LA SIESTE
N'ouvrez pas encor les yeux,
Ma belle dormeuse; Le soleil est radieux,
Et vous radieuse.
Ecoutez, tout en dormant,
Ce que je vous chante :
Je chanterai doucement,
Dormez, ma charmante !
Dormez dans votre beauté,
Bercez-vous d'un songe.
Mieux que la réalité
Vaut un beau mensonge.
Quand vous vous réveillerez,
Ma petite reiue, Nous irons où vous voudrez.
Que l'amour nous mène !
Nous prendrons, si vous voulez, Auprès de l'église
La roule à travers les blés, Quand viendra la brise.
Ou bien les petits sentiers Autour du village,
Où saules et peupliers Bordent le rivage.
Si nous trouvons en chemin
Une batelière, Nous irons jusqu'au moulin
Qui bat la rivière :
Nous nous arrêterons là.
— Plus tard, quand on passe, On se souvient Tout cela
Pans le cœur se place.
Il est mille endroits fleuris.
— Si nous cherchons l'ombre, Il est toujours, près Paris,
Des jardins sans nombre.
Nous irons dîner, joyeux,
Sous quelque tonnelle — N'ouvrez pas encor les yeux,
Dormez, ô ma belle !