PIGEON
Ha ! petit pigeon blanc crotté, Pour vous arranger de la sorte, Vous mériteriez bien la porte, Au lieu de l'hospitalité.
Quoi! vous barbotez dans la fange, Comme un canneton roturier?
Sans respect pour vos ailes d'ange, Vous aussi hantez le bourbier ?
N'allez pas dire le contraire ; Je vous ai vu dans le ruisseau, Ainsi qu'un pauvre prolétaire, Fouillant, pataugeant.... C'est du beau
Votre queue est pleine de boue !
Vous arrivez tout moucheté...
Et, devant moi, faites la roue !
Je vous conseille, en vérité !
Et que dirait votre pigeonne ; Vous a-t-elle aperçu déjà ?
On ne charme jamais personne Avec un habit de goujat.
Nous, qui traverseriez l'espace En un clin d'œil, si vous vouliez, Comment pir.ivez-vous, dans l'eau jrrasse Et la vase, poser vos pieds ?
Yavez-vous pas votre pitance, Ae regorgez-vous pas de tout?
On vous croirait dans l'indigence A vous voir manger dans l'égout !
— Ce petit cuistre partout trotte...
Dès qu'il pleut, il semble enragé; On dirait, pour lui, que la crotte Est un ornement obligé.
Il n'a plus qu'une patte rouge, L'autre est noire. — Le petit sot Revient de je ne sais quel bouge ; Mais il est immonde, eu un mot.
\enez ici, que je vous lave, Et comprenez bien ma bonté :
N ous mériteriez d'être esclave
Je vous rends à la liberté.
Cherchez des semblants de tourelles ; Cherchez des semblants de donjons; Respectez plus vos blanches ailes — Volez haut, parmi les pigeons.