foi!... moi je ris du mien.