LE BOURDON
Les froids sont passés. — J'en suis sûr.
J'ai vu le bourdon apparaître
Sur le lilas de ma fenêtre.
Le bourdon ! aux ailes d'azur,
Frais éclos, veste diaprée ;
Trépignant, la mine affairée,
Luisant et d'un noir de velours;
11 était en grande livrée,
Cet ambassadeur des beaux jours.
Quelles nouvelles, sur sa route, Raconte-t-il à mon lilas?
S'il bourdonne, alors je l'écoute; Mais j'entends et ne comprends pas.
Quand il se pose et se recueille.
Il lui dit peut-être, tout bas :
L'espoir s'entrouvre avec ta feuille.
Ou : Bonjour, l'ami, je suis las.
Ou toute autre chose. — Il s'envole !
Adieu, messager du printemps.
Chargé d'annoncer le beau temps, Montrez-vous à ceux qu'il console.
— Déjà la plaine est vaporeuse; Dans cette atmosphère brumeuse Le soleil darde ses rayons.
Malgré ses torrents de lumière, On voit sur la nature entière Ainsi qu'une immense poussière — Dans ces vapeurs en fusions
Les cieux se mêlent à la terre :
Tout se confond aux horizons ; Tout fermente et se régénère :
Et, pendant ce divin mystère, Tout est murmures et chansons !
Tout renaît, tout s'émeut, tout pousse Tout verdoie, espère ou fleurit.
Les bois sont tout couverts de mousse Et mars, comme mai, nous souri'..
— Giboulée ! adieu, tout rayons La charmille ou l'arbre bourgeonne, Et le ciel est couleur d'étain.
Adieu toutes les cheminées !
Nous aurons de chaudes journées —
— J'ai vu le bourdon ce matin.